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Burkina Faso : La Côte d’Ivoire dépasse la Russie et devient le 2e investisseur étranger.

La Côte d’Ivoire confirme son poids dans l’économie burkinabè. À fin 2024, le pays devient le deuxième investisseur étranger au Burkina Faso, derrière le Canada, avec un stock d’investissements directs étrangers (IDE) de 284,7 milliards de FCFA. Elle devance désormais la Russie, dont les investissements s’établissent à 257 milliards de FCFA. Un classement qui révèle, au-delà des rapports diplomatiques, la place persistante des capitaux régionaux dans l’économie burkinabè.

2 336 milliards de FCFA d’IDE à fin 2024

Le Burkina Faso a terminé l’année 2024 avec un stock d’investissements directs étrangers entrants évalué à 2 336,3 milliards de FCFA, selon le rapport officiel sur la Balance des paiements et la Position extérieure globale 2024.

Ce montant est toutefois en baisse de 5 % par rapport aux 2 458,9 milliards de FCFA enregistrés en 2023. Cette contraction s’explique notamment par une diminution de 80,2 milliards de FCFA des ressources reçues sous forme de dettes et par un recul de 42,5 milliards des participations sous forme de fonds propres.

Malgré ce repli, la structure des investissements reste largement dominée par les capitaux propres. Ceux-ci représentent 62,6 % du stock total des IDE en 2024, contre 61,2 % un an auparavant.

La Côte d’Ivoire devant la Russie

Dans ce paysage, le Canada conserve une nette avance. Avec 534,9 milliards de FCFA, soit 22,9 % du stock total, il demeure le premier investisseur étranger au Burkina Faso.

Mais derrière Ottawa, le classement évolue. La Côte d’Ivoire occupe désormais la deuxième position avec 284,7 milliards de FCFA, correspondant à 12,2 % du stock des IDE.

La Russie arrive troisième avec 257 milliards de FCFA, soit 11,1 %. Le Maroc complète le groupe de tête avec 102,8 milliards de FCFA, représentant 4,4 %.

L’écart entre la Côte d’Ivoire et la Russie atteint ainsi 27,7 milliards de FCFA. À eux seuls, le Canada, la Côte d’Ivoire, la Russie et le Maroc concentrent 50,6 % de l’ensemble des IDE détenus au Burkina Faso.

Ce résultat n’est pas entièrement nouveau. En 2023, la Côte d’Ivoire occupait déjà la deuxième place avec un stock de 299,8 milliards de FCFA, devant la Russie à 251,5 milliards. La nouveauté tient donc surtout au maintien de cette position dans un contexte de contraction globale des investissements étrangers.

L’or reste au cœur de l’attractivité du Burkina Faso

Derrière ces montants se trouve une caractéristique majeure de l’économie burkinabè : la forte concentration des investissements étrangers dans les activités minières.

L’exploitation minière absorbe à elle seule 1 565,9 milliards de FCFA d’IDE, soit 66,1 % du stock total à fin 2024. L’intermédiation financière arrive loin derrière avec 439 milliards de FCFA, représentant 18,5 %.

L’industrie capte 136,6 milliards de FCFA, soit 5,8 %, tandis que le commerce représente 49,8 milliards, soit 2,1 %. À eux quatre, ces secteurs concentrent 92,4 % du stock des investissements directs étrangers.

Cette concentration permet de comprendre pourquoi les évolutions du secteur minier peuvent avoir un impact important sur les statistiques globales des IDE. Elle montre également que l’attractivité du Burkina Faso reste fortement liée à ses ressources naturelles, en particulier à l’or.

Une présence ivoirienne qui dépasse le seul investissement

La deuxième place de la Côte d’Ivoire prend une dimension particulière dans le contexte ouest-africain. Les deux économies sont liées par leur proximité géographique, leurs échanges commerciaux et les réseaux économiques construits autour de l’espace communautaire.

Cette influence ne se mesure d’ailleurs pas uniquement à travers les IDE. Les échanges commerciaux entre les pays de la région constituent également un autre canal important de circulation des capitaux, des biens et des services.

Le classement des investisseurs doit cependant être lu avec prudence. Un stock d’IDE de 284,7 milliards de FCFA ne signifie pas que cette somme a été injectée en 2024. Il correspond à la valeur cumulée des investissements directs détenus par des investisseurs ivoiriens au Burkina Faso à la fin de l’exercice.

De même, la troisième place de la Russie dans ce classement ne signifie pas un recul de l’ensemble de ses relations économiques avec Ouagadougou. Les investissements directs, les échanges commerciaux, les financements et la coopération économique sont des indicateurs différents.

Un signal sur la recomposition des capitaux étrangers

Le classement de 2024 apporte néanmoins un enseignement intéressant. Alors que le Burkina Faso cherche à renforcer sa souveraineté économique et à accroître la participation des capitaux nationaux dans des secteurs stratégiques, les capitaux étrangers restent indispensables au financement de l’économie.

La question n’est donc plus seulement de savoir quels pays investissent au Burkina Faso, mais aussi dans quels secteurs, avec quelle profondeur et avec quelle capacité à créer de la valeur localement.

Avec plus de 2 300 milliards de FCFA d’IDE encore présents dans l’économie burkinabè, l’enjeu pour les autorités sera de transformer cette présence financière en davantage de production, d’emplois, de transformation locale et de recettes pour l’économie nationale.

La Côte d’Ivoire a peut-être dépassé la Russie dans le classement des investisseurs étrangers. Mais derrière ce changement de rang se dessine une question plus stratégique : dans une économie qui cherche à reprendre davantage le contrôle de ses ressources et de ses chaînes de valeur, quelle place les capitaux étrangers occuperont-ils demain ?

La Rédaction

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