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UEMOA : Près de 23 000 milliards FCFA de crédits bancaires distribués en 2025.

Le financement bancaire de l’économie ouest-africaine a poursuivi sa progression en 2025. Les banques de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ont mis en place 22 857,9 milliards de francs CFA de crédits, contre 21 558,2 milliards FCFA en 2024, soit une hausse de 6 %. Derrière cette progression, les entreprises restent les principales bénéficiaires des financements, tandis que la structure des prêts montre encore une forte prédominance du court terme.

La progression est réelle, mais elle pose une question plus importante pour les économies de l’Union : quelle utilisation est faite de ces capitaux ? Car davantage de crédit ne signifie pas nécessairement davantage d’investissement productif.

Un crédit bancaire en hausse

En 2025, les banques de l’UEMOA ont donc injecté près de 23 000 milliards FCFA de nouveaux crédits dans l’économie.

La progression reste toutefois moins rapide que celle observée en 2024. Cette année-là, le volume de prêts mis en place avait atteint 21 831,2 milliards FCFA, contre 19 889,1 milliards en 2023, soit une progression de 9,8 %.

Le ralentissement du rythme de croissance du crédit en 2025 n’empêche pas le secteur bancaire de conserver un rôle central dans le financement des économies de l’Union.

À fin décembre 2025, l’encours total des crédits à la clientèle atteignait ainsi 38 731,6 milliards FCFA, en hausse de 5,5 % sur un an, selon la Commission bancaire de l’UMOA.

Il faut donc distinguer deux notions : les 22 857,9 milliards FCFA correspondent aux nouveaux crédits mis en place durant l’année, tandis que les 38 731,6 milliards FCFA représentent l’ensemble des crédits encore inscrits au bilan des banques à la fin de l’exercice.

Les entreprises captent l’essentiel des financements

Les sociétés non financières demeurent les principales bénéficiaires des nouveaux crédits.

Elles ont concentré 70,5 % des financements distribués en 2025, loin devant les ménages, qui représentent 19,9 %, et les administrations publiques, autour de 7 %.

Cette répartition confirme le poids du secteur productif dans la demande de financement bancaire.

Mais elle cache une autre réalité : à l’intérieur même du financement des entreprises, l’accès au crédit reste différencié selon leur taille.

Les grandes entreprises ont capté 50,9 % des financements accordés aux personnes morales, contre 49,1 % pour les micro, petites et moyennes entreprises (MPME). Un an auparavant, la part des grandes structures était de 48 %.

Cette évolution mérite attention dans une région où les MPME occupent une place importante dans l’emploi et l’activité économique.

Le court terme reste roi

Le principal enseignement des données de 2025 réside peut-être dans la maturité des crédits.

Les financements à court terme restent largement majoritaires, même si leur part a légèrement diminué. Ils représentaient 73,1 % des crédits distribués en 2025, contre 75 % en 2024.

Autrement dit, une grande partie du financement bancaire répond encore à des besoins immédiats : trésorerie, fonctionnement courant, consommation ou autres besoins de court terme.

Cette structure n’est pas nécessairement problématique en soi. Le crédit de trésorerie permet aux entreprises de payer leurs fournisseurs, leurs salariés ou leurs charges avant l’encaissement de leurs recettes.

Mais pour transformer durablement les économies, le financement de long terme reste essentiel.

Une usine, une infrastructure, une plateforme logistique ou un équipement industriel ne se rembourse pas en quelques mois.

L’investissement productif sous pression

Les données détaillées sur l’utilisation des crédits montrent justement un contraste.

Selon les données analysées à partir des statistiques de la BCEAO, les financements destinés à l’équipement ont reculé de 12,4 % en 2025. Les crédits immobiliers ont également diminué de 15,6 %.

À l’inverse, les crédits destinés à certains besoins de trésorerie, à la consommation et à d’autres usages ont progressé.

Cette configuration signifie que l’augmentation globale du crédit ne se traduit pas automatiquement par une accélération équivalente de l’investissement.

C’est l’un des principaux sujets à surveiller pour les économies de l’UEMOA : faire passer progressivement le financement bancaire du simple soutien à l’activité courante vers davantage de financement de capacités nouvelles.

