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UMOA-Titres : Le Mali a levé 50 milliards FCFA avec une demande encore plus forte.

Sur le marché régional des titres publics de l’UEMOA, Bamako a réalisé une adjudication judicieuse : montant ciblé maîtrisé, forte pression des investisseurs et maturités diversifiées.


Un marché régional attentif à la signature malienne

Le 21 janvier 2026, la Direction nationale du Trésor et de la Comptabilité publique du Mali a conduit une émission de titres publics sur le marché financier régional organisé par UMOA-Titres.

Objectif : lever 50 milliards de FCFA via deux principaux instruments :

  • des Bons Assimilables du Trésor (BAT) à court terme (364 jours) ;
  • des Obligations Assimilables du Trésor (OAT) à moyen et long termes (3 et 5 ans).

Ce type d’opérations est devenu une composante stratégique de la gestion de la dette malienne, permettant de répondre à des besoins de financement à court terme tout en offrant de la visibilité sur des échéances plus longues.


Des soumissions largement supérieures à l’objectif

L’une des caractéristiques marquantes de cette adjudication a été la forte pression des investisseurs :
🔹 66,52 milliards FCFA de soumissions globales ont été reçus, soit un taux de couverture de 133 % par rapport au montant ciblé.

Cela signifie que les investisseurs banques, compagnies d’assurance, OPCVM et institutionnels de la zone UEMOA ont proposé beaucoup plus de titres qu’ils n’étaient disponibles, reflétant une appétence solide pour les titres maliens dans un environnement de liquidité abondante.


Ventilation des titres : maturités et montants retenus

La répartition des montants finalement retenus par le Trésor malien montre une stratégie de diversification du profil d’échéance :

BAT – 364 jours (court terme)

  • Montant de soumissions : ~49,78 milliards FCFA
  • Montant retenu : 43 milliards FCFA
  • Taux marginal : 6,76 %
  • Rendement moyen pondéré : 7,23 %

OAT – 3 ans (moyen terme)

  • Montant retenu : 5 milliards FCFA sur 9,74 milliards proposés

OAT – 5 ans (long terme)

  • Montant retenu : 7 milliards FCFA

Total des montants retenus : 55 milliards FCFA, soit au-delà du montant initialement visé de 50 milliards, même si le Trésor n’a retenu que ce qui lui semblait optimal en termes de structure de dette et de coût.

Ce choix sélectif malgré l’excès de propositions témoigne d’une volonté de mieux aligner les échéances et les coûts de financement, tout en répondant à la demande du marché.


Qu’est-ce que cela dit des conditions financières ?

La combinaison des taux et des maturités indique plusieurs tendances :

  • Les BAT à court terme ont attiré l’essentiel des volumes retenus, signe que les investisseurs privilégient souvent la liquidité et la moindre durée en contexte d’incertitude macro-économique.
  • Les taux offerts sur les OAT sont plus élevés, reflétant une prime de maturité (les investisseurs demandent plus pour le risque de durée).
  • La présence notable d’investisseurs régionaux, avec des contributions fortes de la Côte d’Ivoire, du Mali, de la Guinée-Bissau ou encore du Burkina Faso, souligne la dimension transnationale du marché UEMOA.

Une stratégie de dette qui donne de la visibilité

Pour le Trésor malien, émettre sur plusieurs maturités n’est pas anodin. Cela permet :

  • d’étaler les échéances, réduisant les pressions de remboursement sur un seul segment ;
  • de capter différentes catégories d’investisseurs, certains préférant la sécurité à court terme, d’autres des rendements potentiellement plus élevés à plus long terme ;
  • et de maintenir une présence régulière sur le marché régional, consolidant ainsi la réputation de Bamako auprès des investisseurs.

Cette opération s’inscrit dans une série d’émissions récentes qui montrent une stratégie active : quelques semaines plus tôt, le Mali avait déjà levé 44 milliards FCFA en réponse à une forte demande sur 40 milliards recherchés, illustrant une solide attractivité relative de ses titres.


Ce que cela signifie pour les finances publiques

Le recours au marché UMOA-Titres présente plusieurs avantages pour l’État malien :

  • Accès direct à l’épargne régionale, souvent en quête de placements sûrs ;
  • Une réduction de la dépendance aux seuls financements multilatéraux ;
  • Une flexibilité dans la gestion des échéances et des coûts de dette ;
  • Et une visibilité accrue auprès des investisseurs internationaux.

Cependant, la stratégie ne vient pas sans défis : une émission réussie doit être suivie d’une gestion prudente des flux de trésorerie pour honorer les échéances, mais l’opération du 21 janvier montre que le Mali peut capturer de la liquidité tout en restant sélectif.


Sur les marchés financiers, dépasser les objectifs de souscription ne suffit pas : savoir choisir ce que l’on retiendra est une discipline encore plus rare. Le Mali l’a fait en janvier 2026, en tirant parti d’un afflux d’offres abondantes tout en gardant la main sur la structure et le coût de sa dette.
Dans un monde où la confiance des investisseurs se gagne autant sur la stratégie que sur la signature, cette adjudication est un signal fort : le pays sait émettre et, surtout, savoir comment émettre.

La Rédaction

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