Sénégal : Le pari du sel, une industrie de 350 milliards FCFA en ligne de mire.
Longtemps cantonnée à une activité artisanale et faiblement valorisée, la production de sel au Sénégal est désormais appelée à changer d’échelle. Lors du Conseil des ministres du 11 février 2026, les autorités ont affiché une ambition claire : transformer ce secteur en véritable pilier industriel capable de générer plus de 30 000 emplois formels et d’atteindre 350 milliards FCFA de chiffre d’affaires d’ici 2034.
Cette annonce marque un tournant stratégique : l’État ne considère plus le sel comme une simple ressource naturelle, mais comme une chaîne de valeur complète à structurer.
Un potentiel économique encore sous-exploité
Le Sénégal dispose pourtant d’atouts solides. Le pays produit plus de 500 000 tonnes de sel par an et se positionne parmi les principaux producteurs du continent, tout en étant l’un des rares exportateurs significatifs d’Afrique de l’Ouest.
Malgré ce volume, le secteur ne contribue qu’à environ 0,3 % du PIB, signe d’une faible valorisation locale.
La raison principale : la majorité du sel est exportée brute, sans transformation industrielle, ce qui limite fortement les revenus captés sur place.
Industrialiser pour capter la valeur
La stratégie gouvernementale repose sur un changement structurel profond. Le plan prévoit notamment :
- la modernisation des sites de production
- le développement d’unités de transformation
- l’amélioration du conditionnement et de la logistique
- la structuration d’un écosystème industriel complet.
Le Pôle-Territoire Centre est appelé à devenir la future plateforme industrielle du secteur, avec l’objectif de constituer un véritable cluster spécialisé.
À horizon plus lointain, les autorités visent la construction d’un système intégré d’ici 2050, capable de positionner le pays comme acteur majeur du marché régional et international du sel.
La bataille de la marque et des marchés
Au-delà des volumes, l’enjeu est aussi commercial. Le gouvernement souhaite créer un label « Sel du Sénégal » afin de renforcer la compétitivité et la reconnaissance du produit sur les marchés extérieurs.
Cette approche s’inscrit dans une logique désormais répandue dans les politiques industrielles africaines : passer d’une économie d’exportation de matières premières à une économie de transformation et de marque.
Un levier pour l’emploi et l’aménagement du territoire
Si les projections sont atteintes, la filière pourrait devenir un moteur de développement régional : création d’emplois formels, dynamisation des zones rurales, amélioration des infrastructures logistiques et hausse des recettes d’exportation.
Un chiffre d’affaires de 350 milliards FCFA placerait le sel parmi les branches économiques intermédiaires les plus dynamiques du pays, changeant radicalement son poids dans la structure productive nationale.
Une pièce du puzzle Sénégal 2050
Cette initiative s’inscrit dans la stratégie globale de transformation économique du pays, qui mise sur la souveraineté productive et la montée en gamme industrielle pour accélérer la croissance à long terme.
Discret mais omniprésent dans la vie quotidienne, le sel pourrait bien devenir l’un des symboles de la mutation économique sénégalaise. Si les investissements suivent les ambitions, ce minerai banal pourrait se révéler être l’un des plus puissants catalyseurs de richesse du pays au cours de la prochaine décennie.
La Rédaction