Le coût du crédit s’est légèrement détendu

Autre évolution à relever : le coût moyen des nouveaux crédits a légèrement diminué.

Le taux d’intérêt débiteur moyen est passé de 6,76 % en 2024 à 6,69 % en 2025, soit une baisse de 7 points de base.

Cette évolution intervient après l’assouplissement de la politique monétaire de la BCEAO en juin 2025, lorsque la Banque centrale avait réduit ses taux directeurs de 25 points de base.

La baisse reste toutefois modérée.

Pour une petite entreprise ou un entrepreneur qui cherche à financer un investissement sur plusieurs années, quelques dizaines de points de base peuvent faire une différence, mais le coût du crédit n’est qu’une partie du problème. Les garanties exigées, la durée des prêts, la capacité de remboursement et la perception du risque jouent également un rôle déterminant.

Le système bancaire dispose de davantage de ressources

Du côté des ressources, la dynamique est également favorable.

Les dépôts bancaires ont progressé de 16 % en 2025, selon la Commission bancaire de l’UMOA, pour atteindre un niveau de ressources de 67 459,9 milliards FCFA. Les dépôts constituent 83,3 % de ces ressources.

Les nouveaux dépôts à terme ont parallèlement augmenté de 13,9 %, pour atteindre 12 178,1 milliards FCFA, contre 10 695,8 milliards un an auparavant. Leur rémunération moyenne est passée de 5,30 % à 5,44 %.

Le système bancaire dispose donc d’une base de ressources plus importante pour financer l’économie.

La question devient alors moins celle de la disponibilité globale des ressources que celle de leur allocation.

Un secteur bancaire plus solide

La progression du crédit intervient dans un secteur bancaire qui a globalement renforcé ses fondamentaux.

Selon la Commission bancaire, le total de bilan des établissements de crédit de l’UMOA a atteint 82 298,8 milliards FCFA à fin 2025, en hausse de 14,1 %. Le Produit net bancaire a progressé de 8 %, à 3 860,2 milliards FCFA.

Le résultat net du secteur a atteint 1 252,1 milliards FCFA, soit une hausse de 25,5 % par rapport à 2024.

La solvabilité moyenne s’est également améliorée : le ratio de solvabilité est passé de 14,7 % à 15,6 %, pour une norme minimale de 11,5 %.

Autrement dit, l’augmentation des financements ne s’est pas accompagnée d’une dégradation générale des équilibres bancaires.

Un risque de concentration à surveiller

Le renforcement des grandes entreprises dans la distribution des crédits mérite néanmoins une attention particulière.

Avec 50,9 % des financements destinés aux personnes morales, les grandes structures dépassent désormais légèrement les MPME, qui en captent 49,1 %.

Pour les petites entreprises, l’accès au crédit demeure souvent plus difficile en raison de garanties insuffisantes, d’une information financière limitée ou d’une perception plus élevée du risque.

La question n’est donc pas simplement de savoir combien les banques prêtent, mais à qui elles prêtent, pour quelle durée et pour quel usage.

Le défi de la transformation du crédit

Les chiffres de 2025 dessinent finalement une économie ouest-africaine où le crédit bancaire continue de progresser, mais où la transformation de ce crédit en investissement productif reste un enjeu.

Les 22 857,9 milliards FCFA de nouveaux financements représentent une masse financière considérable. Mais leur impact économique dépendra de leur capacité à financer des entreprises, des équipements, des infrastructures et des projets capables d’augmenter durablement la production.

L’enjeu est particulièrement important pour les économies de l’UEMOA qui cherchent à industrialiser davantage, développer leurs chaînes de valeur et renforcer leur souveraineté économique.

Près de 23 000 milliards FCFA ont circulé sous forme de nouveaux crédits en 2025. La prochaine bataille ne sera donc pas seulement celle du volume des prêts, mais celle de leur transformation en capital productif. Car pour une économie, emprunter davantage n’est réellement une bonne nouvelle que lorsque le crédit finit par produire davantage de richesse.

La Rédaction

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