Union africaine – AES : La diplomatie du réel s’impose face à la crise sahélienne.
Alors que le Burkina Faso, le Mali et le Niger redessinent leur trajectoire régionale hors de la CEDEAO, l’Union africaine ajuste sa boussole. Plus pragmatique, moins dogmatique, sa « nouvelle approche » envers les pays de l’AES marque un tournant silencieux mais stratégique dans la gouvernance du continent.
Un séisme institutionnel en Afrique de l’Ouest
Le retrait officiel du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO a provoqué un choc politique majeur en Afrique de l’Ouest. Pour la première fois depuis des décennies, une organisation régionale se voit publiquement contestée par des États membres qui dénoncent son inefficacité sécuritaire et son alignement excessif sur des logiques extérieures.
Ce bouleversement a placé l’Union africaine (UA) face à une équation délicate : comment maintenir la cohésion continentale sans ignorer les nouvelles réalités politiques du Sahel ? Longtemps en retrait au nom du principe de subsidiarité – laissant les Communautés économiques régionales gérer les crises – l’UA n’a désormais plus le luxe de l’attentisme.
De la sanction au dialogue : un virage assumé
Sans l’annoncer à grand renfort de communiqués, l’Union africaine opère un changement de méthode. Là où la réponse institutionnelle africaine s’est longtemps résumée à des suspensions automatiques et des sanctions symboliques, l’UA privilégie désormais une approche fondée sur le dialogue politique, la médiation et la reconnaissance des rapports de force réels.
Concrètement, l’organisation continentale cherche à maintenir un canal de discussion ouvert avec les autorités de l’AES, tout en évitant une marginalisation totale de ces pays au sein du système africain de paix et de sécurité. Il ne s’agit plus de contraindre, mais de contenir les fractures.
L’Union africaine en quête d’un rôle central
La mise à l’écart de la CEDEAO dans les relations avec les pays de l’AES a mécaniquement renforcé la position de l’Union africaine. Son Conseil de paix et de sécurité apparaît désormais comme l’un des rares cadres légitimes de dialogue multilatéral entre États sahéliens et reste du continent.
Cette évolution est d’autant plus stratégique que les tensions régionales se multiplient : relations délicates avec certains pays voisins, recomposition des alliances sécuritaires, montée en puissance de nouvelles coopérations militaires. Dans ce contexte, l’UA tente de se repositionner en arbitre continental, capable de prévenir l’isolement durable du Sahel.
Une diplomatie pragmatique face aux défis sécuritaires
Derrière cette « nouvelle approche », l’Union africaine reconnaît une évidence : la stabilité du Sahel conditionne celle de l’ensemble du continent. Terrorisme, déplacements massifs de populations, fragilités économiques et humanitaires ne s’arrêtent pas aux frontières institutionnelles.
En choisissant une posture plus pragmatique, l’UA admet que la rupture entre l’AES et la CEDEAO ne peut être gérée uniquement par des mécanismes normatifs. Elle appelle à des solutions africaines réalistes, capables d’intégrer des trajectoires politiques différentes sans faire imploser l’édifice continental.
Entre partenaires internationaux et souveraineté africaine
Cette réorientation s’accompagne d’une coordination accrue avec certains partenaires internationaux, notamment européens, autour des questions de paix, de sécurité et de développement. Mais l’Union africaine insiste désormais sur un point : l’agenda africain ne peut plus être dicté de l’extérieur.
Pour les pays de l’AES, cette posture est perçue comme une reconnaissance implicite de leur volonté de souveraineté stratégique. Pour l’UA, c’est un exercice d’équilibriste : coopérer sans s’aligner, dialoguer sans valider toutes les options politiques.
Un test décisif pour l’avenir de l’intégration africaine
Au-delà du cas de l’AES, cette séquence révèle une crise plus profonde de l’intégration régionale en Afrique. Institutions contestées, États en quête d’autonomie, citoyens exigeant des résultats concrets : le logiciel hérité des années 1990 montre ses limites.
La « nouvelle approche » de l’Union africaine envers les pays du Sahel pourrait ainsi préfigurer une transformation plus large de la gouvernance continentale, moins idéologique, plus opérationnelle.
À défaut de ramener immédiatement la stabilité, l’Union africaine semble avoir compris une chose essentielle : dans un Sahel en recomposition, ignorer la réalité politique coûte plus cher que la regarder en face.
La Rédaction



