Mali-Barrick : Restitution de 3 tonnes d’or et fin d’un bras de fer stratégique.
Après près de deux ans de tensions, de saisies, d’arrestations et de négociations ardues, le Mali et Barrick Gold ont franchi une étape historique : la restitution d’environ 3 tonnes d’or, saisies début 2025, à la multinationale minière canadienne. Ce geste symbolise l’apaisement d’un conflit qui aura mis à l’épreuve les relations entre un État riche en ressources et un investisseur mondial.
Un conflit né du nouveau Code minier et d’une saisie spectaculaire
Le point de départ de ce bras de fer remonte à la mise en œuvre du nouveau Code minier du Mali, adopté en 2023 pour revoir la répartition des revenus des mines au profit de l’État. Le gouvernement malien a alors exigé une participation accrue de l’État et des taxes plus lourdes dans les contrats d’exploitation.
En janvier 2025, la tension a atteint un point critique lorsque les autorités ont saisi quelque 3 tonnes d’or stockées sur le site du complexe Loulo-Gounkoto, détenu à 80 % par Barrick et à 20 % par l’État malien. L’or a été transporté par hélicoptère et placé sous garde dans une banque à Bamako. Cette saisie a été perçue comme un acte fort de l’État pour revendiquer une plus grande part des richesses naturelles.
À la suite de cette opération, Barrick a suspendu temporairement ses activités, bloqué l’exportation de ses stocks, et engagé des procédures d’arbitrage tout en dénonçant des actions qu’elle jugeait contraires aux mécanismes de règlement des différends.
Un règlement de différend en plusieurs étapes
Les relations se sont progressivement détendues au fil de négociations intenses entre les représentants de Barrick et les autorités maliennes. En novembre 2025, les deux parties ont annoncé être parvenues à un accord global visant à régler toutes les contestations autour du Loulo-Gounkoto. Barrick a accepté de :
- terminer toutes ses procédures d’arbitrage devant l’International Centre for Settlement of Investment Disputes (ICSID) ;
- payer une somme globale d’environ 430 millions de dollars (soit plus de 244 milliards de FCFA) au gouvernement malien ;
- abandonner les actions en justice liées au conflit ;
- permettre la libération des quatre employés détenus depuis novembre 2024.
En contrepartie, l’État malien s’est engagé à restituer les 3 tonnes d’or et à rendre à Barrick le contrôle opérationnel du complexe Loulo-Gounkoto dans les jours suivants
La restitution de l’or : un signal fort pour les investisseurs
La décision d’un juge malien ordonnant la restitution de l’or estimé à environ 400 millions de dollars à Barrick marque un tournant. Conservé depuis son saisi au début de l’année au siège de la Banque malienne de Solidarité, ce stock d’or symbolise un compromis final après une crise qui avait ébranlé la confiance dans le secteur minier du pays.
L’accord permet également à Barrick de retraiter et rapatrier l’or, bien que la logistique de cet enlèvement reste à la charge de l’entreprise.
Ce que cette issue signifie pour le Mali et le secteur minier
Cette restitution, loin d’être une simple transaction, a des implications profondes pour le climat des affaires au Mali et en Afrique de l’Ouest :
Elle offre une relance de confiance auprès des investisseurs étrangers, en montrant qu’une dispute contractuelle peut être résolue par un accord équilibré plutôt que par une rupture définitive.
Elle renforce l’idée que les ressources naturelles peuvent être exploitées de manière mutuellement bénéfique, même dans un contexte de réformes ciblant une plus juste redistribution des revenus.
Elle envoie un message positif aux autres sociétés minières présentes au Mali ou intéressées par le marché ouest-africain.
Cependant, elle rappelle aussi que les États, lorsqu’ils cherchent à rééquilibrer les avantages économiques des compagnies étrangères, doivent gérer soigneusement l’équilibre entre souveraineté et attractivité pour les capitaux internationaux.
La restitution des 3 tonnes d’or à Barrick n’est pas seulement un retour de métal précieux, c’est le signe d’un compromis stratégique dans une économie où l’or pèse lourdement sur les finances publiques. Après un bras de fer qui a tenu le monde des mines en haleine, l’accord trouvé avec Barrick pourrait être le modèle d’une coopération renouvelée entre États africains et acteurs internationaux. Dans un contexte où les ressources naturelles sont à la fois une richesse et une source de tensions, cette issue rappelle qu’une diplomatie économique bien menée peut transformer une crise en opportunité.
La Rédaction



