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Ghana : L’État veut capter 30 % de l’or des grandes mines pour renforcer ses réserves.

Accra transforme progressivement son or en instrument de politique financière. Depuis le 1er juillet 2026, le Ghana Gold Board doit acheter 30 % de la production des grandes compagnies minières. Une stratégie destinée à renforcer les réserves du pays, soutenir la stabilité financière et développer le raffinage local. Mais son succès dépendra désormais de la capacité du Ghana à transformer cette décision en véritable chaîne de valeur nationale.

Le Ghana veut changer la manière dont il utilise sa première grande richesse minière. Depuis le 1er juillet 2026, le Ghana Gold Board (GoldBod), l’organisme public chargé du commerce de l’or, doit acheter 30 % de la production des compagnies minières à grande échelle opérant dans le pays. L’accord a été conclu avec la Ghana Chamber of Mines et s’inscrit dans le Ghana Accelerated National Reserve Accumulation Programme (GANRAP).

Derrière cette décision se trouve une ambition plus large : faire de l’or non seulement une source de recettes d’exportation, mais également un actif stratégique permettant de renforcer les réserves nationales.

Le dispositif ne signifie toutefois pas que l’État prend 30 % des sociétés minières. Les compagnies restent propriétaires de leurs opérations. GoldBod devient simplement l’acheteur de cette proportion de leur production selon les conditions définies dans l’accord.

De l’or exporté à l’or conservé comme réserve

Le raisonnement d’Accra est relativement simple.

Le Ghana produit d’importantes quantités d’or, mais une grande partie du métal est traditionnellement vendue sur les marchés internationaux. Le pays bénéficie alors principalement des recettes fiscales, des redevances et des devises générées par ces exportations.

Avec le GANRAP, le gouvernement veut conserver une partie de cette richesse sous forme d’or.

Le métal acheté par GoldBod doit être raffiné avant d’être intégré aux réserves nationales. L’objectif est notamment de renforcer les réserves de change et de diversifier les actifs détenus par le pays.

Dans un environnement marqué par une forte demande mondiale pour l’or et par les achats importants effectués par plusieurs banques centrales, Accra considère le métal précieux comme un actif susceptible de renforcer la résilience financière du pays.

L’or devient ainsi davantage qu’une matière première : il devient un instrument de politique économique.

Une part portée de 20 % à 30 %

La décision de 2026 constitue une nouvelle étape d’une stratégie engagée précédemment.

En 2025, le Ghana avait déjà mis en place un mécanisme permettant à l’État d’acheter 20 % de la production de plusieurs grandes compagnies minières. Le nouveau dispositif porte désormais cette proportion à 30 %.

Cette progression traduit la volonté d’Accra d’augmenter progressivement la quantité d’or qu’il peut contrôler directement.

L’enjeu est particulièrement important pour une économie qui a connu ces dernières années d’importantes tensions sur ses finances publiques et sa monnaie.

En accumulant davantage d’or, le Ghana cherche à disposer d’un actif dont la valeur ne dépend pas directement de sa propre monnaie.

Le GoldBod devient un acteur central

Cette stratégie renforce considérablement le rôle du Ghana Gold Board.

L’organisme public devient un intermédiaire essentiel entre les producteurs et l’État. Il achète le métal auprès des compagnies, puis l’or doit être traité et raffiné dans le cadre du dispositif de constitution des réserves.

Selon GoldBod, les achats destinés aux réserves doivent être raffinés localement, puis faire l’objet d’un processus de certification conforme aux standards internationaux avant leur intégration au stock national.

Le projet dépasse donc la simple question de la commercialisation.

Il touche à la politique monétaire, au marché des changes, au raffinage et à la gestion des réserves.

Le raffinage local, prochaine bataille

C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants de la stratégie ghanéenne.

Acheter l’or produit au Ghana ne suffit pas. Accra veut également augmenter la part de la chaîne de valeur réalisée sur son territoire.

Le gouvernement ambitionne ainsi de développer les capacités de raffinage locales et de réduire progressivement les exportations de minerais non transformés. GoldBod indique notamment vouloir contribuer à l’objectif de parvenir progressivement à zéro exportation de minerais bruts à l’horizon 2030.

Si cette ambition se concrétise, les effets pourraient dépasser le secteur minier.

