Mali : L’État crée une société publique pour reprendre la main sur ses participations minières.
Dans un tournant stratégique pour le secteur extractif, le Mali se dote d’un nouvel outil public pour mieux gérer ses intérêts dans les sociétés minières. Objectif affiché : renforcer la souveraineté économique, améliorer la gouvernance et maximiser les retombées financières d’un secteur clé de l’économie nationale.
Un nouveau bras armé de l’État dans le secteur minier
Le Mali a officiellement acté la création d’une société publique chargée de gérer les participations de l’État dans les entreprises minières. La décision a été adoptée en Conseil des ministres début février 2026, marquant une nouvelle étape dans la réforme en profondeur du cadre minier national.
Baptisée Société de Patrimoine Minier du Mali (SOPAMIM S.A.), cette entité est constituée sous forme de société anonyme détenue à 100 % par l’État. Elle a vocation à centraliser, piloter et valoriser les parts publiques détenues dans les projets miniers opérant sur le territoire national.
Pourquoi une telle société maintenant ?
Jusqu’à présent, les participations de l’État malien — souvent autour de 20 % dans les sociétés minières industrielles — étaient gérées de manière fragmentée, par différentes structures administratives. Cette dispersion limitait la capacité stratégique de l’État, tant dans le suivi financier que dans la gouvernance des projets.
La création de la SOPAMIM répond donc à un triple objectif :
- professionnaliser la gestion des participations publiques ;
- renforcer la transparence et la traçabilité des revenus miniers ;
- mieux défendre les intérêts nationaux dans un secteur dominé par de grands opérateurs internationaux.
Un instrument clé du nouveau Code minier
Cette initiative s’inscrit directement dans l’application du Code minier adopté en 2023, qui renforce la place de l’État dans l’exploitation des ressources naturelles. Le texte prévoit notamment :
- une participation gratuite de l’État dans les projets miniers ;
- la possibilité d’augmenter cette participation à travers des prises de parts stratégiques ;
- un meilleur encadrement des conventions minières.
La SOPAMIM devient ainsi l’outil opérationnel chargé de mettre en musique cette nouvelle doctrine minière.
Un secteur vital pour l’économie malienne
L’enjeu est loin d’être symbolique. Le secteur minier, dominé par l’or, constitue l’un des piliers de l’économie du Mali :
- il représente plus de 70 % des exportations ;
- il contribue de manière significative aux recettes budgétaires de l’État ;
- il pèse autour de 10 % du PIB.
Dans un contexte de fortes contraintes budgétaires, chaque point de rendement supplémentaire sur les participations publiques compte. La création d’une structure dédiée vise donc à optimiser les retombées économiques de cette richesse stratégique.
Souveraineté économique et message aux investisseurs
Avec la SOPAMIM, Bamako envoie un message clair : le Mali entend être un acteur pleinement engagé dans la gestion de ses ressources naturelles. Cette orientation s’inscrit dans une dynamique régionale plus large de reprise de contrôle public sur les secteurs stratégiques.
Pour les investisseurs, le signal est double. D’un côté, l’État affiche une volonté de clarifier et structurer la gouvernance du secteur. De l’autre, le renforcement du rôle public impose une adaptation aux nouvelles règles du jeu, fondées sur un partage plus équilibré de la valeur créée.
Le vrai test : la gouvernance et l’efficacité
Si l’ambition est claire, le succès de la SOPAMIM dépendra essentiellement de :
- la qualité de sa gouvernance ;
- la compétence de ses dirigeants ;
- sa capacité à agir avec rigueur financière et transparence.
Sans ces garde-fous, la société risquerait de rester un simple outil institutionnel. Avec eux, elle peut devenir un levier puissant de transformation économique.
En créant une société publique dédiée à la gestion de ses participations minières, le Mali franchit un cap décisif : celui du passage d’une présence passive à une stratégie patrimoniale assumée. Reste désormais à transformer l’intention politique en performance économique. Car dans un pays riche en ressources mais contraint par ses finances, la souveraineté ne se proclame pas : elle se gère, ligne par ligne, bilan après bilan.
La Rédaction



