Sénégal : Avec Lufthansa, l’APIX veut transformer la connectivité aérienne en levier d’investissement.
Le Sénégal veut faire de l’accès aérien à son territoire un véritable outil de compétitivité économique. L’APIX et Lufthansa Group ont signé un partenariat destiné à renforcer la promotion du pays en Europe, développer les connexions aériennes et stimuler les flux touristiques et économiques. Jusqu’à cinq vols hebdomadaires opérés par Brussels Airlines doivent notamment contribuer à rapprocher davantage le Sénégal des marchés européens.
La connectivité aérienne n’est plus seulement une question de transport. Pour les économies qui cherchent à attirer des capitaux, des touristes et des entreprises, elle devient un facteur d’attractivité à part entière.
C’est dans cette logique que l’Agence pour la promotion des investissements et des grands projets (APIX) et Lufthansa Group ont conclu, le 7 septembre 2026 à Dakar, un accord de partenariat destiné à soutenir le tourisme et à créer de nouvelles opportunités d’investissement au Sénégal.
L’accord a été signé à l’occasion d’une visite de travail de Julia Hillenbrand, vice-présidente de Lufthansa Group chargée des ventes en Europe et en Afrique. Pour l’APIX, l’enjeu dépasse largement la seule augmentation du nombre de passagers.
Une alliance qui dépasse le transport aérien
Le partenariat doit permettre à l’APIX de bénéficier de la plateforme et du réseau de Lufthansa Group pour mieux promouvoir le Sénégal auprès des marchés européens.
Selon le directeur général de l’APIX, Bakary Séga Bathily, Lufthansa constitue notamment une plateforme de promotion, de vulgarisation et d’investissement permettant de mieux faire connaître les opportunités offertes par le Sénégal. L’accord doit également permettre à l’agence sénégalaise d’organiser des événements consacrés à la promotion du tourisme national.
Autrement dit, Dakar entend utiliser la puissance commerciale d’un grand groupe aérien international pour vendre davantage qu’une destination touristique : une destination économique.
Cette approche est particulièrement importante pour une agence comme l’APIX, dont la mission consiste à promouvoir le Sénégal auprès des investisseurs nationaux et étrangers.
L’Europe comme marché prioritaire
Le partenariat accorde une place particulière aux marchés européens.
L’APIX entend mieux valoriser l’offre touristique sénégalaise auprès d’un marché présenté par Bakary Séga Bathily comme particulièrement vaste. En retour, Lufthansa Group voit dans l’Afrique de l’Ouest un marché présentant un potentiel de développement.
La logique est donc à double sens : davantage de visibilité pour le Sénégal en Europe, mais aussi un meilleur accès pour les acteurs économiques européens au marché ouest-africain.
Cette stratégie s’appuie notamment sur le réseau de Brussels Airlines, membre de Lufthansa Group. Selon l’APIX, la compagnie peut assurer jusqu’à cinq vols hebdomadaires, renforçant ainsi les connexions entre le Sénégal, l’Europe et, par effet de réseau, d’autres marchés internationaux.
Il faut toutefois distinguer la fréquence de vols annoncée de la création de nouvelles liaisons : les informations disponibles ne permettent pas d’affirmer que les cinq fréquences constituent toutes de nouvelles rotations directement créées par la convention.
Pour les investisseurs, le temps de déplacement compte aussi
Pour un investisseur, la qualité des infrastructures ne se limite pas aux routes, aux ports ou à l’électricité. La facilité avec laquelle il peut rejoindre un marché compte également dans la décision d’implantation.
Une meilleure connectivité aérienne peut réduire les coûts de déplacement, faciliter les missions commerciales, accélérer les rencontres entre partenaires et rendre un territoire plus accessible aux dirigeants et aux équipes internationales.
C’est précisément sur cette dimension que Lufthansa Group veut positionner son partenariat avec l’APIX.
« Connecter le Sénégal au monde », mais aussi connecter les entreprises, les investisseurs et les opportunités : telle est, selon Julia Hillenbrand, l’ambition affichée par le groupe allemand.
Pour le Sénégal, l’enjeu est donc de convertir cette accessibilité en activité économique réelle : nouveaux visiteurs, nouveaux partenariats, nouveaux projets et, à terme, davantage d’investissements.
Le tourisme cherche encore à franchir un cap
Le tourisme constitue l’un des principaux bénéficiaires attendus de cette stratégie.
Le Sénégal dispose d’un important potentiel touristique, mais le secteur ne représente encore que 7 % du produit intérieur brut, selon les propos rapportés par l’APS du directeur général de l’APIX. L’agence travaille par ailleurs à identifier des zones à forte vocation touristique susceptibles d’être davantage développées.
L’amélioration de la connectivité peut contribuer à résoudre l’un des problèmes classiques du secteur : rendre les destinations plus accessibles aux visiteurs internationaux.
Mais l’APIX reconnaît également certaines contraintes, notamment le déficit de capacités d’hébergement lors des grands événements religieux. Cela montre que la connectivité aérienne ne peut produire son plein effet que si elle est accompagnée d’une offre touristique suffisamment structurée : hébergement, mobilité intérieure, services, loisirs et capacité d’accueil.
Une ambition de hub régional
Derrière l’accord avec Lufthansa se dessine également une ambition plus large : consolider la position du Sénégal comme plateforme régionale.
L’APIX considère déjà la connectivité aérienne comme un élément de sa stratégie d’attractivité. Le développement des liaisons internationales doit permettre au pays de mieux se connecter aux grands marchés, tout en renforçant son rôle de porte d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest.
Dans cette compétition régionale, Dakar doit donc être capable de proposer aux investisseurs plus qu’un marché domestique. L’objectif est de leur offrir une base permettant d’accéder à un environnement économique régional plus vaste.
La connectivité devient alors une infrastructure économique invisible : elle ne produit pas directement des biens, mais elle facilite la circulation de ceux qui les financent, les produisent, les vendent ou les consomment.
Le véritable test sera économique
Pour l’instant, aucun objectif chiffré d’augmentation des investissements, des arrivées touristiques ou des recettes n’a été annoncé dans les informations disponibles sur l’accord.
C’est donc sur les résultats que cette coopération devra être jugée.
Combien de touristes supplémentaires ? Combien de missions d’affaires facilitées ? Combien d’investisseurs transformés en porteurs de projets ? Et surtout, quelle part de ces flux supplémentaires pourra être convertie en activité économique durable au Sénégal ?
Ces indicateurs permettront de mesurer la portée réelle du partenariat.
Car dans la compétition pour les capitaux, les touristes et les entreprises, la distance constitue aussi un coût. En renforçant ses connexions aériennes, le Sénégal cherche à réduire ce coût et à rendre son économie plus accessible.
Le défi de Dakar est désormais simple à formuler : faire du ciel un pont vers davantage de visiteurs, davantage d’investisseurs et, surtout, davantage d’activité économique.
La Rédaction



