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Burkina Faso : L’État impose aux grandes entreprises de bâtir leur siège local, une réforme qui redessine le paysage économique.

À la fin de l’année 2025, le Burkina Faso a adopté une mesure majeure visant les grandes entreprises opérant sur son territoire : elles devront désormais disposer d’un siège construit localement. Adoptée à l’unanimité par l’Assemblée législative de transition le 29 décembre 2025, la loi fixe un cadre juridique clair pour contraindre les sociétés les plus importantes à établir une présence immobilière réelle, visible et durable dans le pays.

Le texte, structuré en six chapitres et quatorze articles, définit le siège comme l’immeuble principal abritant la direction et les services centraux, mais aussi comme le lieu de résidence fiscale. Autrement dit, l’objectif n’est pas symbolique : il s’agit d’un ancrage administratif, économique et fiscal.


Quelles entreprises sont concernées ?

La réforme vise explicitement les sociétés dont le chiffre d’affaires moyen atteint au moins 5 milliards FCFA sur les trois derniers exercices. Les autorités ont même établi une classification en catégories selon le volume d’activité, chaque niveau étant associé à des exigences architecturales spécifiques.

Les entreprises les plus puissantes celles dépassant 100 milliards FCFA de chiffre d’affaires devront par exemple construire des bâtiments d’au moins sept étages avec parkings et normes d’efficacité énergétique. L’architecture devient ainsi un indicateur de poids économique.


Un décret d’application pour passer du texte à l’action

Le 12 février 2026, le gouvernement a franchi une étape décisive en adoptant le décret d’application fixant les modalités pratiques. Les sociétés concernées disposent désormais :

  • de six mois pour soumettre leur projet immobilier à validation ;
  • d’un délai maximal de trente-six mois pour construire ou acquérir leur siège ;
  • d’un cadre technique précis adapté à leur taille.

L’État prévoit également des mesures d’accompagnement : facilitation de l’accès au foncier aménagé, exonérations fiscales sur certains matériaux de construction et procédures accélérées pour les permis.


Les objectifs stratégiques derrière la mesure

Cette politique ne relève pas seulement de l’urbanisme. Elle s’inscrit dans une stratégie économique plus large articulée autour de quatre axes :

  1. Renforcer l’ancrage territorial des grandes entreprises.
  2. Améliorer la collecte fiscale et la transparence financière.
  3. Stimuler le secteur immobilier et la construction.
  4. Favoriser la création d’emplois qualifiés.

Le gouvernement estime que les grandes sociétés doivent participer directement au développement urbain et à la structuration économique nationale. Les données officielles indiquent qu’environ 828 grandes entreprises opèrent actuellement dans le pays et génèrent plus de 1 300 milliards FCFA de recettes fiscales, preuve de leur poids stratégique.


Une réforme qui envoie un signal fort aux investisseurs

Au-delà de l’obligation, cette mesure traduit un repositionnement politique : l’État cherche à transformer la présence économique en implantation réelle. Les entreprises ne pourront plus se contenter d’activités commerciales ou extractives sans matérialiser leur engagement sur le territoire.

Pour les analystes, la réforme combine logique de souveraineté économique, urbanisme planifié et stratégie fiscale. Elle pourrait aussi modifier la hiérarchie des villes en attirant sièges sociaux, services administratifs et fonctions décisionnelles.


Une nouvelle étape dans la politique d’affirmation économique

Cette obligation immobilière illustre une tendance plus large observée dans plusieurs économies africaines : exiger des multinationales et grands groupes un enracinement local plus visible. À Ouagadougou comme dans les grandes capitales régionales, les sièges sociaux pourraient bientôt devenir les nouveaux symboles de puissance économique.

La réforme burkinabè pose ainsi une question centrale pour les investisseurs : l’avenir des marchés émergents appartiendra-t-il aux entreprises capables de s’intégrer physiquement et durablement dans les territoires où elles opèrent ? Le pays, lui, semble déjà avoir choisi sa réponse.


La Rédaction

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