Burkina Faso : Une première usine d’assemblage de véhicules électriques transforme le paysage industriel.
C’est un tournant industriel et environnemental pour le Burkina Faso. Le pays s’apprête à accueillir sa première usine d’assemblage de véhicules électriques, une initiative qui combine innovation technologique, industrialisation locale et transition vers une mobilité propre. Porté par l’entreprise ITAOUA Motors SA, avec l’appui du Fonds Burkinabè de Développement Économique et Social (FBDES), ce projet marque une étape significative dans la montée en puissance du secteur manufacturier national.
Une ambition qui dépasse l’assemblage
L’ambition est claire : faire du Burkina Faso un acteur industriel crédible dans la mobilité électrique en Afrique de l’Ouest. Située à Tanghin-Dassouri, dans la périphérie d’Ouagadougou, l’usine vise à assembler des voitures et motos électriques en tirant parti d’un savoir-faire local croissant. Elle bénéficie d’un financement de 3,75 milliards de francs CFA du FBDES, qui détient 25 % du capital social de l’entreprise. Cette participation publique n’est pas purement symbolique : elle traduit une volonté stratégique de développer une industrie nationale de production propre et compétitive.
À terme, le site ne devrait pas se limiter à l’assemblage. Les plans incluent une progression vers une intégration plus poussée des composants et la création d’une chaîne de valeur locale pour les véhicules électriques. Il s’agit véritablement d’une politique industrielle ascendante, pensée pour rendre l’économie burkinabè moins dépendante des importations et plus résiliente face aux chocs externes.
Une première mondiale locale déjà concrète
Ce projet fait suite à une première étape expérimentale réussie : en janvier 2025, les premiers modèles de voitures électriques montés localement, tels que les Itaoua Sahel et Itaoua Native, ont été présentés avec une large couverture médiatique. Ces véhicules ont démontré une autonomie d’environ 330 km après une charge rapide de 30 minutes, une performance qui place ces modèles en concurrence directe avec des offres similaires sur le marché africain émergent des véhicules à énergie propre.
La réussite de ces premiers prototypes a confirmé que le savoir-faire burkinabè, associé à des partenaires techniques internationaux, peut produire des solutions adaptées aux réalités africaines, y compris en matière d’efficacité énergétique et de standards techniques.
Au carrefour de l’emploi industriel et de la transition énergétique
Au-delà de l’aspect industriel, l’usine constitue un levier important pour l’emploi. Elle devrait générer centaines d’emplois directs, notamment dans l’assemblage et la maintenance, ainsi que des emplois indirects dans les services associés (logistique, distribution, recharge, etc.).
La montée en puissance d’une industrie locale de véhicules électriques s’inscrit aussi dans un contexte global de transition énergétique. Dans une région où les effets du changement climatique se font déjà sentir, entre sécheresses récurrentes et températures extrêmes, promouvoir des solutions de mobilité moins émettrices de carbone devient un impératif. Le Burkina Faso entend jouer un rôle actif dans cette transition, tout en cultivant une technologie productive à valeur ajoutée.
Un signal fort pour attirer les investisseurs
L’ouverture de cette usine est aussi un message adressé aux investisseurs locaux et étrangers : l’Afrique de l’Ouest peut être un terrain fertile pour l’industrie automobile verte. Alors que les constructeurs mondiaux multiplient les annonces de déploiement de véhicules propres, le Burkina Faso s’inscrit dans cette dynamique, en misant sur une approche locale, inclusive et adaptée au contexte africain.
Les experts économiques soulignent que l’essor des véhicules électriques en Afrique passera par une capacité à produire ou assembler localement, plutôt que d’importer des produits finis. Cela implique des réseaux de distribution, des infrastructures de recharge, ainsi qu’un cadre réglementaire adapté des chantiers que le Burkina Faso semble désormais prêt à affronter.
L’inauguration prochaine de la première usine d’assemblage de véhicules électriques du Burkina Faso n’est pas qu’un jalon industriel : elle symbolise l’entrée du pays dans une nouvelle ère économique, où la technologie, l’emploi et la transition énergétique convergent. À l’heure où les chaînes de valeur mondiales se réorganisent autour de la mobilité propre, Ouagadougou montre qu’un pays africain peut transformer ses contraintes en opportunités industrielles. Reste à consolider ces acquis, à assurer l’ancrage local des compétences et à créer un écosystème durable, capable de soutenir non seulement l’assemblage, mais aussi l’innovation et l’exportation de solutions propres africaines.
La Rédaction



