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Or à prix d’or : Le Ghana veut lier ses redevances minières aux cours mondiaux.

Accra envisage une réforme fiscale majeure pour capter davantage de revenus lorsque l’or flambe. Une décision stratégique, au cœur d’un délicat équilibre entre souveraineté budgétaire et attractivité minière.


Un tournant fiscal dans un pays aurifère clé

Premier producteur d’or d’Afrique et l’un des piliers mondiaux du secteur, le Ghana s’apprête à revoir en profondeur son régime de redevances minières. Le gouvernement étudie l’introduction de redevances aurifères indexées sur les prix internationaux de l’or, rompant ainsi avec un système de taux fixes appliqué depuis des années.

Cette réforme intervient dans un contexte de cours de l’or durablement élevés, alimentés par les tensions géopolitiques, l’inflation mondiale et la ruée des investisseurs vers les valeurs refuges. Pour Accra, l’équation est simple : lorsque l’or rapporte plus, l’État doit lui aussi en tirer davantage de bénéfices.


Pourquoi changer un système jugé trop rigide ?

Jusqu’à présent, le Ghana applique une redevance comprise entre 3 % et 5 % de la valeur brute de l’or produit, quel que soit le niveau des prix internationaux. Un mécanisme stable, mais jugé de plus en plus inadapté à la volatilité actuelle des marchés.

Selon les autorités, ce système empêche le pays de profiter pleinement des périodes de flambée des cours, alors même que les marges des compagnies minières s’élargissent sensiblement. L’objectif de la réforme est donc clair : introduire une progressivité automatique, alignée sur le prix de l’once d’or.


Un mécanisme d’indexation encore en discussion

Les contours précis du nouveau régime ne sont pas définitivement arrêtés, mais les documents en discussion évoquent une échelle glissante de redevances, pouvant augmenter à mesure que le prix de l’or franchit certains seuils.

Selon des sources proches du dossier, les taux pourraient dépasser nettement les niveaux actuels, avec des plafonds évoqués entre 9 % et 12 % lorsque les cours atteignent des niveaux exceptionnellement élevés. Une perspective qui marque une rupture nette avec la philosophie fiscale passée.


Les compagnies minières sur la défensive

Sans surprise, le projet suscite de vives réactions dans le secteur minier. La Ghana Chamber of Mines, qui représente les grands opérateurs du pays, reconnaît la légitimité d’un ajustement fiscal, mais met en garde contre un risque de décrochage de l’investissement si les taux deviennent excessifs.

Pour désamorcer la fronde, le gouvernement a proposé un geste d’apaisement : une réduction de la “Growth and Sustainability Levy”, une autre taxe sectorielle, afin de compenser partiellement la hausse attendue des redevances aurifères.


Une réforme à forte portée politique et budgétaire

Au-delà du débat technique, la réforme s’inscrit dans une stratégie plus large : renforcer les recettes publiques, soutenir l’effort budgétaire et répondre aux attentes sociales dans un pays confronté à des tensions économiques persistantes.

Pour l’exécutif ghanéen, l’enjeu est aussi politique : démontrer que les ressources naturelles profitent davantage à la collectivité, tout en évitant de fragiliser un secteur qui reste l’un des premiers pourvoyeurs de devises et d’emplois.


Une tendance régionale à surveiller

Le Ghana n’est pas un cas isolé. À travers l’Afrique, plusieurs pays producteurs réévaluent leurs régimes fiscaux miniers, cherchant à mieux capter la rente des matières premières dans un monde de prix élevés et instables.

Si elle aboutit, la réforme ghanéenne pourrait servir de référence régionale, notamment pour les pays d’Afrique de l’Ouest fortement dépendants de l’or.


En liant ses redevances au prix de l’or, le Ghana fait un pari audacieux : transformer la volatilité des marchés en levier budgétaire. Reste à savoir si cette nouvelle équation saura convaincre les investisseurs que, même lorsque l’État prend plus, le jeu en vaut encore la chandelle.

La Rédaction

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