Skip links

Nigeria : L’AFC conseille une émission de 501 milliards de nairas pour assainir le secteur électrique.

Face à des années de déséquilibres financiers dans le secteur de l’électricité nigérian, une large opération obligataire pilotée par le gouvernement fédéral et conseillée par Africa Finance Corporation (AFC) marque une étape majeure vers la stabilisation du marché. Plus qu’un simple financement, c’est une tentative de restructuration profonde d’un système au cœur de l’économie la plus peuplée d’Afrique.


Un secteur électrique en souffrance — et une réponse audacieuse

Le secteur de l’électricité au Nigeria a longtemps été miné par des arriérés de paiements, des déséquilibres structurels et une instabilité des flux financiers entre les acteurs du marché. Les compagnies de production (GenCos) ont accumulé des créances non réglées, perturbant la chaîne d’approvisionnement et la capacité de produire de l’énergie fiable.

Pour traiter ces failles historiques, le gouvernement nigérian a lancé dans le cadre du Presidential Power Sector Financial Reforms Programme une émission obligataire de 501 milliards de nairas — soit près de 600 millions de dollars selon les taux de change récents — avec l’objectif de régler les dettes accumulées et de rétablir la liquidité dans le système.

L’originalité de l’opération tient à ce qu’elle ne se limite pas à un simple emprunt : elle est étroitement liée à un plan de réforme financière et institutionnelle du secteur électrique nigérian.


L’AFC, au cœur de la structuration de l’opération

L’Africa Finance Corporation (AFC), institution financière panafricaine dédiée au développement des infrastructures, a été choisie comme conseiller financier principal de l’opération, aux côtés de CardinalStone Partners.

Son rôle a consisté à :

  • conseiller sur la structuration du placement obligataire au regard des contraintes et opportunités du marché nigérian ;
  • appuyer les négociations entre les différentes parties prenantes — gouvernement fédéral, GenCos, acteurs financiers ;
  • et assurer une ingénierie financière robuste pour que l’émission réponde à la fois aux besoins de liquidité immédiats et aux impératifs de durabilité du secteur.

Selon Banji Fehintola, membre du conseil exécutif de l’AFC responsable des services financiers, cette intervention illustre l’engagement de l’institution à accompagner des réformes transformatrices dans des secteurs critiques du continent.


501 milliards de nairas : plus qu’un chiffre, un remède structurel

L’émission émise par NBET Finance Company Plc entité ad hoc de Nigerian Bulk Electricity Trading Plc servira à régler les créances vérifiées accumulées par les acteurs de la production électrique entre 2015 et 2025. Cet apurement est essentiel pour restaurer :

  • la confiance des GenCos dans leur capacité à être payés,
  • la capacité de ces compagnies à investir dans la maintenance et l’expansion de leurs installations,
  • et l’attirance des investisseurs futurs vers un secteur longtemps considéré comme risqué.

L’objectif ultime est de renforcer la performance opérationnelle du marché de l’électricité, d’attirer de nouveaux capitaux (notamment privés) et de corriger les déséquilibres financiers qui ont freiné la croissance du secteur pendant des années.


Une forte demande sur le marché obligataire local

L’émission de 501 milliards de nairas a été bien accueillie par les investisseurs institutionnels locaux. En particulier, les fonds de pension nigérians ont souscrit de façon soutenue, signe d’un regain de confiance des acteurs financiers internes dans les initiatives structurantes du gouvernement.

Cette dynamique est essentielle : une émission réussie sur le marché intérieur renforce à la fois l’autonomie financière du Nigeria et la viabilité à long terme de ses instruments financiers liés aux infrastructures.


Un effet domino attendu sur l’économie

Si les liquidités issues de l’émission sont utilisées comme prévu pour assainir les comptes des GenCos, l’effet pourrait être multiforme :

  • une augmentation de la fiabilité de la production électrique grâce à une capacité accrue à entretenir et moderniser les installations ;
  • une réduction des pertes financières dans toute la chaîne — de la production à la distribution ;
  • une hausse potentielle des investissements locaux et étrangers dans le secteur énergétique nigérian ;
  • une contribution à la croissance économique par une amélioration de l’accès à l’énergie, levier reconnu de développement industriel.

L’électricité est l’un des déterminants clés de la compétitivité des pays africains : toute amélioration structurelle peut avoir des retombées positives sur les PME, l’industrie lourde et les services.


Ce que le Nigeria est en train d’expérimenter avec cette émission de 501 milliards de nairas conseillée par l’AFC n’est pas un simple « tour de financement ». C’est une réponse pragmatique à une crise financière profonde dans un secteur critique, qui tente de conjuguer assainissement, réformes et attractivité économique.

Si cette opération oblige à des ajustements politiques et une rigueur financière accrue, elle pourrait aussi servir de modèle pour d’autres économies africaines confrontées à des défis similaires d’infrastructures essentiels. Parce qu’au-delà de l’électricité, c’est la capacité d’un pays à réformer ses marchés et à mobiliser ses ressources financières qui est ici en jeu.

La Rédaction

Accueil
Recherche
Top
Découvrir
Drag