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Matières premières : Pétrole et engrais sous tension, cacao et café en chute… le nouvel équilibre des marchés mondiaux.

Après deux années de turbulences extrêmes, les marchés mondiaux des matières premières entrent dans une phase de rééquilibrage brutal. Alors que les prix de l’énergie et des intrants agricoles restent sous pression, plusieurs matières premières tropicales, notamment le cacao et le café, connaissent un retournement rapide après avoir atteint des sommets historiques.

Ce mouvement, loin d’être anecdotique, pourrait redessiner les rapports de force économiques entre régions productrices et importatrices, notamment pour les économies africaines très dépendantes de leurs exportations agricoles.


Le cacao : d’un record historique à une chute spectaculaire

Le marché du cacao illustre parfaitement la volatilité actuelle des matières premières agricoles.

Après une flambée spectaculaire entre 2023 et 2024, alimentée par des pénuries d’offre, des maladies des plantations et des conditions climatiques défavorables en Afrique de l’Ouest, les prix avaient atteint des niveaux historiques, dépassant parfois 10 dollars le kilogramme.

Mais le cycle s’est brutalement inversé.

Au printemps 2025, la tonne de cacao avait frôlé 11 280 dollars sur les marchés internationaux. Moins d’un an plus tard, début mars 2026, elle est tombée autour de 2 974 dollars, soit une chute de plus de 70 %.

Plusieurs facteurs expliquent ce retournement rapide :

  • l’amélioration des perspectives de récolte en Afrique de l’Ouest
  • l’augmentation de l’offre mondiale
  • un ralentissement de la demande industrielle.

Pour les pays producteurs — notamment Côte d’Ivoire et Ghana, qui représentent ensemble près de 60 % de la production mondiale — cette volatilité constitue un risque majeur pour les revenus agricoles et les finances publiques.


Café : un marché également en phase de correction

Le marché du café suit une trajectoire similaire.

Après plusieurs années de tension sur l’offre, les cours de l’arabica ont récemment atteint leur plus bas niveau depuis plus de cinq mois, sous l’effet de prévisions de récoltes plus abondantes, notamment au Brésil, premier producteur mondial.

La reprise de la production mondiale contribue à détendre les marchés.

Selon les projections de la Banque mondiale, les prix du café pourraient reculer d’environ 5 % en 2025 avant de se stabiliser progressivement, à mesure que l’offre mondiale se redresse.

Cette correction marque la fin d’un cycle haussier qui avait largement bénéficié aux pays producteurs d’Afrique et d’Amérique latine.


Pétrole et engrais : les coûts agricoles restent sous pression

À l’inverse, d’autres matières premières clés restent structurellement élevées, notamment le pétrole et les engrais, qui jouent un rôle déterminant dans les coûts agricoles mondiaux.

Le pétrole influence directement :

  • le transport des marchandises
  • la mécanisation agricole
  • la fabrication des engrais, largement dépendante du gaz naturel.

Lorsque les prix de l’énergie augmentent, l’ensemble de la chaîne agricole mondiale en ressent les effets.

Les engrais, eux, demeurent un facteur crucial de productivité agricole. Leur prix reste sensible aux tensions énergétiques et géopolitiques, ce qui pèse particulièrement sur les pays en développement fortement dépendants des importations d’intrants.


Une nouvelle géographie des gagnants et des perdants

Cette évolution des marchés entraîne un déplacement progressif des avantages économiques.

Les pays disposant de ressources énergétiques ou d’une forte capacité industrielle dans la production d’engrais peuvent bénéficier de cette situation.

À l’inverse, les économies dépendantes d’une poignée de matières premières agricoles comme le cacao ou le café restent exposées aux cycles de prix internationaux.

Pour de nombreux pays africains, ces fluctuations peuvent avoir des conséquences directes sur :

  • les recettes d’exportation
  • la stabilité des revenus agricoles
  • l’équilibre des finances publiques.

Des marchés mondiaux de plus en plus instables

Au-delà des fluctuations conjoncturelles, les marchés des matières premières sont désormais influencés par plusieurs transformations profondes :

  • le changement climatique, qui perturbe les récoltes
  • la transition énergétique, qui modifie la demande mondiale d’énergie et d’intrants
  • les tensions géopolitiques, qui affectent les chaînes d’approvisionnement.

Résultat : les cycles de prix deviennent plus rapides, plus violents et plus imprévisibles.


Une bataille silencieuse autour des ressources stratégiques

Derrière ces mouvements se joue en réalité une bataille économique beaucoup plus large.

Car les matières premières, qu’elles soient énergétiques ou agricoles, déterminent la capacité des États à financer leur développement, à stabiliser leurs économies et à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement.

Dans ce nouveau paysage mondial, l’agriculture, l’énergie et la géopolitique apparaissent plus que jamais liées.

Et pour de nombreux pays producteurs, la question n’est plus seulement de vendre des matières premières, mais de maîtriser davantage la valeur qu’elles génèrent dans l’économie mondiale.

La Rédaction

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