Skip links

Autoroute Abidjan–Lagos : 1 028 km pour changer l’échelle de l’Afrique de l’Ouest.

Une nouvelle gouvernance est en place. Le corridor le plus stratégique d’Afrique de l’Ouest entre dans sa phase opérationnelle. Derrière les annonces institutionnelles, un chantier d’intégration régionale de 1 028 kilomètres se structure, avec un objectif clair : transformer un axe routier saturé en colonne vertébrale économique entre cinq des principales économies de la région.

Le projet d’autoroute Abidjan–Lagos, qui reliera la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigeria, franchit une étape décisive avec l’opérationnalisation de l’Autorité de gestion du corridor.


Une architecture institutionnelle désormais actée

La mise en place du conseil d’administration de l’Abidjan-Lagos Corridor Management Authority (ALCoMA) marque un tournant. Cette structure supranationale est chargée de piloter la mise en œuvre du projet au nom des cinq États membres.

L’initiative est soutenue par la Banque africaine de développement (BAD), qui accompagne la structuration technique et financière du corridor. Le projet s’inscrit également dans les priorités d’intégration régionale de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Cette nouvelle gouvernance vise à résoudre l’un des principaux défis des infrastructures transfrontalières en Afrique : la fragmentation institutionnelle. Avec ALCoMA, les décisions stratégiques, les normes techniques et la coordination des financements doivent désormais être harmonisées à l’échelle régionale.


Un corridor stratégique de 1 028 kilomètres

Long de 1 028 km, l’axe reliera les capitales économiques et portuaires d’Abidjan, Accra, Lomé, Cotonou et Lagos. Cette bande côtière concentre une part majeure du PIB et de la population de l’Afrique de l’Ouest.

Aujourd’hui, les flux commerciaux entre ces pays sont ralentis par :

  • la congestion routière,
  • les postes-frontières peu fluides,
  • l’hétérogénéité des normes techniques,
  • et des coûts logistiques élevés.

L’autoroute vise à réduire significativement les temps de transport, à améliorer la sécurité routière et à faciliter les échanges intra-régionaux, dans la perspective de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).


Un projet à plus de 15 milliards USD

Selon les estimations disponibles, le coût global du corridor dépasse les 15 milliards de dollars. La structuration financière repose sur un montage combinant financements publics, prêts concessionnels et participation du secteur privé.

La BAD agit comme chef de file pour la mobilisation des capitaux, avec un besoin estimé à plusieurs milliards de dollars d’investissement privé pour certaines composantes du projet, notamment les segments à péage et les infrastructures économiques associées (zones logistiques, plateformes industrielles).

Les études techniques détaillées sont avancées et les discussions avec les investisseurs devraient s’intensifier à mesure que les documents contractuels seront finalisés.


Un impact économique à fort levier

L’enjeu dépasse largement la seule infrastructure routière.

Le corridor Abidjan–Lagos traverse une zone qui concentre :

  • des ports majeurs,
  • des zones industrielles stratégiques,
  • des pôles urbains à forte croissance démographique.

À terme, l’autoroute pourrait :

  • réduire les coûts logistiques régionaux,
  • stimuler les échanges commerciaux,
  • renforcer la compétitivité des exportations,
  • soutenir la création d’emplois dans les secteurs du transport, de la construction et de la logistique.

Pour des économies où le commerce intra-régional reste inférieur à son potentiel, l’effet multiplicateur pourrait être significatif.


Les défis : foncier, financement, coordination

L’ambition est claire, mais les obstacles ne doivent pas être sous-estimés.

Les principaux défis identifiés sont :

  • la sécurisation des emprises foncières,
  • la synchronisation des calendriers nationaux,
  • la mobilisation effective des financements privés,
  • et la stabilité réglementaire sur la durée.

La crédibilité du projet dépendra de la capacité des États à maintenir un cadre cohérent et à rassurer les investisseurs sur la viabilité économique des segments à péage.


Une échéance progressive vers 2027

Les premières phases de construction pourraient démarrer progressivement à partir de 2027, sous réserve de la finalisation des montages financiers et contractuels.

La séquence est claire : gouvernance installée, études techniques finalisées, mobilisation des capitaux, puis déploiement opérationnel.


Plus qu’une route, une stratégie régionale

L’autoroute Abidjan–Lagos n’est pas seulement un projet d’infrastructure. Elle représente une tentative ambitieuse de redéfinir l’intégration économique ouest-africaine à travers un corridor structurant.

Si la gouvernance tient ses promesses et si les financements suivent, ces 1 028 kilomètres pourraient devenir bien plus qu’un axe routier : une véritable dorsale de croissance pour l’Afrique de l’Ouest.

Car au fond, la question n’est pas seulement de relier Abidjan à Lagos.
Il s’agit de connecter durablement cinq économies et d’accélérer leur trajectoire commune.

La Rédaction

Accueil
Recherche
Top
Découvrir
Drag