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Nucléaire civil : Le Togo enclenche un plan quinquennal stratégique pour transformer santé et agriculture.

Lomé pose les bases d’une montée en puissance technologique sur la période 2026-2031, avec l’appui de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Objectif : utiliser le nucléaire civil comme levier de développement durable.

Le Togo change d’échelle dans son approche du développement scientifique. Le 9 février 2026, à Vienne, les autorités togolaises ont signé avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) un nouveau Country Programme Framework (CPF) couvrant la période 2026-2031. Ce document stratégique fixe les priorités de coopération technique entre Lomé et l’agence onusienne pour l’utilisation pacifique des technologies nucléaires.

Derrière cette signature, un message clair : le nucléaire civil n’est plus un sujet marginal ou symbolique. Il devient un outil assumé de modernisation économique.


Un cadre quinquennal structurant

Le CPF constitue une feuille de route de cinq ans. Il ne s’agit pas de construire une centrale nucléaire. Il s’agit d’utiliser les applications scientifiques du nucléaire dans des secteurs à fort impact social et économique.

Quatre domaines prioritaires ont été retenus :

  • Agriculture et sécurité alimentaire
  • Santé et nutrition
  • Gestion de l’eau et environnement
  • Énergie et applications industrielles

Ce cadre permet au Togo d’accéder à l’expertise technique, aux formations spécialisées et aux équipements soutenus par l’AIEA, tout en alignant ces interventions sur ses priorités nationales.


Santé : un levier contre le cancer et les maladies non transmissibles

L’un des axes majeurs du programme concerne la santé. Les technologies nucléaires sont largement utilisées dans le diagnostic médical (imagerie, radiologie) et dans le traitement du cancer (radiothérapie).

Dans un contexte africain marqué par une montée des maladies non transmissibles et des capacités hospitalières encore limitées, le renforcement des compétences locales dans ces domaines peut produire un effet structurant.

Au-delà du cancer, les techniques isotopiques permettent également d’améliorer le suivi nutritionnel et certaines analyses biomédicales avancées. Autrement dit, il s’agit d’introduire des outils scientifiques de pointe au service de la santé publique.


Agriculture : produire plus et mieux

L’autre pilier stratégique concerne l’agriculture, secteur clé de l’économie togolaise.

Les technologies nucléaires appliquées à l’agriculture permettent notamment :

  • d’améliorer la fertilité des sols ;
  • d’optimiser l’usage de l’eau grâce aux techniques isotopiques ;
  • de contrôler les ravageurs par des méthodes scientifiques ciblées ;
  • d’accroître la qualité sanitaire des produits alimentaires.

Ces applications ne relèvent pas de la science-fiction. Elles sont déjà utilisées dans plusieurs pays pour augmenter les rendements tout en réduisant l’usage excessif d’intrants chimiques. Pour un pays confronté aux enjeux de sécurité alimentaire et de pression démographique, l’enjeu est stratégique.


Une architecture institutionnelle renforcée

Cette nouvelle phase de coopération s’inscrit dans un cadre institutionnel progressivement consolidé.

En janvier 2025, le Togo a créé le Commissariat à l’Énergie Atomique (CEAT), chargé de coordonner la recherche, la formation et le déploiement des technologies nucléaires civiles.

Sur le plan juridique, le pays a également renforcé son dispositif en matière de sûreté et de sécurité nucléaire, en autorisant l’adhésion à plusieurs conventions internationales. L’objectif est clair : encadrer strictement les usages, prévenir les risques radiologiques et respecter les standards internationaux.

Ce triptyque cadre légal, institution dédiée, coopération internationale constitue le socle de la stratégie togolaise.


Un pari technologique avec des exigences élevées

Le nucléaire civil est un accélérateur potentiel, mais il impose des standards élevés.

Trois défis majeurs se dessinent :

  1. La formation des ressources humaines spécialisées
    Sans ingénieurs, techniciens et chercheurs formés, aucune technologie ne peut produire d’impact durable.
  2. La sûreté et la sécurité
    Les infrastructures doivent répondre à des normes strictes pour garantir la protection des populations et de l’environnement.
  3. Le financement et la continuité politique
    Les programmes scientifiques s’inscrivent dans le temps long. Ils nécessitent une stabilité stratégique et des investissements cohérents.

Une ambition de souveraineté technologique

En engageant ce programme quinquennal avec l’AIEA, le Togo ne cherche pas à entrer dans une course technologique spectaculaire. Il s’inscrit dans une logique plus pragmatique : utiliser des outils scientifiques éprouvés pour résoudre des problèmes concrets.

Santé publique, productivité agricole, gestion durable des ressources naturelles : le nucléaire civil devient un instrument de politique économique.

À l’heure où de nombreux pays africains cherchent à diversifier leurs leviers de développement, Lomé fait le choix d’un pari exigeant mais structurant. Reste désormais à transformer l’engagement diplomatique en résultats mesurables sur le terrain. Car dans les technologies avancées comme ailleurs, la crédibilité se construit dans l’exécution.

La Rédaction

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