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Cacao : Les cours replongent à leur plus bas depuis près de deux ans.

Le marché international du cacao traverse une phase de correction profonde en ce début d’année 2026. Après un cycle haussier spectaculaire qui avait porté le prix de la tonne à des sommets inédits en 2024, les cours ont chuté d’environ 50 % par rapport à leurs pics, retombant à des niveaux que l’on n’avait plus observés depuis près de deux ans.

Sur les marchés à terme, la tonne de cacao s’échange désormais autour de 5 000 à 5 500 dollars, bien en dessous des niveaux supérieurs à 12 000 dollars atteints en fin d’année 2024. Cette chute traduit une effervescence retrouvée de l’offre et une demande mondiale plus ténue, qui ont durablement déséquilibré le rapport entre offre et demande.


Du record historique au creux des prix

En 2024, les cours du cacao avaient connu une envolée exceptionnelle, portée par plusieurs années de tensions sur l’offre et des réserves mondiales historiquement basses. À cette époque, les contrats à terme avaient dépassé les 12 000 dollars la tonne, un niveau sans précédent à l’époque.

Mais ce pic s’est progressivement effrité : après avoir clôturé 2025 autour de 6 000 dollars, les prix ont continué de glisser en ce début d’année, atteignant des planchers absolus depuis 2024. Selon les données du marché, ces niveaux marquent la plus profonde correction depuis près de deux ans, avec une reprise de la pression vendeuse dès l’automne 2025.


Pourquoi les prix s’effondrent-ils ?

Plusieurs facteurs expliquent cette inversion de tendance :

1. Offre mondiale renforcée

Après plusieurs années de récoltes serrées en Afrique de l’Ouest, la principale région productrice de bonnes conditions climatiques a amélioré les perspectives de production dans des pays comme la Côte d’Ivoire et le Ghana. Cette amélioration a réduit les craintes d’un déficit structurel, augmentant l’anticipation d’une offre plus abondante sur le marché mondial.

2. Demande mondiale en retrait

La demande industrielle, notamment la transformation des fèves en chocolat et produits dérivés, reste plus faible que prévu dans des zones clés comme l’Europe et l’Asie. Moins de broyage signifie que les volumes achetés sont moindres, ce qui exerce une pression supplémentaire à la baisse sur les prix.

3. Fin de la spéculation haussière

Le retournement des positions spéculatives a accéléré la baisse des cours. Après avoir alimenté l’embellie des prix en 2024 et une partie de 2025, les fonds spéculatifs et les traders ont progressivement réduit ou fermé leurs positions longues, ce qui a renforcé le mouvement de correction.


Conséquences économiques et sociales

La chute des cours du cacao a des effets concrets à plusieurs niveaux :

  • Pour les producteurs agricoles, notamment en Afrique de l’Ouest (où plus de 60 % de la production mondiale est concentrée), la baisse des prix menace la rentabilité des exploitations familiales et la trésorerie des coopératives.
  • Pour les industries de transformation, des matières premières moins coûteuses peuvent alléger les coûts d’approvisionnement, mais seulement si la demande se redresse.
  • Pour les marchés mondiaux, cette correction pourrait favoriser une normalisation des prix à la consommation, bien que cela prenne du temps à se répercuter.

Sur le plan macroéconomique, un recul prolongé des prix pourrait ramener un équilibre entre offre et demande, mais risque également de fragiliser l’investissement dans la filière si les perspectives de rentabilité restent faibles.


Un marché en phase d’ajustement

Ce retournement intervient au moment où le secteur du cacao cherchait à digérer les excès du cycle haussier, qui avait tiré les prix bien au-dessus des fondamentaux économiques. Aujourd’hui, l’ajustement en cours reflète un marché en transition : la fin d’une euphorie spéculative, la montée d’une offre plus visible et une demande qui peine à reprendre pleinement.

Cela ne signifie pas que les prix sont condamnés à rester bas indéfiniment, les aléas climatiques, les maladies des plantations ou des interruptions logistiques peuvent rapidement rebattre les cartes. Mais pour l’instant, le cacao se trouve clairement dans une phase de correction qui pourrait durer plusieurs mois, voire plusieurs saisons agricoles.


Le cacao, jadis au sommet des matières premières, a brutalement perdu son lustre. Après avoir flirté avec des sommets historiques, les prix sont retombés à des niveaux qu’on n’avait plus vus depuis près de deux ans. Ce retournement n’est pas qu’un simple mouvement de marché : il illustre la fragilité d’un secteur soumis aux aléas climatiques, aux oscillations de la demande mondiale et aux sentiments des investisseurs. Pour les millions de producteurs qui vivent de la fève, la question n’est plus seulement de savoir où les prix iront ensuite, mais si le marché saura garantir une rémunération viable pour les hommes et les femmes qui cultivent l’or du chocolat.

La Rédaction

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