CEDEAO, GIABA et BIDC : Une passerelle maintenue avec l’AES malgré les tensions.
La sortie politique du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) n’a pas signifié une rupture totale des liens entre ces pays et les principales institutions économiques et financières ouest-africaines. En décembre 2025, plusieurs décisions importantes ont été prises qui illustrent une approche pragmatique de la part de la CEDEAO : conserver des collaborations techniques, sécuritaires et financières avec l’Alliance des États du Sahel (AES), tout en ménageant ses relations avec ces États hors du cadre institutionnel habituel.
GIABA, une adhésion « hors CEDEAO » pour combattre les flux illicites
Le Groupe Intergouvernemental d’Action contre le Blanchiment d’Argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) a joué un rôle central dans ce compromis. Malgré l’absence de statut formel à la CEDEAO, la Conférence des chefs d’État de l’organisation avalise l’admission du Burkina Faso, du Mali et du Niger au GIABA en tant que « membres non-CEDEAO ». Cette décision repose sur l’engagement politique de ces pays à respecter les obligations en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération (AML/CFT/CPF).
Cette adhésion marque une continuité de coopération technique dans un domaine considéré comme crucial pour la sécurité régionale. Elle reflète une volonté partagée de faire face aux défis transnationaux, même lorsque les structures politiques sont en mutation.
BIDC, la Banque régionale maintient la coopération économique
Sur le volet économique et financier, la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) poursuit ses relations avec les pays de l’AES sans interruption politique. Le Conseil des gouverneurs de la BIDC a explicitement décidé de maintenir la participation de ces trois États au sein de l’institution en tant que « pays non-régionaux », garantissant ainsi la poursuite des opérations bancaires et des projets de développement en cours.
Le président de la BIDC a souligné que cette décision s’appuie sur le fait que le Burkina Faso, le Mali et le Niger continuent de remplir leurs obligations financières auprès de la banque, montrant un engagement concurrent de coopération technique et économique, indépendamment des différends politiques. Cette autonomie institutionnelle permet de préserver des liens économiques pratiques avec l’AES, malgré que ces pays ne fassent plus partie de l’instance politique de la CEDEAO.
Une coopération sécuritaire qui se maintient
Outre la dimension financière et institutionnelle, la CEDEAO a réaffirmé l’importance de maintenir et renforcer la coopération sécuritaire avec les pays sahéliens de l’AES, reconnus eux-mêmes confrontés à une montée de l’insécurité transfrontalière. Cette approche pragmatique illustre l’importance de la coordination malgré les désaccords politiques.
Entre rupture politique et continuité technique
La sortie officielle de l’AES de la CEDEAO, devenue effective le 29 janvier 2025 après le préavis d’un an, avait créé un risque de rupture sèche des relations institutionnelles et économiques.
Cependant, les décisions récentes montrent que l’organisation régionale adopte une stratégie équilibrée :
- elle reconnaît la dissidence politique de ces États,
- tout en préservant des mécanismes de coopération spécialisés, notamment là où les défis sont transnationaux (finance illicite, sécurité, développement) ;
- Et en maintenant des liens économiques pratiques via la BIDC, pour éviter une fragmentation économique trop brutale dans la région.
Cette dynamique traduit une capacité institutionnelle à dissocier économie et politique, permettant ainsi de réduire les impacts négatifs qu’une rupture complète aurait eus sur les marchés, les projets de développement et les efforts de lutte contre la criminalité financière.
Alors que la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel continuent de vivre un épisode inédit de reconfiguration institutionnelle, des initiatives ciblées comme l’adhésion des pays de l’AES au GIABA en tant que membres non-CEDEAO et le maintien de leur participation à la BIDC montrent une région soucieuse d’éviter une rupture totale.
Ce pont entre CEDEAO et AES dans des domaines essentiels : lutte contre le blanchiment, financement du développement et sécurité illustre un pragmatisme précieux : quand bien même les divergences politiques persistent, les défis régionaux imposent une coopération technique et économique effective. Au final, ce n’est pas une consolidation institutionnelle classique, mais une stratégie d’interdépendance raisonnée qui se joue, révélatrice de la complexité des enjeux contemporains en Afrique de l’Ouest.
La Rédaction



