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Burkina Faso : Huit nouvelles variétés de riz pour doubler les rendements et réduire les importations.

Le Burkina Faso franchit une nouvelle étape dans sa quête de souveraineté alimentaire. Grâce à des travaux de recherche menés par des scientifiques nationaux, avec l’appui de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et de la FAO, huit nouvelles variétés de riz affichent des rendements potentiels de 9 à 11 tonnes par hectare, contre 4 à 6 tonnes pour les variétés de référence. Déjà homologuées en juin 2025, ces semences pourraient contribuer à accroître la production nationale, à améliorer les revenus agricoles et à réduire la dépendance aux importations. Leur diffusion à grande échelle reste toutefois le principal défi.

Le Burkina Faso mise sur l’innovation scientifique pour renforcer sa production rizicole. Huit nouvelles variétés de riz, développées à partir de techniques d’amélioration génétique utilisant les rayonnements, présentent des performances agricoles prometteuses, avec des rendements pouvant atteindre 11 tonnes par hectare.

L’information a été rendue publique le 15 octobre 2026 par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), puis relayée par l’Agence d’information du Burkina (AIB) et l’Agence de presse africaine (APA).

Ces variétés sont issues des travaux de chercheurs de l’Université Joseph Ki-Zerbo et de l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA), conduits sous la direction du professeur Imaël Henri Nestor Bassolé.

Le projet a bénéficié de l’accompagnement technique et scientifique de l’AIEA et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), dans le cadre de l’initiative Atoms4Food.

L’ambition dépasse la seule amélioration des récoltes : il s’agit de mettre la recherche scientifique au service de la productivité agricole et de renforcer la capacité du Burkina Faso à satisfaire sa consommation nationale de riz.

Des rendements pouvant atteindre 11 tonnes à l’hectare

Selon les données publiées par l’AIEA, les huit nouvelles variétés présentent des rendements compris entre 9 et 11 tonnes par hectare.

À titre de comparaison, les variétés de référence déjà inscrites au catalogue national affichent généralement des rendements de 4 à 6 tonnes sur une superficie équivalente.

Ces résultats ouvrent la perspective d’une augmentation substantielle de la production sans nécessairement accroître les surfaces cultivées dans les mêmes proportions.

Autre caractéristique importante : les nouvelles variétés arrivent à maturité en 95 à 106 jours, soit moins de quatre mois.

Ce cycle relativement court pourrait constituer un avantage pour les producteurs, particulièrement dans les zones où la disponibilité en eau et la durée des saisons agricoles limitent les possibilités de culture.

Dans la plaine rizicole de Banzon, à l’ouest du pays, l’une des variétés a même enregistré un rendement de 11,76 tonnes par hectare lors des évaluations rapportées par l’AIEA.

Ces performances restent toutefois liées aux conditions dans lesquelles les essais ont été réalisés. Elles ne signifient pas que chaque producteur obtiendra automatiquement des récoltes équivalentes.

La qualité des sols, la disponibilité en eau, la fertilisation, l’accès aux intrants et la maîtrise des techniques culturales continueront de déterminer les rendements effectivement obtenus dans les exploitations.

La science nucléaire au service de l’agriculture

L’une des particularités du programme repose sur le recours à une technique appelée « sélection par mutation induite ».

Derrière cette expression scientifique se trouve un procédé relativement simple à comprendre.

Les chercheurs exposent des semences à des rayonnements contrôlés afin de provoquer des variations dans leur patrimoine génétique. Ils observent ensuite les plantes obtenues et sélectionnent celles qui présentent les caractéristiques les plus intéressantes.

Cette méthode permet notamment de rechercher des variétés plus productives, capables d’arriver plus rapidement à maturité ou offrant des qualités particulières pour la consommation.

Contrairement à certaines idées reçues, cette technique ne rend pas le riz radioactif. Elle ne consiste pas non plus à introduire nécessairement des gènes provenant d’une autre espèce dans la plante.

L’innovation repose ainsi sur l’accélération d’un processus de variation génétique, suivie d’un travail de sélection réalisé par les chercheurs.

Au Burkina Faso, les équipes scientifiques ont évalué onze lignées de riz suffisamment avancées. Huit d’entre elles ont été officiellement inscrites au Catalogue national des espèces et variétés végétales en juin 2025.

L’annonce d’octobre 2026 ne correspond donc pas à une homologation nouvelle, mais à la mise en lumière des résultats obtenus et des efforts engagés pour rendre ces variétés accessibles aux producteurs.

Des variétés adaptées aux attentes des consommateurs

Les travaux ne se sont pas limités à la recherche de rendements élevés.

Les scientifiques ont également pris en compte les préférences alimentaires et les caractéristiques des grains.

Parmi les huit variétés homologuées, deux produisent de gros grains, deux présentent une teneur élevée en amidon résistant et une autre se distingue par son caractère gluant, c’est-à-dire une texture particulièrement collante après cuisson.

Cette diversité répond à une réalité économique importante : produire davantage de riz ne suffit pas si les caractéristiques du produit ne correspondent pas aux attentes des consommateurs.

