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Eurobonds : Le grand retour des États africains sur les marchés internationaux.

Après une période de quasi-silence sur les marchés obligataires internationaux, les pays africains renouent avec les émissions d’eurobonds. Cette réapparition s’explique par l’amélioration progressive des conditions financières mondiales et par la nécessité urgente pour les États de financer leurs budgets, leurs infrastructures et le refinancement de dettes arrivant à échéance. Plusieurs opérations récentes montrent clairement ce retour coordonné des souverains africains vers les investisseurs internationaux.

Une série d’émissions révélatrices

Le mouvement concerne plusieurs économies majeures du continent.

Le Nigeria a levé environ 2,35 milliards USD grâce à des obligations à 10 et 20 ans, une émission massivement sursouscrite avec plus de 13 milliards USD de demandes d’achat. Ce succès témoigne d’un regain d’appétit des investisseurs pour les signatures africaines lorsque les rendements sont jugés attractifs.

L’Angola a mobilisé 1,5 milliard USD à un rendement proche de 10 %, illustrant le coût encore élevé de l’accès aux marchés. Cette opération s’inscrit dans un plan de financement global pouvant atteindre 6 milliards USD. Les autorités angolaises ont d’ailleurs autorisé une capacité d’émission allant jusqu’à 3 milliards USD en eurobonds et 1 milliard USD en obligations en yens.

La République du Congo est revenue sur les marchés internationaux après près de vingt ans d’absence avec une émission de 670 millions USD à maturité 2032, assortie d’un coupon de 9,875 %. L’objectif principal est le refinancement d’engagements à court terme.

Du côté de l’Afrique de l’Est, le Kenya prévoit d’émettre de nouveaux eurobonds afin de racheter environ 900 millions USD d’obligations arrivant à échéance en 2027, stratégie destinée à lisser son profil de remboursement et à éviter un pic de dette.

Enfin, le Sénégal a mobilisé environ 485 millions USD pour honorer une échéance obligataire en devises, dont un remboursement principal de plus de 333 millions de livres sterling. Cette opération a contribué à rassurer les marchés et à soutenir la valeur de ses titres.

Une stratégie financière qui évolue

Au-delà des eurobonds traditionnels, certains pays innovent. La Côte d’Ivoire a ainsi émis une obligation internationale libellée en francs CFA d’environ 220 milliards FCFA, combinant accès aux capitaux étrangers et renforcement du marché régional. Parallèlement, les États développent leurs marchés domestiques : ceux de la zone CEMAC ont levé environ 9,4 milliards USD sur les marchés régionaux en 2025, un record.

Les raisons de cet engouement

Plusieurs facteurs expliquent cette multiplication des émissions souveraines :

  • financement d’infrastructures et de programmes publics
  • couverture des déficits budgétaires
  • refinancement d’anciennes dettes
  • diversification des sources de financement

Les eurobonds offrent une liquidité rapide et des montants élevés, souvent impossibles à mobiliser sur les seuls marchés locaux.

Un coût élevé et des risques réels

Si l’accès au capital international s’améliore, il reste coûteux. Les rendements exigés dépassent souvent 9 %, signe que les investisseurs continuent d’intégrer une prime de risque importante. Cette réalité rappelle que ces financements, bien que nécessaires, peuvent accroître la vulnérabilité budgétaire en cas de choc externe, de dépréciation monétaire ou de hausse des taux mondiaux.

Un équilibre délicat entre opportunité et prudence

La multiplication des eurobonds traduit une évolution structurelle : les États africains deviennent des acteurs plus visibles des marchés financiers mondiaux. Mais ce retour exige une discipline budgétaire renforcée pour éviter qu’un outil de développement ne se transforme en facteur de fragilité.


Les eurobonds offrent aux pays africains une passerelle vers les capitaux internationaux. Reste désormais à savoir si cette ouverture sera le moteur d’une transformation économique durable ou le prélude à une nouvelle génération de défis financiers.

La Rédaction

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