Mali : La production d’or s’effondre de 23 %, un choc pour l’économie minière.
La production industrielle d’or au Mali a connu en 2025 un recul spectaculaire d’environ 23 %, passant d’environ 54,8 tonnes en 2024 à 42,2 tonnes, selon les données compilées auprès de sources spécialisées et des déclarations de responsables du secteur. Cette chute constitue un coup dur pour un pays où l’or représente historiquement l’un des principaux moteurs d’exportations, de revenus en devises et d’investissements directs.
Une chute causée par l’arrêt des grands complexes
L’élément le plus décisif de ce recul tient à la mise sous stase prolongée des opérations du complexe aurifère Loulo-Gounkoto, exploité par le géant canadien Barrick Gold. Suite à un différend avec les autorités maliennes autour du nouveau code minier et des conditions contractuelles, Barrick avait suspendu ou fortement réduit la production sur ce site, qui était jusqu’alors le premier producteur du pays.
Ce blocage a eu un effet d’entraînement direct : alors que Loulo-Gounkoto produisait plus de 22 tonnes d’or en 2024, ses volumes sont tombés à près de 5,5 tonnes en 2025, amputant lourdement le total national.
Impact sur les autres acteurs du secteur
Même si Barrick a fourni le choc le plus visible, l’ensemble du secteur minier malien en a subi les répercussions. Les autres grands opérateurs, parmi lesquels B2Gold et Allied Gold, ont maintenu ou accru leurs extractions :
- B2Gold se hisse au rang de premier producteur en 2025 avec près de 17,5 tonnes,
- Allied Gold suit avec environ 9,58 tonnes.
La production artisanale d’or, quant à elle, est restée relativement stable autour de 6 tonnes, mais ce segment informel ne suffit pas à compenser la contraction industrielle.
Raison profonde : un environnement réglementaire en recomposition
Au cœur de la crise se trouve notamment l’adoption d’un nouveau code minier malien visant à renforcer les recettes de l’État et la participation locale dans l’exploitation des ressources. Bien que jugée légitime par certains observateurs économiques, cette réforme a provoqué une période d’incertitude juridique et fiscale pour plusieurs compagnies internationales, ralentissant les investissements et perturbant les opérations.
Ce contexte a affecté non seulement la production proprement dite, mais aussi les décisions d’investissement à long terme, avec des retards dans les plans d’expansion ou de modernisation de certains sites.
Un secteur stratégique à un tournant
La contraction de la production aurifère a des conséquences économiques réelles et immédiates pour le Mali :
- Réduction des recettes d’exportation, dans un pays où l’or compte parmi les principaux postes générateurs de devises.
- Pression accrue sur la balance des paiements, dans un contexte déjà tendu économiquement.
- Frein potentiel à l’investissement direct étranger, à cause des inquiétudes sur la stabilité réglementaire.
Les autorités maliennes ont réaffirmé leur intention de maintenir un cadre réglementaire attractif, tout en préservant les intérêts du pays, mais la crise de production met en lumière la sensibilité de l’économie nationale aux décisions du secteur minier.
La chute de près d’un quart de la production d’or industriel au Mali n’est pas seulement une statistique, c’est le signe d’une tension profonde entre souveraineté minière et climat des affaires. Alors que le pays cherche à tirer davantage de ses ressources naturelles, il est confronté à un dilemme : comment concilier exigence réglementaire, attractivité internationale et sécurité des revenus essentiels ? Les prochains mois détermineront si le Mali peut transformer cette épreuve en opportunité pour rebâtir un secteur aurifère plus résilient.
La Rédaction



