Skip links

IDE : Rebond mondial à 1 600 milliards $, mais la reprise masque toujours des fragilités.

L’Organisation des Nations unies chargée du commerce et du développement (CNUCED/UNCTAD) vient de publier des données préliminaires qui dessinent un tournant inattendu dans l’investissement global. Après deux années de stagnation, les investissements directs étrangers (IDE) ont rebondi de 14 % en 2025, pour atteindre environ 1 600 milliards de dollars.

Ce chiffre, qui pourrait être interprété comme la confirmation d’un retour de la confiance mondiale, mérite pourtant une lecture plus fine : derrière les 14 % de croissance se cachent de fortes disparités régionales, des flux concentrés dans certains secteurs, et un doute persistant sur la pérennité de cette tendance.


Un chiffre mondial impressionnant… mais volatil

Selon le Global Investment Trends Monitor, l’IDE mondial se hisse autour de 1 600 milliards USD, en hausse de 14 % par rapport à 2024. Après une période difficile marquée par une baisse de l’activité productive, cette progression est indéniablement un signe de reprise globale.

Pourtant, une grande partie de ce rebond ne provient pas de nouveaux projets industriels massifs, ni d’investissements créateurs d’emplois, mais de flux financiers transitant par des centres financiers internationaux, parfois sans lien immédiat avec la production réelle.


Où va l’argent ? Une reprise concentrée

L’analyse géographique met en lumière une divergence marquée :

  • Pays développés : l’IDE a littéralement explosé, avec une augmentation significative des flux vers les économies avancées.
  • Pays en développement : contrairement aux attentes, ces pays ont vu leurs flux reculer légèrement ou stagner.

Cette situation illustre l’asymétrie profonde entre un rebond financier d’un côté et une vraie relance productive de l’autre. Dans les économies riches, l’investissement reste fluide et liquide ; dans les pays en développement, la création d’usines, d’infrastructures ou de chaînes de production reste timide.


Data centers, numérique et services : les nouveaux aimants de capitaux

Un élément marquant de cette dynamique 2025 est le rôle croissant des technologies de l’information, des services et des installations numériques, notamment les data centers. Selon l’UNCTAD, ces derniers ont capté une part importante des investissements greenfield, c’est-à-dire de nouveaux projets construits “from scratch”.

Ce mouvement est révélateur d’une économie mondiale en pleine mutation : l’investissement se déplace là où est la croissance dans les infrastructures digitales, l’intelligence artificielle ou encore les plateformes de données plutôt que dans les secteurs classiques comme l’énergie, les transports ou l’industrie lourde.


Exemples concrets : l’Inde en tête des gains, la Chine à la traîne

Un cas emblématique de cette réorientation est l’Inde : ses entrées d’IDE ont bondi de près de 73 % à 47 milliards USD en 2025, portées par des investissements dans les services, l’informatique, la R&D et la fabrication, soutenus par une politique d’intégration aux chaînes de valeur mondiales.

En revanche, la Chine a vu ses flux d’IDE se contracter pour la troisième année consécutive, avec une baisse estimée à –8 % en 2025.

Ces tendances montrent que l’attractivité ne se mesure plus seulement en fonction de la taille du marché, mais aussi de la qualité de l’environnement économique, de l’intégration aux chaînes globales, et de la focalisation sectorielle.


Les zones d’ombre de la reprise

Malgré le chiffre séduisant de 1 600 milliards USD, plusieurs signaux d’alarme persistent :

  • Fragilité des investissements productifs : le redémarrage de l’IDE semble encore largement porté par des flux financiers (transits, réallocations) plutôt que par des projets réels créateurs d’emplois.
  • Disparités régionales : les pays développés attirent davantage, tandis que les économies émergentes peinent à faire revenir les capitaux.
  • Projets greenfield en baisse : malgré les investissements technologiques, le nombre de nouveaux projets industriels se réduit dans certaines régions.

Perspectives : vers une nouvelle donne de l’investissement global ?

La croissance de l’IDE en 2025 laisse entrevoir un rebond possible après des années de ralentissement. Toutefois, pour qu’elle devienne durable, il faudra que les flux financiers se traduisent par des investissements réels, soutiennent la création d’emplois, et soient plus équilibrés géographiquement.

Pour les décideurs politiques, les banquiers centraux ou les milieux d’affaires, cela implique de repenser la politique d’attraction des investissements : encourager l’innovation, renforcer la sécurité juridique, promouvoir des secteurs porteurs comme la technologie verte ou digitale, et s’assurer que les capitaux servent effectivement le développement économique.


Dans un monde où les chiffres globaux attirent les gros titres, les 1 600 milliards USD d’IDE enregistrés en 2025 peuvent donner l’illusion d’un retour à la normale. Mais pour les économistes qui scrutent les flux en profondeur, cette hausse masque une réalité plus nuancée : l’économie mondiale n’a pas encore tourné la page de sa crise d’investissement. La transition vers un modèle où l’investissement est non seulement abondant, mais véritablement productif, reste le défi majeur des années à venir.

La Rédaction

Accueil
Recherche
Top
Découvrir
Drag