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Burkina Faso : 116,8 millions USD de la BAD pour enclencher le choc de productivité agricole.

Le Burkina Faso s’apprête à franchir un nouveau cap dans la modernisation de son agriculture. Le Conseil d’administration de la Banque africaine de développement (BAD) a approuvé un financement global de 116,8 millions de dollars en faveur de la Phase 2 du Projet d’urgence pour le renforcement de la production agricole.

Cette enveloppe combine des prêts concessionnels et un don, complétés par une contribution de l’État burkinabè. L’objectif est clair : accroître rapidement la production vivrière, réduire la dépendance aux importations et renforcer la résilience d’un secteur soumis à de fortes pressions climatiques et sécuritaires.

Dans un pays où l’agriculture emploie une majorité de la population active et pèse lourd dans le PIB, ce financement dépasse la simple logique de soutien sectoriel. Il s’inscrit dans une stratégie de souveraineté alimentaire et de stabilisation économique.


Des résultats déjà tangibles en phase 1

La première phase du projet, lancée en 2023, a déjà produit des effets mesurables. Plus de 275 000 producteurs ont bénéficié de semences améliorées et d’engrais subventionnés.

Les gains de rendement annoncés sont significatifs :

  • +224 % pour le riz
  • +165 % pour le maïs
  • +91 % pour le niébé
  • +33 % pour le sorgho

La production céréalière nationale a atteint environ 6,1 millions de tonnes lors de la campagne 2024-2025, soit une progression estimée à 18 % par rapport à l’année précédente.

Ces chiffres traduisent un effet levier puissant : lorsque l’accès aux intrants est sécurisé et la logistique mieux organisée, la productivité agricole peut bondir en un temps relativement court.


Phase 2 : changement d’échelle et structuration durable

La nouvelle phase vise à consolider ces acquis et à élargir l’impact. Elle prévoit notamment :

  • la distribution de plus de 11 000 tonnes de semences améliorées, adaptées aux contraintes climatiques ;
  • la mise à disposition de plus de 120 000 tonnes d’engrais ;
  • la construction de quatre grands entrepôts de 15 000 tonnes chacun, ainsi que de magasins secondaires ;
  • l’acquisition de camions spécialisés pour fluidifier la distribution des intrants.

Au-delà des volumes, l’enjeu est logistique et structurel : limiter les pertes post-récolte, améliorer la conservation et mieux connecter les zones rurales aux marchés.


Emploi, inclusion et résilience climatique

Le projet ambitionne la création d’environ 1 000 emplois directs, avec une priorité donnée aux jeunes et aux femmes. Indirectement, près de 3,7 millions de personnes pourraient bénéficier de l’amélioration des chaînes de production et de distribution.

Autre dimension stratégique : l’adaptation au changement climatique. Les nouvelles variétés promues sont conçues pour résister davantage aux sécheresses et aux aléas pluviométriques. Dans un pays où l’agriculture reste majoritairement pluviale, cette orientation est décisive.


Une cohérence avec l’offensive agropastorale nationale

Ce financement s’aligne sur les priorités nationales, notamment l’Offensive agropastorale et halieutique lancée par les autorités. L’idée est de passer d’une agriculture de subsistance vulnérable à une agriculture plus productive, plus organisée et davantage intégrée aux circuits économiques.

Pour la BAD, il s’agit également d’accompagner un pays en transition, confronté à des défis sécuritaires majeurs, en consolidant ses bases économiques.


Ce financement de 116,8 millions USD n’est pas un simple appui budgétaire. Il représente un pari sur la productivité, la logistique et la transformation structurelle du monde rural.

Si les résultats de la première phase se confirment à plus grande échelle, le Burkina Faso pourrait réduire sensiblement sa facture d’importation alimentaire, stabiliser les revenus ruraux et renforcer sa résilience macroéconomique.

Dans un contexte régional marqué par les tensions alimentaires et climatiques, l’enjeu dépasse les champs : c’est la solidité économique du pays qui se joue dans la capacité à produire davantage, mieux et durablement.

L’agriculture burkinabè n’est plus seulement un secteur traditionnel ; elle devient un pilier stratégique de souveraineté et de stabilité.


La Rédaction

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