La taille des grains, leur texture, leur comportement à la cuisson et leur qualité marchande peuvent influencer les choix des ménages et les débouchés commerciaux des riziculteurs.

Pour les producteurs, disposer de variétés performantes et appréciées sur le marché pourrait contribuer à améliorer la commercialisation des récoltes.

Un pays qui cherche à réduire sa dépendance au riz importé

La mise au point de ces nouvelles variétés intervient dans un contexte de forte demande.

Selon l’AIEA, la consommation de riz au Burkina Faso a doublé au cours de la dernière décennie. Malgré les progrès de la production nationale, environ la moitié du riz consommé provenait encore des importations, d’après les données de référence citées par l’organisation.

Cette dépendance expose le pays aux variations des prix internationaux, aux coûts de transport et aux difficultés d’approvisionnement.

Le développement de variétés locales plus productives représente donc un levier potentiel pour renforcer la sécurité alimentaire et réduire les besoins d’importation.

Les autorités ont déjà engagé plusieurs mesures pour soutenir la filière.

Selon le compte rendu du Conseil des ministres du 30 juillet 2026, la production nationale de riz a atteint 1 008 737 tonnes en 2025, franchissant ainsi le seuil symbolique du million de tonnes.

Le 29 avril 2026, le gouvernement avait également annoncé la suspension des importations de riz jusqu’à nouvel ordre, afin de favoriser l’écoulement de la production nationale. Les opérateurs disposant déjà d’autorisations valides bénéficiaient d’une période transitoire de deux mois.

Les nouvelles variétés s’inscrivent dans cette stratégie de renforcement de la production locale.

Toutefois, l’amélioration des rendements devra s’accompagner d’efforts dans la transformation, le stockage et la commercialisation pour permettre au riz burkinabè de gagner durablement des parts de marché.

Des perspectives pour les revenus des producteurs

L’intérêt économique des nouvelles variétés réside notamment dans leur capacité potentielle à augmenter les volumes récoltés sur une même superficie.

Pour un producteur, un rendement plus élevé peut signifier davantage de riz disponible pour la consommation familiale et pour la vente.

Une telle amélioration pourrait renforcer les revenus agricoles, à condition que les gains de production compensent les dépenses supplémentaires éventuellement nécessaires en eau, en engrais, en main-d’œuvre et en entretien des cultures.

Le cycle de maturation plus court peut également faciliter l’organisation du calendrier agricole.

Cependant, la rentabilité d’une variété ne dépend pas uniquement du nombre de tonnes produites à l’hectare.

Elle repose aussi sur le coût des semences, les conditions d’irrigation, les prix de vente et l’existence de débouchés suffisamment rémunérateurs.

La réussite économique du programme nécessitera donc une approche associant recherche agricole, accompagnement technique et organisation des marchés.

Le défi de la diffusion des semences à grande échelle

Si les résultats scientifiques sont encourageants, la prochaine étape sera décisive.

Des parcelles de démonstration ont été installées dans les plaines rizicoles de Bama et de Banzon afin d’évaluer les nouvelles variétés dans les conditions locales et de permettre aux producteurs de découvrir leurs caractéristiques.

Selon l’AIEA, des efforts sont désormais engagés pour augmenter la production de semences et faciliter leur diffusion.

Cette phase suppose de multiplier les quantités disponibles, de garantir la qualité des semences, d’organiser leur distribution et de former les exploitants aux pratiques agricoles appropriées.

À ce stade, les informations publiées ne permettent pas de connaître précisément le volume de semences déjà commercialisé ni le nombre d’agriculteurs ayant adopté les huit nouvelles variétés à grande échelle.

Ces indicateurs seront pourtant essentiels pour mesurer la contribution réelle de l’innovation à la production nationale.

Le programme présente également un autre avantage : il renforce les compétences des chercheurs burkinabè et les capacités nationales de sélection variétale.

Cette expertise pourrait être mobilisée pour développer, à l’avenir, d’autres cultures mieux adaptées aux contraintes climatiques et aux besoins alimentaires du pays.

De la performance scientifique à la souveraineté alimentaire

L’homologation de huit nouvelles variétés de riz marque une avancée pour la recherche agricole burkinabè.

En associant l’expertise de scientifiques nationaux à la coopération internationale, le Burkina Faso dispose désormais de nouvelles possibilités pour améliorer sa productivité rizicole.

Mais la perspective d’une réduction durable des importations dépendra de plusieurs facteurs : l’accès des producteurs aux semences, la disponibilité des infrastructures d’irrigation, la maîtrise des coûts agricoles et la compétitivité du riz local.

Pour les autorités, l’enjeu sera de transformer les performances observées dans les essais en gains mesurables dans les exploitations, puis en volumes supplémentaires commercialisés sur le marché national.

Avec ces huit nouvelles variétés, le Burkina Faso démontre que la recherche scientifique peut ouvrir de nouvelles perspectives à son agriculture. Mais le véritable succès ne se mesurera pas seulement aux 11 tonnes récoltées sur un hectare expérimental. Il se concrétisera lorsque des milliers de riziculteurs pourront accéder à ces semences, produire davantage à des coûts maîtrisés et faire du riz local une alternative durable aux importations.

La Rédaction

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