Mali : Vingt-cinq ans de financement politique passés au crible par un audit historique.
Un vent de transparence souffle sur la vie politique malienne. La Section des comptes de la Cour suprême du Mali a lancé, en juin 2025, un audit sans précédent portant sur près de vingt-cinq ans de financement public des partis politiques. L’opération couvre la période juillet 2000 à mai 2025, et vise à vérifier de manière exhaustive la gestion des fonds publics alloués aux formations politiques depuis le début du siècle.
Ce contrôle intervient à un moment charnière de la vie institutionnelle malienne, marqué par la dissolution de nombreuses formations politiques et par des appels répétés à renforcer la transparence et la responsabilité dans la gestion des fonds publics.
Un audit d’une ampleur inédite
Le 17 juin 2025, la Section des comptes a demandé à tous les responsables des partis politiques dissous ou existants de produire leurs documents comptables pour la période étudiée. Cela inclut les états financiers, pièces justificatives, relevés bancaires et journaux de caisse. La date limite de dépôt a été fixée au 30 juin 2025.
Cette initiative n’est pas simplement une vérification ponctuelle : elle jette une lumière jamais vue sur 25 années de financement public, dans un pays où les pratiques n’ont parfois pas fait l’objet d’un véritable contrôle systématique.
Pourquoi cet audit maintenant ?
L’audit s’inscrit dans un contexte politique particulier. En mai 2025, l’État malien a procédé à la dissolution de près de 300 partis politiques, dans le cadre d’un vaste processus de « refondation de la vie politique ». Cette réorganisation a suscité des débats et des interrogations sur la gestion passée des ressources allouées aux partis.
La Section des comptes a mis en avant deux objectifs principaux :
- La transparence : savoir comment l’argent public a été utilisé par les partis sur une longue période.
- La reddition de comptes : déterminer si les fonds ont été gérés conformément aux règles en vigueur et si des irrégularités doivent être sanctionnées.
Des premiers constats déjà révélateurs
À la fin de l’année 2025, des résultats partiels de l’audit ont commencé à émerger. Concernant la période 2000–2019, la Section des comptes de la Cour suprême a estimé que 24,6 milliards de francs CFA ont été alloués aux partis politiques via des subventions publiques.
Outre le montant lui-même, l’audit a montré que les obligations de dépôt de comptes n’ont été respectées que par une minorité des formations politiques. Sur les 295 partis recensés par le ministère de l’Administration territoriale, seuls 144 ont soumis des comptes au moins une fois à la Cour suprême sur la période étudiée.
En parallèle, certaines formations ont déclaré des ressources supérieures à celles qui leur étaient attribuées par l’État, soulevant des questions sur la traçabilité et l’origine des fonds supplémentaires.
Des défis juridiques et pratiques
L’un des aspects qui a attiré l’attention des spécialistes est l’ampleur temporelle de l’audit. En droit malien, le délai légal de conservation des documents comptables est généralement de dix ans, ce qui soulève des questions quant à l’accessibilité ou à la fiabilité de pièces datant de plus de deux décennies.
De plus, certains partis dissous ou inactifs ne disposent plus de structures organisées pour produire ou authentifier leurs archives, compliquant l’expertise comptable et l’évaluation des flux financiers sur une période aussi longue.
Les enjeux démocratiques au cœur du débat
Au-delà des aspects purement techniques, l’audit touche à des enjeux essentiels de la vie démocratique malienne. Il interroge la transparence du financement public, la responsabilité des dirigeants politiques et la manière dont les partis ont utilisé des ressources qui, juridiquement, étaient destinées à soutenir leur participation à la vie publique.
Certains acteurs de la société civile estiment que cet exercice doit déboucher sur des recommandations de réforme du cadre juridique du financement politique, afin d’éviter que des zones d’ombre ne subsistent à l’avenir.
Quelles suites pour l’audit ?
L’analyse complète des 25 années examinées n’est pas encore achevée à la fin de 2025. La Section des comptes devra :
- Finaliser l’examen des pièces produites.
- Identifier les cas d’irrégularités ou de non-conformités.
- Éventuellement, formuler des sanctions ou recommandations aux autorités compétentes.
La manière dont les résultats de cet audit seront pris en compte dans l’architecture politique et institutionnelle du pays reste un sujet majeur de débat entre acteurs politiques, juristes et citoyens.
En matière de gouvernance publique, le diable est souvent dans les détails. En scrutant vingt-cinq ans de financement politique, la Cour suprême ne se contente pas de compter les chiffres : elle interroge la manière dont ces ressources ont été dépensées, au nom de qui et dans quelles conditions. Si les premiers résultats ont déjà mis en lumière des lacunes importantes, la suite de l’audit pourrait bien redéfinir les normes de transparence et de responsabilité au Mali, jetant les bases d’une vie politique plus rigoureuse, mais surtout plus crédible aux yeux des citoyens.
La Rédaction

