Sénégal : Un accord de 2 milliards d’euros avec l’ITFC pour sécuriser les approvisionnements et renforcer la souveraineté économique.
Dakar consolide son dispositif financier pour faire face aux chocs extérieurs et soutenir les secteurs stratégiques sur la période 2025-2029.
Le Sénégal franchit une nouvelle étape dans la structuration de son financement du commerce extérieur. En marge des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque islamique de développement (BID) tenues en 2025 à Alger, Dakar a signé un accord-cadre de 2 milliards d’euros avec l’International Islamic Trade Finance Corporation (ITFC), la branche du Groupe BID dédiée au financement du commerce.
Ce partenariat quinquennal (2025-2029) vise à sécuriser les approvisionnements stratégiques du pays, renforcer les capacités productives nationales et soutenir les priorités de développement définies dans la Vision Sénégal 2050.
Un mécanisme de financement structuré et progressif
Contrairement à une enveloppe mobilisée en une seule fois, les 2 milliards d’euros constituent un cadre global déployé progressivement sous forme de lignes de financement dédiées.
L’ITFC intervient principalement pour :
- financer les importations stratégiques (produits énergétiques, intrants agricoles, biens essentiels) ;
- soutenir les entreprises publiques et privées engagées dans le commerce international ;
- fluidifier les transactions extérieures en période de tension sur les marchés mondiaux.
Ce type de mécanisme permet à l’État de sécuriser l’accès aux biens critiques sans exercer une pression excessive sur les réserves en devises.
Sécurité des approvisionnements : une priorité stratégique
Depuis la crise sanitaire mondiale puis les tensions géopolitiques sur les marchés énergétiques et céréaliers, la question des chaînes d’approvisionnement est devenue centrale.
Pour le Sénégal, pays importateur net de produits pétroliers, de blé et de certains intrants agricoles, la volatilité des prix internationaux représente un risque budgétaire et social important.
L’accord avec l’ITFC permet de :
- garantir l’achat régulier de produits énergétiques nécessaires à la stabilité du réseau électrique ;
- assurer l’accès aux engrais et semences pour soutenir la production agricole ;
- faciliter les importations de biens médicaux et équipements essentiels.
L’objectif est clair : réduire la vulnérabilité aux ruptures d’approvisionnement et amortir les chocs externes.
Agriculture, énergie, santé : les secteurs ciblés
Le cadre de coopération couvre plusieurs piliers stratégiques :
Agriculture et sécurité alimentaire
L’appui financier vise à renforcer les chaînes de valeur locales, améliorer l’accès aux intrants et soutenir la transformation agro-industrielle.
Énergie
Le financement du commerce des produits pétroliers et énergétiques demeure un axe prioritaire, dans un contexte de demande intérieure croissante.
Santé et biens essentiels
Le dispositif facilite l’importation de matériels et produits médicaux stratégiques, contribuant à la stabilité du système sanitaire.
Secteur privé
Les entreprises engagées dans les échanges commerciaux peuvent bénéficier de facilités qui améliorent leur trésorerie et leur compétitivité.
Une diversification assumée des partenaires financiers
Le recours à l’ITFC s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des sources de financement.
En complément des marchés internationaux de capitaux, des institutions multilatérales classiques et des partenaires bilatéraux, la finance islamique offre des instruments adaptés au financement du commerce, souvent structurés selon des principes de partage de risques et de conformité à la finance participative.
Cette diversification renforce la marge de manœuvre de Dakar dans la gestion de ses équilibres macroéconomiques.
Un levier pour la Vision Sénégal 2050
Au-delà de la sécurisation immédiate des approvisionnements, l’enjeu est plus large : soutenir la transformation structurelle de l’économie.
En stabilisant les flux commerciaux et en garantissant l’accès aux intrants stratégiques, le Sénégal cherche à créer un environnement plus prévisible pour l’investissement productif, l’industrialisation et la création d’emplois.
Le succès de ce partenariat dépendra toutefois de la capacité à traduire ces lignes de financement en impacts mesurables : augmentation de la production locale, amélioration de la balance commerciale et réduction durable de la vulnérabilité externe.
Dans un environnement international marqué par l’incertitude, le Sénégal choisit d’anticiper plutôt que de subir. L’accord de 2 milliards d’euros avec l’ITFC ne constitue pas simplement une opération financière : il représente un outil de stabilisation économique et un pari sur la résilience. Reste désormais à transformer cette puissance financière en résultats concrets sur le terrain. Car en matière de souveraineté économique, la crédibilité ne se décrète pas, elle se construit dans l’exécution.
La Rédaction



