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Crises en RDC et au Sahel : L’Union africaine veut reprendre la main sur la paix du continent.

Face à l’enchevêtrement des crises sécuritaires sur le continent, notamment dans l’est de la République démocratique du Congo et dans la zone sahélienne, la Union africaine amorce un tournant stratégique : reprendre elle-même la direction des médiations. L’objectif est de réduire la dépendance aux initiatives extérieures et d’imposer une doctrine claire — les conflits africains doivent être résolus prioritairement par des mécanismes africains.

Selon plusieurs sources diplomatiques concordantes, cette orientation vise à renforcer la souveraineté politique du continent et à accroître l’efficacité des négociations de paix, souvent fragmentées entre initiatives régionales, internationales et bilatérales.


Un médiateur désigné pour le dossier congolais

Pour concrétiser cette stratégie, l’UA a confié un rôle central au président togolais Faure Gnassingbé, nommé médiateur dans la crise sécuritaire à l’est congolais. Il succède à son homologue angolais João Lourenço, qui pilotait jusqu’ici les efforts de dialogue.

La Commission de l’UA a récemment salué la signature des modalités d’un mécanisme de cessez-le-feu entre Kinshasa et la coalition rebelle AFC/M23, étape jugée essentielle pour réduire les violences et protéger les civils.

Ce repositionnement intervient après plusieurs initiatives diplomatiques menées hors du cadre continental, dont un accord de paix conclu en 2025 entre la RDC et le Rwanda sous médiation internationale.


Maintenir le dialogue avec les régimes militaires du Sahel

Parallèlement, l’UA poursuit une stratégie de contact avec les États sahéliens dirigés par des autorités militaires, notamment le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Malgré sa doctrine officielle opposée aux changements anticonstitutionnels, l’organisation privilégie une approche pragmatique : maintenir le dialogue afin de préserver la coopération sécuritaire contre les groupes armés.

Cette posture traduit un calcul stratégique. Rompre les canaux diplomatiques risquerait d’isoler davantage ces États et de compliquer la coordination régionale contre les menaces transfrontalières.


Un contexte géopolitique de plus en plus concurrentiel

L’offensive diplomatique africaine intervient alors que les rivalités internationales se projettent de plus en plus sur les théâtres de crise africains. Plusieurs puissances extérieures cherchent à accroître leur influence politique, sécuritaire ou économique, ce qui complexifie les équilibres régionaux et multiplie les agendas concurrents.

Dans ce contexte, la volonté de l’UA de s’imposer comme médiateur principal répond aussi à une nécessité de crédibilité : démontrer qu’elle peut agir comme arbitre efficace et non seulement comme forum politique.


Une crédibilité en jeu

La réussite de cette stratégie sera jugée à l’aune de résultats tangibles : cessez-le-feu respectés, avancées politiques concrètes et réduction mesurable des violences. Les critiques internes persistent, certains observateurs estimant que l’organisation a parfois manqué de rapidité ou de fermeté face aux crises.

Pour ses dirigeants, l’enjeu dépasse la gestion des conflits actuels : il s’agit de prouver que les institutions africaines peuvent garantir la stabilité du continent sans tutelle extérieure.


Lecture économique et stratégique

La stabilité sécuritaire constitue un préalable majeur au développement économique. Les zones touchées par les conflits représentent souvent des corridors commerciaux, des bassins miniers ou des régions agricoles stratégiques. En consolidant son rôle de médiateur, l’UA cherche donc aussi à sécuriser les conditions de croissance, d’investissement et d’intégration régionale.


En reprenant l’initiative diplomatique sur les crises de la RDC et du Sahel, l’Union africaine joue bien plus qu’une bataille de prestige institutionnel : elle joue sa crédibilité historique. Si cette médiation renforcée aboutit, elle pourrait marquer l’entrée du continent dans une nouvelle ère — celle où l’Afrique ne subit plus la gestion de ses crises, mais en écrit elle-même les solutions.

La Rédaction

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