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Résilience alimentaire : Le Burkina Faso crée Faso-Agropôle et change d’échelle agricole.

Face aux chocs climatiques, à la pression démographique et à la dépendance alimentaire, le Burkina Faso muscle son appareil productif. Avec la création de la Société Faso-Agropôle, l’État fait le choix d’une agriculture structurée, intégrée et pilotée comme un levier stratégique de souveraineté.


Un nouvel outil public au cœur de la stratégie agricole

Le Burkina Faso a officiellement créé la Société Faso-Agropôle (SOFA), une holding publique chargée de piloter et coordonner les principaux pôles agricoles du pays. La décision, actée en Conseil des ministres début février 2026, marque une nouvelle étape dans la volonté des autorités de reprendre la main sur les leviers de la production alimentaire.

La SOFA a vocation à centraliser la gouvernance, la planification et la mise en œuvre des grands projets agricoles structurants, longtemps gérés de manière fragmentée. Pour l’exécutif burkinabè, l’objectif est clair : passer d’une logique de projets à une logique de système agricole intégré.


Cinq agropôles pour structurer la production nationale

La nouvelle société d’État fédère cinq agropôles stratégiques, répartis sur l’ensemble du territoire et conçus comme des bassins de production à fort potentiel :

  • l’agropôle du Sourou, dans la Boucle du Mouhoun ;
  • l’agropôle du Nakambé (ex-Bagré), autour du barrage hydro-agricole ;
  • l’agropôle de Samendéni, adossé à l’un des plus grands ouvrages hydrauliques du pays ;
  • l’agropôle de la Comoé, au sud-ouest ;
  • l’agropôle du Liptako-Gourma, en zone sahélienne.

Ces pôles couvrent l’agriculture irriguée, l’élevage, la pêche, mais aussi la transformation agro-industrielle et la commercialisation, afin de capter davantage de valeur ajoutée localement.


Un recentrage stratégique de l’État

Dans le même mouvement, l’État burkinabè a décidé de racheter les participations privées résiduelles dans certains agropôles, portant leur capital à 100 % public. Ce choix traduit une orientation assumée : les infrastructures agricoles majeures sont désormais considérées comme des actifs stratégiques, au même titre que l’énergie ou les transports.

L’exécutif entend ainsi garantir une cohérence d’ensemble, accélérer la prise de décision et aligner les investissements agricoles sur les priorités nationales, notamment en matière de sécurité alimentaire.


Sécurité alimentaire et résilience face aux chocs

La création de Faso-Agropôle s’inscrit dans le cadre plus large de l’offensive agropastorale et halieutique engagée par les autorités. Le Burkina Faso reste fortement exposé aux aléas climatiques et à la volatilité des marchés internationaux, alors même que les importations alimentaires pèsent lourdement sur la balance commerciale.

En misant sur l’irrigation, la mécanisation, la structuration des filières et la transformation locale, le gouvernement cherche à réduire la vulnérabilité du pays et à sécuriser l’approvisionnement des marchés nationaux.

Au-delà de l’autosuffisance, l’ambition est aussi économique : créer des emplois, stabiliser les revenus ruraux et faire de l’agriculture un moteur de croissance durable.


Un pari sur la gouvernance et l’exécution

Reste un défi majeur : celui de la mise en œuvre. Centraliser la gestion ne garantit pas automatiquement l’efficacité. Le succès de Faso-Agropôle dépendra de sa capacité à mobiliser des financements, attirer des compétences, coordonner les acteurs locaux et transformer les investissements en résultats concrets sur le terrain.

Pour les autorités burkinabè, le message est néanmoins clair : la souveraineté alimentaire ne se décrète pas, elle s’organise. Et avec Faso-Agropôle, le Burkina Faso tente de bâtir l’architecture institutionnelle qui lui faisait défaut.

Dans un Sahel sous tension, l’agriculture n’est plus seulement un secteur économique : elle devient une question de résilience nationale.

La Rédaction

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