Skip links

UEMOA : Sept mois de déflation et un signal économique inédit depuis la crise Covid.

En 2025, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a vécu un phénomène rare : une baisse continue des prix pendant sept mois consécutifs. Une séquence inédite depuis la pandémie de Covid-19, qui interroge autant qu’elle soulage.

Une inflation qui passe sous zéro, mois après mois

De juin à décembre 2025, l’indice des prix à la consommation dans l’espace UEMOA est resté en territoire négatif. Autrement dit, les prix ont reculé durablement, marquant la plus longue période de déflation enregistrée depuis 2020, selon les données consolidées de la BCEAO, reprises par Sika Finance et Agence Ecofin.

En juillet 2025, la déflation atteignait déjà -0,9 % en glissement annuel, confirmant une tendance amorcée dès le milieu de l’année. Les mois suivants n’ont fait que prolonger ce mouvement, installant la zone dans une situation macroéconomique peu courante pour des économies émergentes.

Pourquoi les prix ont-ils baissé aussi longtemps ?

La première explication est alimentaire. Les produits alimentaires, qui pèsent lourd dans le panier des ménages ouest-africains, ont vu leurs prix reculer sous l’effet combiné d’une meilleure disponibilité locale et d’un reflux des cours internationaux.

Deuxième facteur clé : la détente des prix à l’importation. Le ralentissement de l’inflation mondiale et la stabilisation des coûts logistiques ont allégé la facture des biens importés, contribuant mécaniquement à la baisse des prix à la consommation.

Enfin, la demande intérieure est restée contenue. Dans plusieurs pays de l’Union, la prudence des ménages et des entreprises, dans un contexte de croissance modérée et de resserrement budgétaire, a limité les pressions inflationnistes.

Un soulagement pour les ménages… mais un casse-tête pour la croissance

À court terme, la déflation a offert un bol d’oxygène au pouvoir d’achat, notamment pour les ménages les plus vulnérables. Moins de tension sur les prix alimentaires, c’est une respiration bienvenue après les flambées inflationnistes de 2022 et 2023.

Mais à moyen terme, le tableau est plus nuancé. Une déflation prolongée peut aussi traduire une faiblesse de la demande, décourager l’investissement privé et peser sur les marges des entreprises. Pour les États, elle complique la mobilisation des recettes fiscales, souvent indexées sur l’activité et la consommation.

La BCEAO face à un nouvel équilibre délicat

Pour la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, cette séquence inédite pose une équation sensible : soutenir la reprise sans raviver l’inflation. Après avoir durci sa politique monétaire face aux chocs inflationnistes mondiaux, l’institution se retrouve confrontée à un contexte inverse, où le risque n’est plus la surchauffe, mais l’essoufflement.

Si la déflation observée en 2025 ne traduit pas une crise, elle agit néanmoins comme un signal d’alerte silencieux : celui d’économies encore fragiles, très exposées aux chocs externes et dépendantes de la dynamique de la demande intérieure.

Une parenthèse ou un tournant

Reste la question centrale ; cette longue baisse des prix est-elle une simple parenthèse conjoncturelle ou le symptôme d’un changement plus profond ? La réponse dépendra de la capacité des économies de l’UEMOA à relancer l’investissement, stimuler la consommation productive et transformer l’accalmie inflationniste en véritable moteur de croissance.

Car si la déflation apaise les prix, elle ne crée pas, à elle seule, de richesse durable.

Et en économie, le silence des prix n’est jamais anodin.

La Rédaction

Accueil
Recherche
Top
Découvrir
Drag