Uranium : Le Niger propose de restituer 95 000 tonnes à Orano et amorce un tournant stratégique.
Après plusieurs mois de tensions autour de l’exploitation minière, le Niger a déclaré être prêt à restituer environ 95 000 tonnes d’uranium concentré à la société française Orano. L’annonce a été faite à la télévision nationale par le chef des autorités nigériennes, Abdourahamane Tiani, marquant une évolution notable dans un dossier qui mêle enjeux économiques, juridiques et géopolitiques.
Selon les informations disponibles, ce stock représente 63,4 % des quelque 150 000 tonnes produites par la mine exploitée historiquement par l’entreprise française.
Un stock au cœur d’un litige international
L’uranium concerné provient de la mine opérée par SOMAIR avant sa nationalisation par l’État nigérien en 2025. Cette décision avait été prise dans un contexte de détérioration rapide des relations entre Niamey et l’entreprise, les autorités accusant cette dernière d’avoir voulu suspendre ses activités sans autorisation et céder ses parts.
À la suite de cette nationalisation, Orano a engagé plusieurs procédures juridiques internationales. Un tribunal arbitral a notamment ordonné au Niger de ne pas vendre ni transférer l’uranium extrait avant la suspension des opérations, ce qui a gelé la situation pendant plusieurs mois.
Une restitution partielle, mais politiquement calculée
La décision de restituer ce volume d’uranium ne signifie pas un retour en arrière complet. Les autorités nigériennes ont précisé que tout uranium produit après la nationalisation restera propriété de l’État.
Autrement dit, l’annonce s’apparente davantage à un compromis stratégique qu’à une concession totale. Elle permet :
- de se conformer aux injonctions juridiques internationales ;
- d’éviter une escalade contentieuse coûteuse ;
- de préserver l’image du pays auprès des investisseurs.
Le facteur sécuritaire, déclencheur discret
Selon plusieurs sources concordantes, la question sécuritaire aurait joué un rôle déterminant. Une attaque armée survenue à proximité de la capitale a récemment ravivé les inquiétudes concernant la sécurité du stock d’uranium.
Dans un contexte régional marqué par l’instabilité, conserver de grandes quantités de matière radioactive représente un risque stratégique, logistique et diplomatique. La restitution apparaît ainsi aussi comme une mesure de gestion des risques.
Derrière le dossier minier, une bataille d’influence mondiale
Ce dossier dépasse largement le cadre d’un simple différend commercial. Depuis le changement de pouvoir en 2023, le Niger poursuit une stratégie affirmée de souveraineté sur ses ressources naturelles et cherche à redéfinir ses partenariats internationaux.
Des discussions avec des puissances comme la Russie et la Chine autour de coopérations économiques et minières illustrent cette volonté de diversification des alliances.
La gestion du dossier uranium devient ainsi un instrument diplomatique autant qu’économique.
Lecture économique : signal d’équilibre plus que recul stratégique
Pour les analystes, cette restitution n’est pas un signe de faiblesse, mais un calcul rationnel. Elle permet au Niger de :
- limiter les risques juridiques internationaux,
- préserver ses relations commerciales futures,
- tout en consolidant son contrôle sur la production minière à venir.
Dans les marchés extractifs, la crédibilité contractuelle compte presque autant que les ressources elles-mêmes. En montrant qu’il peut négocier sans céder le fond, Niamey envoie un message aux investisseurs : le pays entend défendre ses intérêts tout en restant dans le jeu économique mondial.
Une décision charnière
La restitution annoncée constitue donc un geste diplomatique mesuré dans une confrontation où chaque partie teste les lignes rouges de l’autre. Elle ne met pas fin au contentieux, mais elle en modifie l’équilibre.
Dans les industries stratégiques, les cargaisons d’uranium ne sont jamais de simples marchandises : ce sont des leviers de puissance. En acceptant d’en restituer une partie, le Niger ne tourne pas la page du bras de fer avec Orano, il en écrit simplement un nouveau chapitre, plus subtil et potentiellement plus décisif.
La Rédaction



