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Carburants en Afrique de l’Ouest : Des normes communes pour lever les barrières du marché pétrolier.

Alors que les échanges de produits pétroliers évoluent dans la région, les régulateurs ouest-africains veulent rapprocher les normes de qualité, renforcer les contrôles et faciliter le commerce transfrontalier. L’enjeu dépasse la réglementation : il touche à la santé publique, à la concurrence et à l’intégration des marchés énergétiques.

Les pays d’Afrique de l’Ouest veulent accélérer l’harmonisation des normes applicables à l’essence et au diesel. Réunis à Lagos, au Nigeria, dans le cadre de la 20e édition de l’OTL Africa Downstream Energy Week, des responsables de la régulation pétrolière ont insisté sur la nécessité de rapprocher les exigences nationales, de moderniser les infrastructures et de renforcer les dispositifs de contrôle.

Le 29 octobre 2026, l’Agence de presse africaine (APA) a rapporté que ces divergences réglementaires compliquaient les échanges entre pays et rendaient plus difficile la comparaison des produits sur une base commune.

Une directive régionale encore difficile à appliquer

L’harmonisation n’est pas une idée nouvelle. En septembre 2020, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a adopté la directive C/DIR.1/9/2020, qui établit des spécifications communes pour les carburants automobiles, notamment l’essence et le diesel.

Ce cadre prévoit entre autres une teneur maximale en soufre de 50 parties par million (ppm). Le soufre présent dans les carburants contribue à la pollution atmosphérique lors de leur combustion. Sa réduction vise donc à limiter les émissions polluantes et leurs effets sur la santé.

Cependant, l’adoption d’une règle régionale ne garantit pas son application uniforme. En juillet 2026, la CEDEAO organisait encore au Ghana une visite d’étude consacrée à la mise en œuvre de cette directive et aux mécanismes de contrôle de la qualité des carburants. Les échanges portaient notamment sur les pratiques de surveillance du marché, les capacités des laboratoires et la coopération entre autorités nationales.

Des écarts de qualité qui compliquent les échanges

À Lagos, Rabiu Umar, directeur général de l’Autorité nigériane de régulation des activités pétrolières intermédiaires et aval (NMDPRA), a souligné les différences persistantes entre les spécifications du diesel dans certains marchés. Les limites évoquées vont de 50 ppm de soufre dans certains pays à 1 500 ppm dans d’autres.

Ces écarts compliquent la circulation des produits : un carburant accepté selon les règles d’un marché peut ne pas répondre aux exigences d’un autre. Ils rendent également plus difficile l’établissement de prix comparables, puisque la qualité du produit influence sa valeur commerciale.

Le responsable nigérian a ainsi plaidé pour des spécifications communes et une meilleure coordination des règles de production. Il a aussi proposé la création d’un prix de référence ouest-africain pour les produits pétroliers, afin d’améliorer la transparence et de stimuler les échanges entre producteurs africains.

Les infrastructures restent un obstacle majeur

L’harmonisation des normes ne suffira pas si les infrastructures ne suivent pas. Godwin Tameklo, directeur général de l’Autorité nationale du pétrole du Ghana, a rappelé que les capacités portuaires et de stockage de son pays ne permettaient pas toujours de recevoir les volumes transportés par les plus grands navires.

Ces contraintes peuvent obliger les opérateurs à recourir à des cargaisons plus petites ou à des solutions logistiques alternatives, ce qui peut compliquer l’approvisionnement et alourdir les coûts.

Le cas de la Gambie illustre une autre difficulté. Musa Njie, responsable du secteur de l’eau, du pétrole et de l’électricité au sein de l’autorité de régulation PURA, a mis en avant l’absence d’un laboratoire spécialisé dans l’analyse des produits pétroliers. Sans équipements adaptés, les autorités disposent de moyens plus limités pour vérifier que les carburants commercialisés respectent les normes exigées.

Une meilleure qualité, mais aussi des investissements à prévoir

Le renforcement des normes implique des efforts pour les régulateurs, les importateurs et les raffineries. Les installations de production doivent pouvoir fabriquer des carburants conformes, tandis que les États doivent disposer de laboratoires, de procédures d’inspection et de moyens de sanction efficaces.

La question concerne aussi les raffineries ouest-africaines, dont certaines doivent investir pour réduire la teneur en soufre de leurs produits. En Côte d’Ivoire, par exemple, la Banque africaine de développement a présenté en septembre 2026 un projet de complexe d’hydrodésulfuration à la Société ivoirienne de raffinage (SIR). L’objectif annoncé est de faire passer la teneur en soufre du gazole d’environ 1 800 à 2 500 ppm à 10 ppm, soit un niveau inférieur au plafond régional de 50 ppm.

De tels investissements peuvent améliorer la qualité des carburants, mais ils nécessitent des financements et une planification. La transition doit donc concilier les objectifs sanitaires et environnementaux avec les contraintes industrielles et économiques des pays concernés.

Du cadre réglementaire à un véritable marché régional

Pour la CEDEAO, l’expérience du Ghana constitue une occasion de partager des pratiques concrètes de contrôle de la qualité. La visite organisée à Accra en juillet 2026 a notamment permis aux participants de découvrir des laboratoires, des installations de raffinage, des terminaux pétroliers et des mécanismes de surveillance du marché.

Pour devenir opérationnel, un marché pétrolier régional devra réunir plusieurs conditions : des spécifications compatibles, des contrôles fiables, des infrastructures adaptées et des règles effectivement appliquées. Le prix de référence proposé par les régulateurs ne pourra, lui aussi, être pleinement utile que si les produits comparés répondent à des exigences de qualité suffisamment proches.

L’Afrique de l’Ouest dispose déjà d’un cadre commun pour ses carburants. Le défi est désormais de le rendre effectif, du raffinage jusqu’à la pompe. La réussite de cette harmonisation se mesurera autant à la réduction des écarts de qualité qu’à la capacité des pays à faire circuler les produits plus facilement, sans sacrifier les exigences sanitaires et environnementales.

La Rédaction

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