Skip links

Les marchés africains seront soumis à l’influence d’un dollar plus fort en 2026 : Défis, monnaies et stratégies.

En ce début d’année 2026, les économies africaines font face à un contexte international marqué par la domination persistante du dollar américain dans le système financier mondial, une réalité qui met sous pression leurs devises, leurs dettes et leurs marchés financiers. Alors que certaines monnaies africaines ont montré des signes de résilience, d’autres continuent de refléter la vulnérabilité des marchés émergents face à une devise de référence toujours puissante.

Cette situation ne touche pas seulement les spécialistes de la finance : elle rejaillit jusque dans le quotidien des consommateurs et des entreprises africains, en influençant les prix à l’importation, les coûts des emprunts et la compétitivité des exportations.


Le dollar : un hégémon omniprésent

Le dollar américain reste la monnaie la plus utilisée pour les réserves de change internationales et les transactions globales. À la fin de 2024, il représentait environ 57,4 % des réserves mondiales et était impliqué dans près de 88 % des opérations de change sur les marchés internationaux. Cette prééminence donne au dollar un pouvoir d’influence considérable sur les économies dépendantes des marchés extérieurs.

Mais cette hégémonie coûte cher à l’Afrique :

  • Une large part de la dette extérieure africaine est libellée en dollars, ce qui augmente le coût réel du service de cette dette lorsque le billet vert se renforce.
  • Une grande part des importations essentielles : énergie, matières premières, intrants industriels, est réglée en dollars. Une devise forte rend ces achats plus coûteux en monnaie locale, pesant sur les budgets publics et privés.

Cette double contrainte de dette et de dépendance commerciale amplifie le poids du dollar sur les économies africaines, qui n’ont souvent pas de leviers monétaires indépendants suffisants pour atténuer ces chocs externes.


Des monnaies africaines sous pression, mais des trajectoires divergentes

De nombreux pays africains ont vu leurs monnaies locales fluctuer face au dollar, traduisant à la fois des dynamiques internes et la pression extérieure :

  • Le franc CFA, monnaie commune à plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, a perdu plus de 4 % de sa valeur face au dollar en 2024, reflétant l’impact des politiques monétaires américaines et la dépendance à la devise américaine.
  • D’autres devises, comme le rand sud-africain, ont connu une appréciation en 2025, gagnant près de 13 % face au dollar, ce qui a temporairement allégé certaines pressions inflationnistes locales avant d’entrer dans une activité économique plus fragile en fin d’année.
  • Dans l’ensemble de la région, les prévisions monétaires restent hétérogènes, avec des tendances de divergence des performances d’une monnaie à l’autre en fonction des fondamentaux économiques locaux, des politiques monétaires et des flux commerciaux.

Cette diversité montre que l’impact d’un dollar fort n’est pas uniforme à travers le continent, même s’il reste un facteur de risque structurel majeur pour les devises africaines.


Pressions inflationnistes et marchés financiers en tension

Un dollar fort exerce une pression inflationniste directe dans les économies où les importations de biens essentiels sont libellées en dollars. Les produits énergétiques, alimentaires ou technologiques deviennent plus coûteux en monnaie locale, ce qui peut accroître les tensions sur les niveaux de prix domestiques.

Par ailleurs, les marchés financiers africains subissent également les contrecoups d’une monnaie mondiale robuste :

  • Les émissions de dette extérieure deviennent plus coûteuses lorsque les investisseurs exigent des rendements plus élevés pour compenser le risque de change.
  • Les investisseurs internationaux, en période d’aversion au risque, tendent à se replier vers les actifs libellés en dollars, réduisant les flux de capitaux vers les marchés émergents africains.

Cette configuration peut limiter l’accès des pays africains aux financements externes et augmenter le coût de la dette publique, notamment pour les pays ayant recours aux eurobonds ou à d’autres instruments de financement international.


Des vulnérabilités historiques ravivées

La dépendance à une monnaie étrangère dominante rappelle des vulnérabilités déjà observées dans le passé : entre 2022 et 2023, plusieurs monnaies africaines ont souffert face à un dollar plus fort, entraînant des dépréciations importantes et contribuant à une érosion du pouvoir d’achat.

À cela s’ajoutent des défis structurels persistants : insuffisance des marchés de capitaux locaux, dépendance excessive à une poignée de matières premières, et faible profondeur des marchés obligataires domestiques. Ces fragilités rendent les économies africaines moins résilientes aux chocs externes liés au dollar.


Vers des stratégies d’atténuation

Face à ces défis, plusieurs pistes sont explorées ou déjà mises en œuvre :

  • La création de marchés de capitaux locaux plus profonds pour réduire la dépendance à la dette libellée en dollars.
  • Le renforcement des paiements intra-africains en monnaies locales pour moins dépendre du dollar dans les échanges régionaux. (Programme PAPSS, initiatives similaires)
  • La diversification des partenaires commerciaux et financiers pour diminuer l’exposition à une seule devise de référence, dans une optique de sécurité économique à long terme.

Ces options ne sont pas des solutions immédiates, mais elles s’inscrivent dans une réflexion de long terme pour renforcer l’autonomie monétaire et financière de l’Afrique.


La force du dollar ne doit pas être vue seulement comme un phénomène technique de marché : elle est aussi le reflet de déséquilibres mondiaux profonds, dans lesquels l’Afrique reste minoritaire malgré sa poids démographique croissant et son potentiel économique. En 2026, les marchés africains sont donc à un moment charnière, confrontés à une réalité où les décisions de politique monétaire prises à Washington peuvent avoir des répercussions quotidiennes à Accra, Lagos ou Nairobi. Face à ce défi, l’essence d’une transformation durable réside moins dans la lutte contre le dollar lui-même que dans la construction de systèmes économiques plus résilients, plus diversifiés et moins dépendants d’un seul axe monétaire mondial.

La Rédaction

Accueil
Recherche
Top
Découvrir
Drag