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Togo–Kirghizistan : Le numérique et le spatial ouvrent un nouveau front de coopération économique.

Lomé et Bichkek veulent donner une nouvelle dimension à leur partenariat. Les accords signés en avril couvrent notamment le numérique, les investissements et les technologies de l’information. En parallèle, le Togo accélère sur les services satellitaires et cherche à positionner Lomé dans l’émergence d’une économie spatiale africaine. Un croisement technologique qui pourrait ouvrir de nouveaux débouchés économiques.

Entre le golfe de Guinée et les montagnes d’Asie centrale, le rapprochement peut sembler inattendu. Pourtant, le Togo et le Kirghizistan cherchent depuis plusieurs mois à donner un contenu économique plus concret à leurs relations.

Le 29 avril 2026, à Bichkek, les deux pays ont signé plusieurs accords et mémorandums couvrant huit domaines : diplomatie, économie numérique, culture, investissements, éducation, santé, économie et agriculture. Le numérique occupe une place particulière dans cette nouvelle architecture.

Les documents signés prévoient notamment une coopération autour de la transformation numérique des administrations, de l’e-gouvernement, de la cybersécurité et du déploiement d’infrastructures technologiques, notamment la 5G.

Du numérique aux infrastructures satellitaires

Il n’existe toutefois pas, dans les accords officiellement publiés, de convention bilatérale spécifiquement consacrée aux technologies spatiales.

Le lien avec le spatial se situe plutôt dans la stratégie technologique plus large poursuivie par Lomé.

En juillet 2026, le gouvernement togolais a adapté le régime des redevances applicables aux communications électroniques afin de tenir compte des nouveaux services satellitaires. Le dispositif vise notamment les applications liées à l’Internet des objets et aux communications machine-to-machine par satellite.

L’objectif affiché est double : faciliter l’arrivée d’opérateurs spécialisés et étendre la connectivité aux zones rurales et insuffisamment couvertes. Le gouvernement identifie également des applications potentielles dans l’agriculture, la santé, la gestion de l’environnement et la logistique.

Autrement dit, le satellite n’est pas traité uniquement comme une technologie de télécommunication. Il devient progressivement un outil potentiel pour améliorer la productivité et les services économiques.

Le Togo veut structurer son écosystème spatial

Cette orientation intervient alors que Lomé cherche à prendre position dans le développement de l’économie spatiale africaine.

Du 28 au 31 juillet 2026, la capitale togolaise a accueilli la deuxième édition du Space Forum Africa, consacrée notamment à l’innovation, à la défense et à la durabilité.

L’événement a réuni des acteurs publics, des agences spatiales, des investisseurs, des centres de recherche et des entreprises technologiques autour des applications économiques des données satellitaires.

Agriculture, exploitation des ressources minières, planification urbaine ou encore gestion des risques climatiques : les usages potentiels des données spatiales dépassent largement le domaine traditionnel des télécommunications.

Le forum a également mis en évidence une question déterminante : celle du financement. Selon des données présentées lors de l’événement et attribuées à Space in Africa, l’économie spatiale africaine était évaluée à près de 24,95 milliards de dollars, avec une projection à 39,52 milliards de dollars en 2030.

L’enjeu pour les pays africains n’est donc plus uniquement d’acquérir des capacités satellitaires. Il consiste aussi à transformer les données produites par ces technologies en services commercialement viables.

Agriculture, mines, logistique : le satellite devient économique

Pour un pays comme le Togo, l’intérêt économique des technologies satellitaires est particulièrement concret.

Dans l’agriculture, les images et données géospatiales peuvent contribuer à surveiller les cultures, suivre les conditions météorologiques ou améliorer la gestion des terres.

Dans les ressources naturelles, elles peuvent faciliter la cartographie et le suivi des territoires.

Dans la logistique, les solutions satellitaires peuvent contribuer au suivi des infrastructures et des flux.

Le gouvernement togolais cite également la santé, l’environnement et l’Internet des objets parmi les secteurs susceptibles de bénéficier du développement des nouveaux services satellitaires.

Cette logique correspond à une évolution plus large : la valeur économique du spatial se déplace progressivement de la fabrication des satellites vers les services construits à partir des données qu’ils produisent.

Pour les économies africaines, cette dimension « aval » peut être particulièrement intéressante, car elle ouvre la porte à des entreprises locales spécialisées dans l’analyse de données, les logiciels, la géomatique ou les services numériques.

Que peut apporter le Kirghizistan ?

C’est ici que la coopération avec Bichkek devient potentiellement intéressante.

Les accords d’avril prévoient une collaboration dans l’économie numérique et les technologies de l’information, tandis qu’un accord sur la protection et la promotion réciproque des investissements doit renforcer le cadre juridique pour les investisseurs des deux pays.

Le Kirghizistan cherche lui-même à développer son écosystème technologique. En septembre 2026, son Agence nationale des investissements mettait notamment en avant le développement des start-up, le financement par capital-risque et les partenariats technologiques dans le cadre d’un forum consacré à la coopération numérique.

Pour Lomé, cette coopération peut donc représenter une opportunité d’échange d’expériences dans des domaines comme les infrastructures numériques, les services technologiques, l’investissement et l’innovation.

Il serait toutefois prématuré de parler d’un transfert technologique spatial entre les deux pays sur la base des accords actuellement publiés.

Une coopération à transformer en projets

Le véritable enjeu se situe désormais dans l’exécution.

Quatre mois après les signatures d’avril, les présidents Faure Gnassingbé et Sadyr Japarov ont de nouveau discuté de la mise en œuvre des accords lors d’une rencontre à Bichkek, le 31 août 2026.

Les deux dirigeants ont insisté sur la nécessité de concrétiser les différents mémorandums et de renforcer le partenariat. Le Togo et le Kirghizistan présentent désormais leur relation comme une coopération appelée à se diversifier davantage.

Pour Lomé, la priorité sera donc de convertir les textes signés en investissements, en projets technologiques et en services effectivement déployés.

Dans le domaine spatial, le potentiel existe surtout autour des applications économiques : connectivité rurale, agriculture intelligente, cartographie, environnement, logistique et exploitation des données géospatiales.

Le véritable marché est celui des usages

Le rapprochement entre le Togo et le Kirghizistan intervient finalement à un moment où la frontière entre économie numérique et économie spatiale devient de plus en plus mince.

Un satellite peut améliorer la connectivité. Une donnée satellitaire peut aider un agriculteur à prendre une décision. Une image géospatiale peut contribuer à identifier une ressource ou à mieux gérer un territoire. Et derrière chacune de ces applications se trouve un marché potentiel pour les entreprises technologiques.

Pour le Togo, l’enjeu n’est donc pas nécessairement de devenir une puissance spatiale au sens classique du terme. Il est plutôt de s’insérer dans la chaîne de valeur des services issus du spatial, tout en utilisant ses partenariats internationaux pour renforcer ses infrastructures numériques et son attractivité technologique.

Le partenariat avec le Kirghizistan constitue une pièce de cette stratégie, mais pas encore un programme spatial commun formellement établi.

À terme, la véritable conquête ne se fera peut-être pas dans l’espace lui-même. Elle se jouera dans la capacité des économies africaines à transformer les données venues de l’espace en valeur créée au sol.

La Rédaction

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