Burkina Faso : La TVA passe à la caisse, l’État relève la retenue à la source à 30%.
Avec le budget 2026, Ouagadougou muscle son dispositif fiscal pour sécuriser les recettes… quitte à tendre un peu plus la trésorerie des entreprises.
Une réforme fiscale qui ne passe pas inaperçue
Le message est clair, et il est tombé noir sur blanc dans la loi de finances 2026 : au Burkina Faso, la retenue à la source sur la TVA est désormais portée à 30%. Une hausse significative, qui marque un nouveau tour de vis dans la stratégie de mobilisation des ressources internes de l’État.
Cette mesure, entrée en vigueur le 1er janvier 2026, modifie l’article 334 du Code général des impôts. Elle s’inscrit dans une logique assumée : sécuriser les recettes fiscales à la source, réduire les risques de fraude et améliorer la traçabilité de la TVA collectée.
Concrètement, qu’est-ce qui change ?
Jusqu’ici, la retenue à la source sur la TVA existait déjà, mais à un niveau plus modéré. Désormais, 30 % de la TVA due sur certaines opérations est directement prélevée et reversée au fisc, sans transiter par le fournisseur.
Sont principalement concernés :
- Les entreprises exportatrices de biens taxables en régime intérieur
- Les entreprises relevant de la Direction des grandes entreprises (DGE)
- Les organismes payeurs, notamment dans le cadre des marchés publics
Autrement dit, lors du règlement d’une facture, l’acheteur devient aussi collecteur pour le compte de l’administration fiscale.
Pourquoi l’État durcit le ton
Derrière cette décision, un constat simple : la TVA reste l’un des impôts les plus exposés aux retards, aux fraudes et aux restes à recouvrer. Malgré les mécanismes existants, une partie de la taxe échappait encore au circuit formel.
En augmentant la retenue à la source, l’État burkinabè choisit une approche pragmatique :
- Encaisser plus tôt
- Limiter les déclarations défaillantes
- Réduire la dépendance aux contrôles a posteriori
C’est aussi une réponse aux besoins croissants de financement du budget, dans un contexte marqué par des dépenses sécuritaires élevées et une pression constante sur les finances publiques.
Un impact direct sur la trésorerie des entreprises
Si la logique budgétaire est claire, l’impact économique l’est tout autant. Pour les entreprises, cette réforme signifie :
- Moins de liquidités disponibles à court terme
- Une gestion de trésorerie plus tendue, notamment pour celles travaillant avec de nombreux prestataires
- Une complexité accrue dans le suivi des crédits et remboursements de TVA
Certaines voix du secteur privé redoutent que cette retenue renforcée pèse davantage sur les PME, déjà fragilisées par un environnement économique exigeant.
Une fiscalité plus “automatique”, moins déclarative
Avec cette réforme, le Burkina Faso confirme une tendance de fond : faire reposer davantage la collecte de l’impôt sur des mécanismes automatiques, plutôt que sur la seule bonne foi déclarative des contribuables.
La retenue à la source devient ainsi un outil central de gouvernance fiscale, appelé à se renforcer dans les années à venir, notamment dans les secteurs à forte circulation de TVA.
Ce que cela dit de la trajectoire budgétaire du pays
La hausse de la retenue à la source sur la TVA à 30 % envoie un signal fort : l’État privilégie la sécurisation immédiate des recettes, même au prix d’un ajustement douloureux pour certaines entreprises.
À moyen terme, tout l’enjeu sera de trouver l’équilibre entre :
- Efficacité fiscale
- Soutenabilité pour le secteur privé
- Fluidité de l’activité économique
Car si l’impôt est le carburant de l’État, c’est bien l’entreprise qui reste le moteur de la croissance.
La TVA, elle, ne disparaît pas : elle change simplement de point de collecte.
La Rédaction



