AGOA relancé pour un an : Washington accorde un sursis stratégique aux exportations africaines.
Après plusieurs mois d’incertitude, les États-Unis ont finalement décidé de relancer, pour une durée d’un an, l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), l’accord emblématique qui permet aux pays africains d’exporter sans droits de douane vers le marché américain. Une bouffée d’oxygène pour les exportateurs du continent, mais un répit trop court pour dissiper toutes les inquiétudes.
Une prorogation in extremis après l’expiration de l’accord
L’AGOA avait officiellement expiré le 30 septembre 2025, plongeant de nombreux pays africains dans le flou commercial. Le 3 février 2026, le président américain a finalement promulgué une extension d’un an, avec effet rétroactif, prolongeant l’accord jusqu’au 31 décembre 2026, selon les communications officielles de l’U.S. Trade Representative (USTR).
Cette décision met fin, temporairement, à une période de vide juridique qui exposait les exportations africaines à des droits de douane parfois prohibitifs sur le marché américain.
AGOA : un pilier du commerce Afrique-États-Unis depuis 25 ans
Adoptée en 2000, l’AGOA constitue l’un des instruments les plus structurants de la relation économique entre les États-Unis et l’Afrique subsaharienne. Elle permet à une quarantaine de pays éligibles d’exporter plus de 1 800 produits vers les États-Unis sans droits de douane ni quotas.
Textile, agro-industrie, produits pétroliers, minerais transformés ou encore cuir : pour plusieurs économies africaines, l’AGOA a servi de porte d’entrée vers le premier marché de consommation au monde, tout en favorisant l’industrialisation locale et la création d’emplois.
Un soulagement immédiat pour les exportateurs africains
La relance de l’accord a été accueillie comme un soulagement immédiat par les entreprises exportatrices. Sans l’AGOA, de nombreux produits africains auraient perdu leur compétitivité du jour au lendemain, avec des conséquences directes sur les chaînes de valeur locales, les recettes en devises et l’emploi.
Selon les données américaines, les exportations africaines sous AGOA ont représenté plusieurs milliards de dollars par an ces dernières années, faisant de l’accord un levier non négligeable pour des économies souvent vulnérables aux chocs extérieurs.
Une extension courte qui entretient l’incertitude
Mais ce sursis a un goût d’inachevé. Un an seulement : pour les investisseurs et les industriels, la durée reste trop courte pour engager de nouveaux projets ou étendre les capacités de production destinées au marché américain.
Plusieurs gouvernements africains et organisations économiques ont plaidé pour une prolongation plus longue, afin d’offrir la visibilité nécessaire aux entreprises. À l’inverse, Washington a opté pour une approche prudente, préférant garder la main sur l’avenir du dispositif.
Des conditions toujours plus scrutées par Washington
L’AGOA n’est pas un accès automatique au marché américain. Les pays bénéficiaires doivent satisfaire à des critères stricts liés à la gouvernance, l’État de droit, l’économie de marché, la lutte contre la corruption et le respect des droits humains.
L’administration américaine a d’ores et déjà indiqué vouloir réexaminer et moderniser l’accord, afin de l’aligner davantage sur ses priorités commerciales actuelles. Une orientation qui pourrait, à terme, rendre l’éligibilité plus exigeante pour certains pays africains.
Un enjeu stratégique pour les économies africaines
Au-delà des chiffres, l’AGOA reste un outil stratégique d’intégration dans le commerce mondial. Pour l’Afrique, il ne s’agit pas seulement d’exporter plus, mais d’exporter mieux : transformer localement, monter en gamme et réduire la dépendance aux matières premières brutes.
La prorogation d’un an donne donc du temps, mais pas de certitudes. Elle rappelle surtout la nécessité pour les pays africains de diversifier leurs débouchés commerciaux, notamment vers l’Asie, le Moyen-Orient et à l’intérieur même du continent via la ZLECAf.
En relançant l’AGOA pour un an, Washington n’a pas fermé la porte au commerce africain. Mais il ne l’a pas non plus grande ouverte.
Pour l’Afrique, le message est clair : profiter de ce sursis, oui, mais sans bâtir sa stratégie d’exportation sur une promesse renouvelée au compte-gouttes.
La Rédaction



