Sénégal : 44 milliards FCFA d’arriérés, le gouvernement sous pression avant la campagne agricole.
À quelques semaines du démarrage de la collecte de l’arachide, le Sénégal entend régler 44 milliards de FCFA dus aux fournisseurs d’intrants agricoles et sécuriser le financement de sa campagne de commercialisation 2026-2027. Les besoins globaux dépassent 200 milliards de FCFA, selon le Premier ministre. Entre le remboursement des créanciers, l’achat des récoltes et les difficultés d’écoulement du riz local, l’enjeu est désormais de transformer les annonces financières en paiements effectifs et en débouchés pour les producteurs.
Le Sénégal veut éviter que les difficultés de financement ne compromettent une nouvelle campagne agricole. Réuni le 22 octobre 2026 à Dakar, le Conseil interministériel consacré à la commercialisation des récoltes a retenu une vingtaine de mesures pour accélérer les paiements, garantir les ressources nécessaires à la collecte et améliorer l’écoulement des productions nationales.
Parmi les décisions majeures figure le règlement de 44 milliards de FCFA d’arriérés dus aux opérateurs économiques fournisseurs d’intrants agricoles. L’annonce a été faite par Lamine Sarr, secrétaire général adjoint du gouvernement, selon l’Agence de presse sénégalaise (APS).
Cette mesure intervient dans un contexte où les retards de paiement fragilisent les fournisseurs, tandis que les producteurs ont besoin d’intrants disponibles et de circuits de commercialisation capables d’absorber leurs récoltes.
Plus de 200 milliards FCFA à mobiliser
Le règlement des 44 milliards de FCFA ne représente qu’une partie du défi financier. Selon le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo, les besoins de financement de la campagne de commercialisation agricole 2026-2027 sont estimés à un peu plus de 200 milliards de FCFA.
Cette enveloppe doit permettre de soutenir plusieurs filières, notamment l’arachide, le riz, le coton et le maïs, tout en assurant le financement des opérations de collecte et le paiement des acteurs économiques.
Le chef du gouvernement a mis en garde contre trois difficultés récurrentes : la discontinuité des financements, les insuffisances logistiques, notamment en matière de stockage, et les retards persistants de paiement aux opérateurs.
Pour les autorités, l’objectif est de mieux coordonner les ressources disponibles avec les volumes attendus. Un plan de financement opérationnel doit être élaboré pour chaque filière, avec une attention particulière portée à l’achat des semences nécessaires à la campagne de production 2027-2028.
Le ministère des Finances devra également délivrer aux créanciers des attestations officielles de créance sur l’État, sur la base des factures liquidées.
La SONACOS au cœur de la collecte de l’arachide
La Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal (SONACOS) occupe une place centrale dans le dispositif. L’entreprise doit sécuriser les financements nécessaires à l’achat des graines d’arachide avant le démarrage de la collecte, attendu à la fin novembre 2026.
Lors de la campagne 2025-2026, la SONACOS a collecté 219 171 tonnes d’arachide et injecté 73,43 milliards de FCFA dans le monde rural, selon les données rapportées par l’APS et le quotidien Le Soleil.
Pour la nouvelle campagne, l’objectif annoncé est de collecter 250 000 tonnes. L’entreprise devra disposer d’une trésorerie de démarrage estimée à un milliard de FCFA par jour durant les trente premiers jours, dans l’attente des premiers décaissements des bailleurs.
Le gouvernement prévoit aussi d’adapter le nombre de points de collecte aux volumes attendus et aux financements disponibles. Un comité doit formuler des recommandations sur le prix annuel de l’arachide au producteur, afin de concilier protection des revenus agricoles et compétitivité commerciale.
Un autre dossier reste ouvert : 70 450 tonnes de produits dérivés de l’arachide stockés dans les usines de la SONACOS doivent encore trouver des débouchés, selon les informations publiées par Le Soleil. Leur écoulement représente un enjeu pour la trésorerie et l’utilisation des capacités industrielles de l’entreprise.
Le riz local confronté à un problème de débouchés
La filière rizicole illustre les difficultés qui peuvent apparaître lorsque la production ne se traduit pas suffisamment vite en ventes et en paiements.
Au 13 octobre 2026, seuls 13 879 tonnes de riz blanc avaient été enlevées sur un stock disponible de 41 729 tonnes, soit environ un tiers du volume recensé.
Les ventes sont freinées notamment par la concurrence du riz importé et par les retards de paiement de la subvention de 50 FCFA par kilogramme due aux riziers.
Pour corriger cette situation, le gouvernement prévoit de régler les subventions correspondant aux volumes déjà commercialisés et de mettre en place un mécanisme de péréquation destiné à faciliter l’écoulement du riz local. Il envisage également de mieux articuler les importations et les achats de production nationale.
L’enjeu dépasse la seule question des stocks : lorsque les ventes tardent, les entreprises de transformation récupèrent moins rapidement leurs liquidités et les paiements aux producteurs peuvent être retardés à leur tour.
Coton, maïs et autres filières également concernés
Le plan gouvernemental couvre aussi plusieurs autres productions. Pour le coton, l’objectif de production annoncé est de 35 000 tonnes, avec un engagement de paiement des producteurs dans un délai de trois jours. Une enveloppe de soutien de 5 milliards de FCFA est également évoquée dans le compte rendu du Soleil, sous réserve de confirmation avant le démarrage de la collecte prévu le 15 novembre.
Pour le maïs, les autorités veulent renouveler le protocole avec les provendiers autour d’un objectif de 30 000 tonnes. Les filières mil et sésame doivent aussi bénéficier de dispositifs de commercialisation, avec des objectifs annoncés respectivement de 150 000 et 50 000 tonnes.
Le gouvernement prévoit enfin de renforcer la traçabilité des opérations, notamment grâce à la digitalisation progressive de la commercialisation de l’arachide, à l’enregistrement des opérateurs et des points de collecte et à un meilleur suivi des volumes et des paiements.
Ces mesures doivent contribuer à limiter les irrégularités, améliorer la visibilité sur les flux commerciaux et préparer plus tôt la campagne suivante.
Le véritable défi, payer à temps et vendre les récoltes
Le plan annoncé par Dakar répond à une difficulté structurelle : la performance agricole ne dépend pas seulement des volumes récoltés, mais aussi de la capacité à financer la collecte, à transformer les produits et à les vendre dans des délais compatibles avec les besoins de trésorerie des acteurs.
Le règlement des 44 milliards de FCFA pourrait soulager les fournisseurs d’intrants et contribuer à restaurer leur capacité à financer les prochaines livraisons. Mais son effet dépendra du calendrier des paiements et de la disponibilité effective des ressources.
Les mêmes exigences s’appliquent à la SONACOS, aux riziers et aux autres opérateurs : des financements tardifs peuvent désorganiser la collecte, tandis que des stocks invendus immobilisent les liquidités nécessaires à la poursuite des activités.
Pour le Sénégal, la campagne 2026-2027 sera donc aussi un test de discipline financière. Les 44 milliards de FCFA d’arriérés constituent un premier engagement, mais les résultats se mesureront aux créanciers effectivement payés, aux récoltes achetées et aux stocks écoulés. Car dans l’économie agricole, une récolte sans débouché et une facture sans paiement peuvent finir par produire la même conséquence : une trésorerie à sec.
La Rédaction



