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Éthiopie : Vers l’indépendance monétaire, Addis-Abeba veut imprimer ses propres billets.

L’Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, franchit une étape symbolique et stratégique dans sa quête d’autonomie économique : le gouvernement a annoncé qu’il va produire pour la première fois sa propre monnaie, le birr, directement sur le sol national. Cette annonce, faite lors de la conférence Finance Forward Ethiopia 2026, marque une rupture avec des décennies de dépendance vis-à-distance envers des imprimeries étrangères spécialisées.


Un tournant vers la souveraineté économique

Depuis sa création officielle en 1945, le birr éthiopien utilisé par plus de 120 millions de citoyens a toujours été imprimé à l’étranger, confié à des entreprises spécialisées basées notamment au Royaume-Uni, en Allemagne ou en France. Ce recours aux fournisseurs étrangers expose le pays à des coûts logistiques élevés, des délais d’acheminement et des risques externes, comme l’a souligné le Premier ministre Abiy Ahmed lors de l’annonce.

Le projet consiste à installer des installations de fabrication à Addis-Abeba, qui prendront en charge la sécurité, l’impression et la production des billets et pièces du birr. Une telle capacité place l’Éthiopie dans une minorité de pays africains capables de cette prouesse industrielle parmi lesquels le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Maroc, l’Algérie, l’Égypte, le Kenya, le Soudan ou encore la RD Congo.


EIH, la nouvelle plaque tournante des actifs stratégiques

Le projet ne tombe pas du ciel : il s’inscrit dans une politique de consolidation des actifs économiques sous contrôle public. La structure désignée pour piloter cette initiative est Ethiopian Investment Holdings (EIH) un fonds souverain lancé en 2021 pour coordonner et professionnaliser les entreprises d’État.

Abiy Ahmed l’a affirmé sans ambages : cette démarche s’inscrit dans une vision de construction nationale de capacités industrielles essentielles, et pas seulement d’impression de billets. EIH, qui supervise déjà plus de 40 entreprises dans des secteurs clés, vise à porter sa contribution au PIB à environ 20 % d’ici 2030 en développant des activités stratégiques comme la production monétaire.


Plus qu’une usine, un symbole d’indépendance

Au-delà des chiffres et des capacités techniques, le message politique et économique est clair : l’Éthiopie veut maîtriser de bout en bout un élément fondamental de sa souveraineté économique. C’est une réponse directe aux contraintes imposées par une économie encore fortement dépendante de prestataires étrangers pour des fonctions essentielles.

Historiquement, moins de 10 pays africains impriment leur monnaie sur place alors qu’une grande majorité plus de deux-tiers des États du continent continuent d’externaliser cette activité à des entreprises en Europe ou en Amérique du Nord.


Quels impacts pour l’économie réelle ?

Pour un public non spécialiste, il faut le dire clairement : produire ses propres billets n’est pas une baguette magique qui règle tous les problèmes économiques. Cela peut réduire des coûts sur le long terme, limiter certains risques liés à la chaîne d’approvisionnement internationale, et renforcer la souveraineté nationale.

Cependant, cela n’a pas d’effet direct sur l’inflation, la création de richesse ou la stabilité des prix si d’autres leviers macroéconomiques (politique monétaire, régime de change, gestion budgétaire) ne sont pas alignés. En d’autres termes, imprimer sa propre monnaie sans discipline économique ne suffit pas à résoudre une crise de change ou des déséquilibres macroéconomiques.


Un pari pour l’avenir

Le projet reste ambitieux et porteur de défis : il requiert des investissements lourds, des compétences spécialisées et une coordination étroite entre les autorités monétaires, industrielles et politiques. Mais il symbolise une volonté irréversible d’ancrer l’Éthiopie dans le cercle réduit des nations qui contrôlent pleinement tout le cycle de fabrication de leur monnaie.

Dans une Afrique en pleine recomposition économique où les questions de souveraineté, d’industrialisation et de capacité productive deviennent centrales, Addis-Abeba mise sur la monétisation locale comme levier d’un nouvel âge de développement. C’est une vision ambitieuse, sans concession, tournée vers l’avenir.

La Rédaction

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