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Mali : Vers six mois de suspension des exportations de bétail pour faire baisser le prix de la viande.

Face à la hausse persistante du prix de la viande, le gouvernement malien envisage de suspendre les exportations de bétail sur pied pour une durée pouvant atteindre six mois, renouvelable. Cette mesure, examinée le 19 octobre 2026 à Bamako avec les professionnels de la filière, vise à renforcer l’approvisionnement du marché national et à soulager le pouvoir d’achat des ménages. Mais son efficacité dépendra également de la sécurisation des marchés, de la réduction des coûts de transport et de la préservation des revenus des éleveurs.

Le Mali pourrait prochainement restreindre les exportations d’animaux vivants pour tenter de contenir la hausse du prix de la viande. Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, a présidé, lundi 19 octobre 2026, une troisième réunion de concertation avec les acteurs de la filière bétail-viande.

Au terme des échanges, plusieurs propositions ont été intégrées dans un plan d’action destiné à améliorer l’approvisionnement des marchés et à rendre la viande plus accessible aux consommateurs.

La principale mesure envisagée concerne la suspension temporaire des exportations de bétail sur pied, c’est-à-dire des animaux vivants commercialisés à l’étranger. Cette restriction pourrait s’appliquer pendant une période maximale initiale de six mois, avec une possibilité de renouvellement.

Selon la communication du ministère de l’Industrie et du Commerce, la suspension pourrait également être levée avant son terme si les prix de la viande retrouvent un niveau jugé acceptable et stable.

À ce stade, il s’agit toutefois d’une mesure envisagée, et non d’une interdiction dont l’entrée en vigueur aurait déjà été officiellement confirmée. Aucun calendrier précis d’application n’a été communiqué.

Une viande devenue plus chère pour les ménages

La proposition intervient dans un contexte de hausse sensible des prix sur les marchés maliens.

Selon les données publiées par le ministère de l’Industrie et du Commerce le 6 octobre 2026, le prix moyen national du kilogramme de viande avec os est passé de 3 211 FCFA à la fin du mois d’avril à 3 502 FCFA durant la période du 28 septembre au 4 octobre.

Cette évolution représente une augmentation de 291 FCFA par kilogramme, soit environ 9,1 % en un peu plus de cinq mois.

Dans la capitale, la situation est encore plus contraignante pour les consommateurs. À Bamako, le kilogramme de viande avec os se négociait début octobre entre 4 300 et 4 500 FCFA, contre 3 800 à 4 000 FCFA en avril.

La viande sans os atteignait, quant à elle, environ 5 000 FCFA le kilogramme.

Ces niveaux de prix pèsent sur les dépenses alimentaires des ménages, particulièrement ceux dont les revenus ne suivent pas l’augmentation du coût de la vie.

La maîtrise du prix de la viande apparaît ainsi comme un enjeu à la fois économique et social pour les autorités.

Retenir davantage de bétail pour approvisionner les marchés

Avec la suspension envisagée, le gouvernement cherche à conserver une part plus importante du bétail disponible sur le territoire national.

Le raisonnement économique repose sur un principe simple : en limitant temporairement les départs d’animaux vers les marchés étrangers, davantage de bétail pourrait être commercialisé au Mali et approvisionner les abattoirs et les boucheries.

Une augmentation effective de l’offre nationale pourrait ainsi contribuer à atténuer les tensions sur les prix.

Cependant, cette évolution n’est pas automatique.

La quantité de viande disponible pour les consommateurs dépend aussi de la capacité à transporter les animaux, à sécuriser les circuits commerciaux, à assurer leur abattage et à acheminer les produits vers les points de vente.

Autrement dit, la suspension des exportations pourrait agir sur l’offre, mais son efficacité dépendra de l’ensemble des maillons de la chaîne d’approvisionnement.

Des marchés à bétail à rouvrir pour fluidifier les échanges

La restriction des exportations n’est pas la seule mesure envisagée par les autorités.

Le plan d’action issu de la réunion du 19 octobre prévoit également l’ouverture progressive de marchés à bétail dans plusieurs localités, notamment Nara, Niono, Konna, Tonka et Léré.

Des marchés devraient aussi être ouverts ou aménagés dans les environs de Bamako pour faciliter l’approvisionnement de la capitale.

L’objectif est de rapprocher les zones de commercialisation des grands centres de consommation et d’améliorer la circulation des animaux.

