Les prix mondiaux des denrées alimentaires reculent pour le cinquième mois consécutif.
Après des années de tensions extrêmes sur les marchés agricoles mondiaux, la tendance s’infléchit enfin. En janvier, les prix mondiaux des denrées alimentaires ont reculé pour le cinquième mois d’affilée, selon les dernières données publiées par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Un signal encourageant pour les consommateurs et les pays importateurs, mais qui reste loin d’un retour à la normale durable. Car derrière la baisse globale, les déséquilibres persistent et les risques ne disparaissent pas.
Un indicateur mondial en baisse continue
L’indice FAO des prix des produits alimentaires, qui mesure l’évolution mensuelle d’un panier de denrées de base échangées sur les marchés internationaux, s’est établi en janvier à environ 124 points, en recul d’environ 0,4 % par rapport à décembre.
Il s’agit du cinquième mois consécutif de baisse, confirmant une tendance amorcée à la fin de l’année précédente. À l’échelle annuelle, l’indice affiche également un niveau légèrement inférieur à celui de janvier de l’an dernier et reste environ 23 % en dessous du pic historique atteint en mars 2022, au plus fort des perturbations liées à la guerre en Ukraine.
Ce recul progressif marque une détente relative des marchés agricoles mondiaux, longtemps sous pression en raison des chocs géopolitiques, climatiques et logistiques.
D’où vient la baisse ? Le rôle clé des produits laitiers, du sucre et de la viande
La diminution de l’indice global s’explique avant tout par la baisse marquée de plusieurs grandes catégories alimentaires.
Les produits laitiers enregistrent le recul le plus net, avec des prix en baisse sous l’effet d’une offre abondante à l’exportation, notamment en Europe et en Océanie, et d’une demande internationale plus modérée.
Les prix du sucre ont également fléchi, portés par des perspectives de production plus favorables chez plusieurs grands exportateurs, ce qui a atténué les craintes de pénurie observées les années précédentes.
Du côté des viandes, la baisse est plus modérée mais réelle, notamment pour la viande porcine, même si certaines catégories restent soutenues par des coûts de production élevés et des contraintes sanitaires dans certaines régions.
Céréales et huiles végétales : les contrepoids de la tendance
La baisse globale n’est toutefois pas généralisée. Les prix des céréales et des huiles végétales ont, de leur côté, légèrement progressé en janvier.
Pour les céréales, les inquiétudes liées aux conditions climatiques dans certaines zones de production et aux politiques commerciales de certains pays exportateurs ont maintenu une pression haussière. Quant aux huiles végétales, elles restent sensibles aux aléas climatiques, à la demande énergétique et aux évolutions du marché des biocarburants.
Résultat : la baisse de l’indice FAO repose sur un équilibre fragile, où quelques catégories tirent les prix vers le bas tandis que d’autres continuent de résister.
Un soulagement mondial… mais un impact inégal
Sur le papier, cette évolution est une bonne nouvelle pour les pays importateurs nets de produits alimentaires, en particulier dans les économies en développement, où l’inflation alimentaire pèse lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages.
Mais dans la réalité, la transmission de cette baisse aux prix locaux reste partielle et différée. Les coûts logistiques, la dépréciation de certaines monnaies, les marges de distribution et les politiques fiscales continuent de limiter l’impact sur les marchés intérieurs, notamment en Afrique.
Par ailleurs, pour les producteurs agricoles, une baisse prolongée des prix internationaux peut se traduire par une pression accrue sur les revenus, dans un contexte où les coûts des intrants (engrais, énergie, transport) restent élevés.
Entre détente conjoncturelle et incertitudes structurelles
La FAO souligne que cette tendance baissière reflète avant tout une amélioration temporaire de l’offre mondiale et une normalisation partielle des chaînes d’approvisionnement. Elle ne signifie pas pour autant que les marchés agricoles sont entrés dans une phase de stabilité durable.
Les risques climatiques, les tensions géopolitiques, les restrictions commerciales et la volatilité des marchés de l’énergie demeurent des facteurs susceptibles d’inverser rapidement la tendance.
Autrement dit, la baisse actuelle ressemble davantage à une respiration qu’à une véritable guérison.
Après cinq mois consécutifs de recul, les prix mondiaux des denrées alimentaires offrent enfin un répit bienvenu à une économie mondiale éprouvée. Mais ce soulagement reste fragile, suspendu à des équilibres précaires. Car sur les marchés agricoles, l’histoire récente l’a montré : il suffit d’un choc climatique, politique ou géopolitique pour que la baisse d’aujourd’hui devienne la flambée de demain.
La Rédaction



