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Les pays de l’UEMOA connaissent leur niveau de pression fiscale le plus bas depuis une décennie.

Dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la mobilisation des recettes fiscales demeure l’un des défis structurels les plus importants pour les finances publiques. Malgré plusieurs réformes engagées ces dernières années pour moderniser les administrations fiscales et élargir l’assiette de l’impôt, certains pays de l’Union continuent d’afficher des niveaux de pression fiscale nettement inférieurs aux standards régionaux.

Sur la dernière décennie, l’écart entre les États les plus performants et ceux qui peinent encore à mobiliser des ressources internes s’est maintenu. Une situation qui soulève une question centrale pour l’avenir économique de la région : la capacité des États à financer durablement leur développement.

Une pression fiscale encore loin de l’objectif communautaire

La pression fiscale correspond au rapport entre les recettes fiscales collectées par l’État et la richesse produite dans l’économie, mesurée par le produit intérieur brut (PIB).

Au sein de l’UEMOA, les États membres se sont fixé un objectif communautaire clair : atteindre un niveau de pression fiscale d’au moins 20 % du PIB. Ce seuil est considéré comme nécessaire pour financer efficacement les services publics, les infrastructures et les politiques de développement.

Mais dans la pratique, la majorité des pays de l’Union reste encore éloignée de cette cible. Selon plusieurs analyses économiques et données institutionnelles, la pression fiscale moyenne dans l’UEMOA se situe autour de 14 % du PIB, un niveau qui demeure relativement faible comparé à d’autres régions du monde.

Certains progrès ont certes été enregistrés au cours des vingt dernières années. Au début des années 2000, ce ratio tournait autour de 10 %. Toutefois, l’augmentation reste lente et insuffisante pour combler les besoins croissants de financement des États.

Niger et Guinée-Bissau, les niveaux les plus faibles

Dans la zone UEMOA, deux pays se distinguent régulièrement par une pression fiscale particulièrement basse : le Niger et la Guinée-Bissau.

Au Niger, la pression fiscale tourne autour de 7 % du PIB, l’un des niveaux les plus faibles de toute l’Afrique de l’Ouest. En Guinée-Bissau, ce ratio se situe généralement autour de 8 à 9 % du PIB.

Ces niveaux traduisent les difficultés rencontrées par ces économies pour mobiliser des recettes domestiques suffisantes. Dans ces pays, les ressources fiscales restent limitées par plusieurs facteurs structurels, notamment la faible diversification économique, la prédominance de l’agriculture de subsistance et la taille importante du secteur informel.

Cette situation réduit considérablement la capacité des États à financer leurs dépenses publiques sans recourir à l’aide extérieure ou à l’endettement.

Mali et Bénin : des progrès, mais encore insuffisants

D’autres pays de l’Union affichent des niveaux de pression fiscale plus élevés, mais qui restent encore modestes par rapport à l’objectif régional.

Au Mali, la pression fiscale est estimée autour de 13 % du PIB ces dernières années. Au Bénin, elle se situe légèrement au-dessus, autour de 13 à 14 % du PIB.

Ces performances témoignent d’efforts de modernisation des systèmes fiscaux, mais elles restent freinées par l’ampleur du secteur informel. Dans plusieurs économies ouest-africaines, celui-ci représente plus de 80 % des unités économiques, ce qui limite fortement l’élargissement de l’assiette fiscale.

Sénégal et Burkina Faso parmi les plus performants

À l’inverse, certains pays de l’Union ont réussi à améliorer significativement leur mobilisation fiscale au cours de la dernière décennie.

Le Sénégal se distingue aujourd’hui comme l’une des économies les plus performantes de la zone en matière de collecte fiscale, avec une pression fiscale proche de 19 % du PIB, très proche de l’objectif communautaire.

Le Burkina Faso figure également parmi les pays ayant atteint ou approché ce seuil au cours de certaines années.

Ces résultats sont le fruit de réformes structurelles importantes, notamment :

  • la modernisation des administrations fiscales
  • la digitalisation progressive des procédures fiscales
  • le renforcement du contrôle et de la lutte contre la fraude
  • l’élargissement de l’assiette fiscale

Ces politiques ont permis d’améliorer sensiblement les recettes publiques dans ces économies.

Les limites structurelles de la fiscalité dans la région

Malgré les réformes engagées, plusieurs obstacles continuent de freiner l’augmentation de la pression fiscale dans l’UEMOA.

Le premier défi reste la taille du secteur informel. Dans de nombreux pays de la région, une grande partie de l’activité économique échappe au système fiscal formel.

S’ajoutent à cela d’autres facteurs structurels :

  • les capacités administratives encore limitées de certaines administrations fiscales
  • les nombreuses exonérations fiscales accordées pour attirer les investissements
  • la faible diversification des économies nationales
  • les difficultés liées à l’identification et au suivi des contribuables

Ces contraintes expliquent pourquoi l’écart entre les recettes fiscales potentielles et les recettes effectivement collectées reste important dans plusieurs États.

Un enjeu central pour l’avenir des finances publiques

La mobilisation des ressources fiscales est aujourd’hui au cœur des stratégies économiques des pays de l’UEMOA. Des recettes fiscales plus importantes permettraient aux États de réduire leur dépendance à l’endettement et aux financements extérieurs.

Elles constitueraient également un levier essentiel pour financer les infrastructures, renforcer les systèmes de santé et d’éducation, et soutenir la transformation économique de la région.

Mais au rythme actuel des réformes, certains experts estiment que la zone pourrait ne pas atteindre l’objectif communautaire de 20 % de pression fiscale avant plusieurs décennies.

Autrement dit, pour de nombreux États de l’Union, la construction d’une véritable souveraineté budgétaire reste encore un chantier de long terme.

Car dans les économies modernes, la solidité des finances publiques repose d’abord sur une équation simple : la capacité d’un État à financer son développement avec ses propres ressources.

La Rédaction

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