Sénégal : La LFR 2026 renvoyée en commission, l’équation budgétaire reste entière.
Après le rejet du projet par la Commission des finances, le gouvernement sénégalais a obtenu, le 27 octobre, son renvoi en commission pour poursuivre les discussions avec les députés. En toile de fond : des recettes publiques en baisse, des dépenses supplémentaires et des arbitrages sur l’investissement, qui compliquent l’équilibre du budget 2026.
Le dossier budgétaire sénégalais entre dans une nouvelle phase de négociation. Mardi 27 octobre 2026, à l’ouverture de l’examen en séance plénière du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026, le gouvernement a demandé le renvoi du texte devant la Commission des finances et du contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale.
La demande a été formulée par le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, sur le fondement de l’article 84 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Le président de l’institution, Ousmane Sonko, a pris acte de cette requête et annoncé la convocation de la Conférence des présidents pour fixer un nouveau calendrier de travail, selon l’Agence de presse sénégalaise (APS).
L’objectif affiché est de permettre de nouvelles discussions, d’apporter des réponses aux préoccupations des parlementaires et de rechercher un compromis sur le texte budgétaire.
Des tensions après le rejet en commission
Le renvoi intervient après le rejet du projet de LFR par la Commission des finances et du contrôle budgétaire. Les désaccords ont pris une dimension institutionnelle au cours des derniers jours, alors que le gouvernement souhaite faire adopter ses ajustements budgétaires pour l’exercice 2026.
Le 26 octobre, l’Assemblée nationale avait indiqué avoir transmis au gouvernement une demande d’informations et de documents complémentaires. Elle s’était également déclarée disponible pour poursuivre les échanges, dans l’objectif de trouver une solution consensuelle.
Le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, avait pour sa part appelé, le 25 octobre, les députés à privilégier le dialogue et à proposer des amendements précis. Le renvoi en commission constitue donc une nouvelle étape dans les tentatives de rapprochement entre l’exécutif et les parlementaires.
Des recettes en baisse et des charges en hausse
Au-delà de la procédure parlementaire, les difficultés portent sur les équilibres financiers de l’État. Lors de sa conférence de presse du 25 octobre, le Premier ministre a évoqué trois évolutions majeures : une baisse de 340 milliards de francs CFA des recettes attendues, une hausse de 540 milliards FCFA des dépenses et une réduction de 555 milliards FCFA des crédits de paiement consacrés à l’investissement dans le projet de LFR.
Selon les explications du chef du gouvernement, les charges supplémentaires concernent notamment les subventions énergétiques ainsi que les besoins de défense et de sécurité.
Ces chiffres mettent en évidence la difficulté de concilier plusieurs impératifs : absorber des dépenses supplémentaires, maintenir les services publics et financer les investissements. Lorsque les recettes attendues diminuent tandis que certaines charges augmentent, l’État doit revoir ses priorités ou rechercher d’autres marges de financement.
La réduction des crédits de paiement d’investissement est particulièrement importante. Ces crédits correspondent aux sommes que l’État prévoit de décaisser pour régler les dépenses liées aux projets. Leur diminution peut donc modifier le rythme d’exécution des investissements publics, même lorsque des autorisations d’engagement sont maintenues.
Les choix budgétaires au cœur du dialogue
Les échanges entre le gouvernement et les députés doivent notamment permettre d’éclaircir les arbitrages proposés et de répondre aux demandes d’informations formulées par les parlementaires.
Le débat porte également sur des questions institutionnelles. Selon l’APS, le groupe parlementaire Pastef avait annoncé son opposition à la version initiale du texte, notamment dans un contexte de désaccord autour d’une proposition de loi relative aux fonds spéciaux alloués à certaines institutions et missions diplomatiques.
Ces divergences se superposent aux contraintes financières de l’État. Le défi consiste désormais à déterminer si des ajustements pourront rapprocher les positions sans compromettre les objectifs budgétaires annoncés par le gouvernement.
Un compromis attendu, mais encore incertain
Le renvoi en commission ne vaut pas adoption de la LFR 2026 et ne signifie pas que les divergences sont réglées. Il ouvre une nouvelle séquence de discussions dont le calendrier doit être précisé par les instances compétentes de l’Assemblée nationale.
Pour les acteurs économiques, l’issue de ces échanges importe au-delà du débat politique. Les choix inscrits dans le budget rectificatif influencent le calendrier des dépenses publiques, l’exécution des investissements et la visibilité offerte aux entreprises qui dépendent de la commande publique.
Le véritable enjeu est donc double : parvenir à un compromis parlementaire et préserver la cohérence des finances publiques dans un contexte de contraintes accrues. Car un budget rectifié ne se juge pas seulement à son adoption, mais aussi à sa capacité à financer les priorités de l’État sans fragiliser davantage ses équilibres financiers.
La Rédaction



