Mali : Un chantier vital d’eau potable relancé à Kayes et Kati face au climat et à la pression démographique.
Dans un contexte où l’accès à l’eau potable demeure un défi majeur pour une large part de la population malienne, les autorités nationales et la Banque africaine de développement (BAD) ont relancé, le 22 janvier à Bamako, un projet crucial destiné à améliorer durablement l’approvisionnement en eau potable et les services d’assainissement dans les régions de Kayes et du cercle de Kati. Cette relance intervient à un moment où les besoins sont accentués par une vulnérabilité accrue liée au changement climatique et à une croissance démographique rapide.
L’initiative, financée dans le cadre de la Facilité africaine de l’eau (FAE) de la BAD, représente un investissement de 5,857 millions d’euros, un peu plus de 3,8 milliards de francs CFA, signé avec le gouvernement malien en mai 2023. Elle vise à renforcer l’accès à une eau potable durablement gérée et à mettre en place des infrastructures d’assainissement adaptées à des conditions environnementales de plus en plus hostiles.
Des zones particulièrement fragiles
Les deux zones ciblées par le projet ont des profils distincts mais convergents en termes de besoins :
- Kayes, à l’ouest du pays, est régulièrement confrontée à des sécheresses prolongées et à des variations pluviométriques importantes, qui affectent la disponibilité et la qualité des ressources hydriques.
- Le cercle de Kati, situé dans la région de Koulikoro, subit une pression démographique croissante, en grande partie due à l’expansion urbaine de Bamako et à l’installation de populations périurbaines, ce qui accentue la demande en eau potable et alourdit le fardeau sur des infrastructures déjà fragiles.
Ces deux phénomènes, changements climatiques et intensification de l’usage de l’eau liée à l’accroissement démographique, créent une dynamique délicate, faisant de l’eau un enjeu de sécurité humaine et de stabilité sociale dans ces régions.
Ce que prévoit le projet
Le projet, intitulé Projet d’appui à l’approvisionnement en eau potable et à l’assainissement résilients au changement climatique dans la région de Kayes et le cercle de Kati, comporte plusieurs volets complémentaires :
- Renforcement des systèmes d’adduction d’eau potable afin de garantir un approvisionnement plus régulier et mieux géré, même lors de périodes de stress hydrique.
- Amélioration des infrastructures d’assainissement, y compris les dispositifs de traitement et de distribution, pour réduire les risques sanitaires associés aux mauvaises conditions d’accès à l’eau.
- Soutien aux mécanismes locaux de gestion de l’eau, afin de développer des capacités communautaires de maintenance et d’exploitation des services d’eau, en privilégiant une approche durable et inclusive.
Selon les données techniques disponibles, le projet devrait profiter directement à plusieurs dizaines de milliers d’habitants des localités concernées, avec des impacts positifs sur la santé publique, la productivité et la qualité de vie des communautés locales.
Un enjeu sanitaire et social majeur
Les données des partenaires techniques soulignent que moins de sept Maliens sur dix ont aujourd’hui un accès régulier à une source améliorée d’eau potable, et que ce taux est encore plus bas en milieu rural. La dégradation des nappes phréatiques, l’irrégularité des pluies et l’augmentation des températures sont autant de facteurs qui compliquent la gestion durable de l’eau dans de nombreuses régions du pays.
Dans ce contexte, la relance du projet ne répond pas seulement à un besoin d’infrastructure, mais à une urgence sanitaire et sociale : garantir un accès à l’eau potable est un élément clé de la prévention des maladies hydriques, de la sécurité alimentaire et de la résilience des populations face aux chocs environnementaux.
Un cadre de coopération renouvelé
La relance de ce projet intervient après plusieurs mois de ralentissement des travaux et marque une nouvelle phase d’engagement opérationnel entre le Mali et la BAD. La 3e session du comité de pilotage, tenue récemment au siège de la Direction nationale de l’hydraulique à Bamako, a permis de définir les priorités pour les mois à venir et d’accélérer la mise en œuvre des composantes essentielles.
Pour les autorités maliennes comme pour la BAD, la réussite de cette initiative dépendra de la continuité des travaux, de la mobilisation locale et de la capacité à intégrer des solutions adaptées aux contraintes climatiques.
Face à l’aggravation des aléas climatiques et à la pression démographique qui pèse sur l’accès à l’eau, la relance de ce projet n’est pas seulement une bouffée d’oxygène pour les populations de Kayes et Kati : elle est une preuve tangible que les enjeux d’eau potable en Afrique de l’Ouest sont désormais au cœur des stratégies de résilience durable. À l’heure où chaque goutte compte, ce chantier rappelle que l’accès à l’eau n’est pas un luxe, mais une condition fondamentale de paix sociale, de santé publique et de développement économique.
La Rédaction