Une industrie aurifère davantage intégrée nécessite des raffineries, des laboratoires, des services de certification, de la logistique, des compétences techniques et des services financiers spécialisés.

Autrement dit, le Ghana cherche à faire évoluer son modèle de pays producteur vers celui de pays producteur-transformateur.

Une stratégie qui s’appuie déjà sur le secteur artisanal

GoldBod a également renforcé son rôle dans le secteur de l’or artisanal et à petite échelle.

Selon Reuters, l’organisme public avait acheté 54 tonnes d’or auprès de ce segment au premier semestre 2026, et les autorités anticipaient une production artisanale annuelle supérieure au record enregistré en 2025.

L’élargissement du dispositif aux grandes mines permet donc au gouvernement de couvrir une partie beaucoup plus importante de la production aurifère nationale.

Cette centralisation des achats donne à l’État une meilleure visibilité sur les flux d’or et lui permet de constituer progressivement un stock stratégique.

Une politique minière aux implications monétaires

Le caractère original de la stratégie ghanéenne tient précisément à cette articulation entre mines et politique monétaire.

Habituellement, l’or est considéré comme une matière première : on l’extrait, on l’exporte et l’économie reçoit des devises.

Avec le GANRAP, une partie de cette chaîne est réorientée.

L’État achète une partie du métal, le fait raffiner et le conserve comme actif de réserve.

Cela peut contribuer à diversifier les réserves du pays et à réduire, dans une certaine mesure, sa dépendance à d’autres actifs libellés en devises.

Il ne s’agit toutefois pas d’une solution magique aux difficultés économiques. L’or ne remplace ni une politique budgétaire saine, ni une économie productive, ni une gestion rigoureuse de la dette.

Mais il peut constituer un coussin financier supplémentaire.

Le secteur minier devra également y trouver son compte

Le modèle comporte cependant un défi : préserver l’attractivité du secteur minier.

Les grandes compagnies investissent des capitaux considérables pour explorer, construire et exploiter leurs mines. Les conditions auxquelles elles doivent vendre une partie de leur production doivent donc rester compatibles avec la rentabilité de leurs opérations.

Des discussions avaient notamment porté sur les modalités commerciales du mécanisme, y compris la décote appliquée aux achats de GoldBod.

L’équilibre est donc délicat.

Accra veut maximiser les retombées nationales de l’or sans décourager les investissements nécessaires pour maintenir la production.

C’est probablement l’un des principaux tests de la nouvelle politique.

Un modèle qui interpelle les autres producteurs africains

La décision ghanéenne dépasse les frontières du pays.

L’Afrique possède plusieurs grands producteurs d’or, dont le Mali, le Burkina Faso, la Tanzanie, le Soudan et l’Afrique du Sud.

Tous sont confrontés, à des degrés différents, à la même question : comment faire en sorte que la richesse minière contribue davantage à la stabilité financière et au développement local ?

Le Ghana apporte une réponse particulière : l’État ne se contente plus de percevoir des taxes et des redevances. Il veut également devenir un acheteur stratégique d’une partie de la production.

Le modèle ne peut évidemment pas être copié mécaniquement par les autres pays. Les structures minières, les régimes fiscaux et les systèmes monétaires diffèrent.

Mais le principe mérite réflexion.

Pour le Mali notamment, premier producteur d’or de l’UEMOA, l’expérience ghanéenne pose une question de fond : quelle part de l’or extrait du sous-sol peut être transformée en actif financier ou industriel conservé durablement dans l’économie nationale ?

Le véritable enjeu commence après l’achat

La réussite du programme ne sera finalement pas mesurée uniquement au volume d’or acheté par GoldBod.

Elle dépendra de ce que le Ghana fera de cet or.

S’il est correctement raffiné, certifié, stocké et intégré aux réserves, le programme pourrait contribuer à renforcer la position financière du pays.

S’il s’accompagne parallèlement d’une industrie locale du raffinage, de nouvelles compétences et d’activités de services, son impact économique pourrait être encore plus important.

Le Ghana tente ainsi une opération ambitieuse : transformer une richesse extraite du sous-sol en un actif financier détenu par la nation.

La bataille n’est donc plus seulement de savoir combien d’or le Ghana produit. Elle est désormais de savoir combien de valeur le pays réussira à conserver une fois l’or sorti de la mine.

La Rédaction

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