AES-Cédéao : Ouagadougou prépare le terrain avant les négociations de Dakar.
Des experts du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont engagé, le 14 octobre à Ouagadougou, un travail d’harmonisation des positions de la Confédération des États du Sahel (AES). L’objectif est de préparer les prochaines discussions avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), autour de dossiers sensibles pour l’intégration régionale, notamment la circulation des personnes et des marchandises et les échanges commerciaux.
Une position commune à construire
La Confédération des États du Sahel entend aborder les prochaines discussions avec la Cédéao avec une ligne commune. Réunis mercredi à Ouagadougou au sein d’une Task force confédérale, des hauts fonctionnaires burkinabè, maliens et nigériens travaillent à identifier les priorités et à harmoniser les positions des trois pays.
Selon l’Agence de presse africaine (APA), les travaux portent notamment sur la libre circulation des personnes et des biens, le commerce, l’intégration des peuples ainsi que les questions diplomatiques et institutionnelles.
L’enjeu est de préparer une approche cohérente entre les trois États, afin que leurs préoccupations soient défendues dans un cadre confédéral plutôt que dans des démarches séparées. Les conclusions des experts doivent être soumises aux ministres des Affaires étrangères de l’AES, attendus à Ouagadougou le jeudi 15 octobre pour examiner les recommandations avant les consultations prévues à Dakar, au Sénégal.
L’ambassadeur burkinabè Yirigouin Hermann Toé, chef de la délégation de son pays et secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, a souligné la nécessité de préparer une position conforme aux orientations des dirigeants de la Confédération. Son homologue malien, Amadou Maïga, a insisté sur la définition des questions prioritaires, tandis que le représentant nigérien, Ousmane Alhassane, a mis en avant le rôle de la Task force dans l’harmonisation de la feuille de route des consultations.
La circulation et le commerce au cœur des enjeux
Au-delà des considérations diplomatiques, les discussions touchent directement les populations et les acteurs économiques. Les relations entre les pays de l’AES et ceux de la Cédéao structurent une partie des déplacements régionaux, des circuits d’approvisionnement et des échanges commerciaux en Afrique de l’Ouest.
Pour les entreprises, les transporteurs et les commerçants, la prévisibilité des règles de circulation et des conditions d’échange reste essentielle. Toute incertitude sur les formalités, les contrôles ou les modalités d’accès aux marchés peut compliquer les opérations et augmenter les coûts. La préparation d’un cadre de dialogue vise donc aussi à limiter les perturbations pour les opérateurs économiques et les populations.
La question est d’autant plus importante que le Burkina Faso, le Mali et le Niger demeurent confrontés à des défis d’enclavement et de fluidité des corridors commerciaux. La coopération régionale reste un levier pour faciliter l’accès aux marchés, même lorsque les relations institutionnelles évoluent.
Après le retrait, des relations à redéfinir
Le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Cédéao est devenu effectif le 29 janvier 2025. Les trois pays ont depuis renforcé leur coopération dans le cadre de l’AES, créée pour approfondir leur coordination politique, économique et sécuritaire.
Cette rupture institutionnelle n’a toutefois pas supprimé les interdépendances entre les économies de la région. Les échanges de marchandises, les déplacements des populations et les liens entre les communautés continuent de rendre nécessaire un dialogue entre les deux espaces.
Le 28 septembre 2026, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, avait déjà annoncé des discussions en vue de définir un nouveau cadre pour les relations entre l’AES et la Cédéao. Il avait alors souligné l’importance de poursuivre la construction d’un espace économique intégré et de lever les obstacles au commerce. À ce stade, aucun calendrier détaillé ni contenu définitif du futur accord n’avait été communiqué publiquement.
Les travaux de Ouagadougou s’inscrivent dans cette dynamique : ils doivent contribuer à préciser les intérêts stratégiques de la Confédération et les sujets à porter à la table des négociations.
Dakar, un rendez-vous encore attendu
La réunion des experts constitue une étape préparatoire, et non la conclusion d’un accord avec la Cédéao. Les propositions doivent encore être examinées par les ministres de l’AES, tandis que la date précise des négociations de Dakar et les modalités d’un éventuel accord restent à confirmer.
Pour les trois pays sahéliens, l’objectif sera de défendre une position commune sans perdre de vue les enjeux concrets de l’intégration régionale. Pour les populations et les entreprises, le résultat se mesurera moins aux déclarations diplomatiques qu’à la capacité des deux organisations à préserver la circulation, à sécuriser les échanges et à rendre les règles plus prévisibles.
Car, au-delà des lignes de fracture institutionnelles, le véritable test de ces négociations sera économique : maintenir les passerelles nécessaires entre les marchés et les peuples d’Afrique de l’Ouest.
La Rédaction



