
Dette : Les pays en développement étranglés par 921 milliards $ d’intérêts en 2024.
En 2024, les pays en développement ont déboursé 921 milliards de dollars uniquement pour payer les intérêts de leur dette publique, selon la CNUCED. Une facture record qui grignote les budgets sociaux et bloque l’investissement productif. Face à cet étau, quatre leviers se dessinent : reprofilage, réforme fiscale, sanctuarisation des dépenses pro-croissance et diversification des créanciers.
Une facture record qui plombe les finances publiques
La CNUCED tire la sonnette d’alarme : jamais la charge des intérêts n’a été aussi lourde pour les pays en développement. En 2024, ils ont versé 921 milliards USD, soit une hausse d’environ 10 % par rapport à 2023.
Un chiffre vertigineux qui se traduit par un dilemme budgétaire cruel : financer l’éducation, la santé ou les infrastructures… ou honorer ses créanciers.
Pourquoi la charge explose ?
La flambée s’explique par la remontée brutale des taux d’intérêt mondiaux, qui renchérit le coût de l’emprunt sur les marchés. À cela s’ajoutent :
- un accès limité au crédit domestique (banques locales déjà saturées),
- une faible base fiscale dans beaucoup de pays,
- et une dépendance accrue à des financements privés coûteux.
Résultat : des budgets piégés, contraints de servir la dette au détriment des besoins sociaux.
Quatre leviers pour desserrer l’étau
1. Reprofilage de la dette
Allonger les maturités, augmenter la part concessionnelle : une solution pour gagner du temps et réduire la pression immédiate. Encore faut-il convaincre les créanciers, publics comme privés.
2. Réformer la fiscalité
Élargir la base fiscale grâce à une meilleure TVA, une fiscalité minière adaptée et une lutte accrue contre l’informalité. Objectif : des recettes durables sans surtaxer les ménages déjà fragilisés.
3. Protéger les dépenses pro-croissance
Éducation, santé, infrastructures doivent rester intouchables. Ce sont elles qui nourrissent le capital humain et la productivité de demain.
4. Diversifier les créanciers et innover
Limiter la dépendance aux marchés privés, renforcer les partenariats bilatéraux et multilatéraux, et explorer de nouvelles pistes comme les échanges dette-climat, déjà testés dans certains pays.
Une question éminemment politique
Derrière les chiffres, une évidence : la dette est autant politique qu’économique. Qui prête, à quelles conditions, pour combien de temps ? Autant de choix qui conditionnent l’avenir budgétaire des pays émergents.
La CNUCED le rappelle : sans réforme de l’architecture financière internationale, les efforts nationaux resteront limités.
Une décennie à haut risque
Les 921 milliards de dollars versés en 2024 ne sont pas qu’une ligne comptable : ce sont des écoles non construites, des hôpitaux sous-financés, des routes qui attendent.
Les pays en développement devront conjuguer réformes internes et négociations internationales pour éviter une décennie perdue. Sinon, l’avenir risque de se résumer à une équation implacable : payer le passé plutôt qu’investir dans demain.
La Rédaction