Burkina Faso : 35 milliards FCFA de factures d’eau impayées, une alarme sur la santé du service public.
Au Burkina Faso, l’eau potable est un service public essentiel. Mais aujourd’hui, ce service est mis à rude épreuve. L’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA) a révélé que les factures d’eau, d’assainissement et de travaux impayées dépassent les 35 milliards de francs CFA. Cette situation, qualifiée de critique par les responsables de l’office, fragilise sérieusement la trésorerie de l’institution et menace la continuité et la qualité de l’approvisionnement en eau potable dans le pays.
Arriérés : une charge lourde pour l’ONEA
Lors d’une conférence de presse tenue début février 2026, le directeur général de l’ONEA, Idrissa Sourabié, a dressé un constat sans détour : les impayés d’eau ont atteint un niveau alarmant. Plus de 35 milliards FCFA de factures accumulées signifient que des particuliers, des entreprises ou des collectivités n’ont pas réglé leurs consommations ou leurs frais de travaux.
À force de s’accumuler, ces dettes pèsent lourdement sur la capacité de l’agence à assurer le fonctionnement normal des réseaux, à investir dans la maintenance ou l’extension des infrastructures, et à faire face aux coûts opérationnels quotidiens.
Un appel à régularisation et des mesures inédites
Face à cette situation, l’ONEA n’a pas attendu. L’institution a lancé un appel solennel aux débiteurs pour qu’ils régularisent leur situation dans un délai précis. Au-delà de l’injonction, des sanctions concrètes ont été prévues : les personnes ou entreprises qui restent en défaut de paiement après ce délai pourront être mobilisées pour des travaux d’intérêt général.
Pour accompagner ces opérations, l’ONEA s’est associée à la brigade Laabal, une unité mixte des Forces de défense et de sécurité chargée de soutenir le recouvrement, tout en sensibilisant les populations à l’importance de s’acquitter de leurs factures.
Selon les responsables de l’office, le refus de payer sa facture d’eau est devenu un acte d’incivisme, qui fragilise l’ensemble du système d’approvisionnement et, à terme, menace la durabilité du service public.
Les racines d’un problème structurel
Le problème des impayés n’est pas purement financier. Il reflète des défis de pouvoir d’achat, dont souffrent une partie des ménages burkinabè, dans un contexte économique déjà tendu. La forte présence de l’économie informelle, où les paiements ne suivent pas toujours des mécanismes institutionnels, ajoute une couche de difficulté au recouvrement.
Outre la défaillance des usagers, ces arriérés pointent aussi une faiblesse institutionnelle ancienne dans le recouvrement des recettes. Historiquement, l’effort de collecte des paiements a été limité, notamment dans les zones rurales ou périurbaines, où les difficultés d’accès physique et administratif compliquent la tâche de l’office.
Des conséquences concrètes sur le service public
Les effets de ces impayés se manifestent déjà dans la capacité de l’ONEA à planifier et financer ses travaux :
- Maintenance retardée : les infrastructures vieillissantes ne reçoivent pas les interventions nécessaires ;
- Investissements ralentis : les projets d’extension des réseaux ou de nouveaux forages sont mis en attente ;
- Qualité du service en tension : dans certaines localités, les usagers subissent des coupes ou des irrégularités d’approvisionnement.
Cette situation inquiète particulièrement les acteurs du développement, qui voient dans un service d’eau moderne et fiable un pilier indispensable de la santé publique, de la productivité économique et de la cohésion sociale.
Un enjeu économique autant que social
L’eau n’est pas seulement une ressource naturelle : c’est un bien public stratégique. Sa gestion efficace conditionne non seulement la santé des populations, mais aussi la compétitivité des entreprises, l’attractivité des investissements et la résilience des villes face aux chocs (sécheresse, croissance démographique, urbanisation).
Dans ce contexte, l’équation est simple, mais difficile : assurer l’accès à l’eau tout en garantissant la viabilité financière du service. Si les usagers ne paient pas, c’est toute la chaîne de production, de distribution et d’investissement qui se fragmente.
Les 35 milliards de francs CFA d’impayés ne sont pas seulement un chiffre colossal : ils sont le symptôme d’un problème plus profond, celui de la soutenabilité d’un service public vital dans un contexte de ressources limitées et de pression sociale accrue. L’ONEA a raison de durcir le ton et de mobiliser l’appareil sécuritaire pour recouvrer ce qui est dû. Mais derrière cette opération, il y a une question plus large : comment concilier droits citoyens, capacité de paiement et responsabilité collective lorsque l’eau, source de vie, devient aussi source de fragilité économique ?
La Rédaction