Cette orientation répond à une difficulté identifiée depuis plusieurs mois par les professionnels : la fermeture ou la désorganisation de certains marchés traditionnels, localement appelés « garbals », perturbe les échanges et peut renchérir les coûts.

Lors des précédentes concertations, le gouvernement avait également évoqué la nécessité de sécuriser les marchés et les axes utilisés pour transporter les troupeaux.

Pour les commerçants, un réseau de marchés fonctionnels et accessibles constitue une condition importante pour assurer un approvisionnement régulier des villes.

Insécurité, transport et alimentation animale : les autres causes de la hausse

Les difficultés de la filière bétail-viande dépassent la seule question des exportations.

Selon les constats rapportés par l’Agence malienne de presse et de publicité (AMAP), l’insécurité dans certaines zones pastorales limite la circulation des troupeaux, favorise les vols de bétail et complique l’acheminement des animaux vers les centres de consommation.

À ces contraintes s’ajoutent les tracasseries routières, les coûts logistiques, les difficultés de commercialisation et le renchérissement de l’alimentation animale.

Ces charges supplémentaires peuvent se répercuter sur le prix final payé par les consommateurs.

C’est pourquoi le plan d’action prévoit également la lutte contre les prélèvements et obstacles informels sur les routes, l’amélioration des conditions de transport et le renforcement de la production fourragère.

Le développement des cultures destinées à nourrir les animaux pourrait notamment contribuer à réduire certaines charges supportées par les éleveurs.

Pour les autorités, il s’agit donc d’intervenir non seulement sur la quantité de bétail disponible, mais aussi sur les coûts qui s’accumulent entre les zones d’élevage et les étals des bouchers.

Une mesure qui pourrait affecter les revenus des éleveurs

Si la suspension des exportations peut favoriser l’approvisionnement intérieur, elle soulève également des enjeux importants pour les professionnels de la filière.

Le commerce transfrontalier constitue un débouché pour les éleveurs et les négociants maliens. Une restriction prolongée pourrait réduire temporairement leurs possibilités de vente sur certains marchés extérieurs.

Si l’offre intérieure augmente fortement sans débouchés rémunérateurs suffisants, les prix de vente des animaux pourraient subir une pression à la baisse.

Une telle évolution pourrait bénéficier aux acheteurs, mais aussi fragiliser les revenus de certains producteurs, notamment lorsque leurs coûts d’élevage demeurent élevés.

L’équilibre recherché sera donc délicat : rendre la viande plus abordable pour les ménages tout en maintenant des conditions économiques permettant aux éleveurs de poursuivre leurs activités.

La question du suivi des prix, de l’organisation des marchés et de l’accompagnement des professionnels sera déterminante pour limiter d’éventuels effets indésirables.

Un plan d’action dont les résultats restent à démontrer

La réunion du 19 octobre s’inscrit dans une série de concertations engagées par le ministère de l’Industrie et du Commerce depuis plusieurs mois.

Le 5 octobre, une première rencontre avait permis de dresser un diagnostic actualisé de la hausse des prix. Une deuxième réunion, organisée le 12 octobre, avait approfondi les discussions sur la réouverture des marchés, la sécurisation des circuits d’approvisionnement et les restrictions éventuelles aux exportations.

La troisième rencontre a permis de formaliser plusieurs propositions dans un plan d’action.

La prochaine étape sera celle de leur application effective.

À ce jour, les informations disponibles ne précisent pas la date à laquelle la suspension pourrait entrer en vigueur, les éventuelles exemptions, les modalités de contrôle ou le seuil de prix qui justifierait sa levée.

Autant d’éléments qui devront être clarifiés pour permettre aux éleveurs, aux commerçants et aux consommateurs d’apprécier la portée réelle de cette orientation.

Pour le gouvernement, le défi sera également de mesurer les résultats obtenus sur les marchés, notamment à travers l’évolution des prix au détail et la régularité de l’approvisionnement.

En envisageant de retenir davantage de bétail sur son territoire, le Mali cherche à desserrer l’étau des prix sur les ménages. Mais la véritable réussite ne se mesurera pas au nombre d’animaux empêchés de franchir les frontières. Elle se jouera dans les marchés et les boucheries, là où les consommateurs attendent une viande plus accessible et les éleveurs, des revenus capables de faire vivre durablement la filière.

La Rédaction

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