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Afrique : 12 des 17 ODD progressent, mais le continent doit accélérer avant 2030.

L’Afrique avance sur 12 des 17 Objectifs de développement durable (ODD), mais pas assez vite pour tenir ses engagements à l’horizon 2030. Le rapport 2026 sur le développement durable en Afrique, élaboré par la Commission de l’Union africaine, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), la Banque africaine de développement (BAD) et le PNUD, met en évidence un paradoxe : les progrès existent, mais les trajectoires actuelles restent insuffisantes. À moins de quatre ans de l’échéance, l’enjeu n’est donc plus seulement de progresser, mais de changer de vitesse.

Des progrès qui ne suffisent pas encore

Le chiffre donne d’abord une raison d’espérer : 12 des 17 ODD enregistrent des progrès en Afrique. Mais derrière cette amélioration se cache une réalité moins confortable. Le rythme actuel ne permet pas au continent d’atteindre les objectifs fixés pour 2030.

La CEA souligne d’ailleurs que l’Afrique reste hors trajectoire sur une majorité des ODD, avec des avancées trop lentes sur plusieurs objectifs et des situations qui se détériorent dans certains domaines.

Le problème est donc moins celui d’une absence totale de progrès que celui d’un écart grandissant entre la vitesse actuelle et la vitesse nécessaire.

Cinq secteurs concentrent les inquiétudes

L’édition 2026 du rapport accorde une attention particulière aux ODD 6, 7, 9, 11 et 17 : eau et assainissement, énergie, industrie et infrastructures, villes durables et partenariats.

Ce choix est révélateur. Ces cinq domaines constituent une partie des fondations de la transformation économique africaine. Sans eau potable et assainissement, les progrès sociaux restent fragiles. Sans énergie fiable, l’industrie et les entreprises peinent à être compétitives. Sans infrastructures, les coûts de production et de transport restent élevés. Et sans financements et partenariats solides, les projets de développement restent difficiles à réaliser.

Autrement dit, l’Afrique ne doit pas seulement investir davantage : elle doit investir dans les secteurs capables de produire plusieurs effets économiques et sociaux simultanément.

Le financement, le nerf de la guerre

Le principal obstacle demeure financier.

Les États africains doivent financer simultanément les infrastructures, l’énergie, l’éducation, la santé, la transition climatique et la création d’emplois. Or leurs marges budgétaires sont contraintes par le poids de la dette, le coût élevé des financements et la diminution de certains flux financiers internationaux.

Le rapport appelle donc à une mobilisation plus importante des ressources nationales, du secteur privé et des institutions financières, ainsi qu’à une meilleure coordination des investissements.

Cette question est particulièrement importante pour les infrastructures. Une centrale électrique, une ligne ferroviaire, un réseau numérique ou un système d’adduction d’eau nécessitent des capitaux importants et des financements souvent disponibles sur de longues maturités.

Pour l’Afrique, l’enjeu consiste donc également à réduire le coût du capital afin que les projets économiquement utiles deviennent financièrement réalisables.

L’énergie et l’industrie au cœur du décollage

L’énergie constitue l’un des meilleurs exemples de cette interdépendance.

Une électricité disponible et abordable permet aux entreprises de produire davantage, aux services publics de fonctionner plus efficacement et aux investisseurs de réduire leurs coûts. Elle peut donc simultanément soutenir l’industrie, l’emploi, l’innovation et la croissance.

Le même raisonnement vaut pour les infrastructures et le numérique.

C’est pourquoi l’accélération des ODD ne peut pas être pensée objectif par objectif. Les politiques publiques doivent rechercher des investissements capables de créer un effet multiplicateur sur l’économie.

Une jeunesse qui peut devenir un moteur

L’autre grande carte africaine est démographique.

La jeunesse du continent représente un potentiel considérable de main-d’œuvre, d’entrepreneuriat et d’innovation. Mais ce potentiel ne deviendra un avantage économique que si les économies africaines parviennent à créer suffisamment d’emplois et à fournir les compétences nécessaires.

La transformation numérique, l’industrialisation, l’agriculture moderne et les nouvelles industries peuvent contribuer à absorber cette main-d’œuvre. Mais cela suppose des investissements massifs dans l’éducation, la formation professionnelle, l’accès au financement et les infrastructures.

La question des ODD devient ainsi directement une question de compétitivité économique et d’emploi.

Des données encore insuffisantes

Autre faiblesse : la capacité à mesurer les progrès.

Les lacunes statistiques compliquent encore l’évaluation précise des politiques publiques. Or, sans données fiables, il est difficile de savoir où les investissements produisent les meilleurs résultats et où ils doivent être réorientés.

Le renforcement des systèmes statistiques africains devient donc lui-même un outil de développement. Mesurer mieux, c’est aussi décider mieux.

Le compte à rebours est lancé

L’Afrique dispose encore de leviers importants : son marché intérieur, sa population jeune, ses ressources naturelles, son potentiel énergétique et l’intégration régionale peuvent soutenir une accélération.

Mais le temps disponible se réduit.

Le rapport 2026 appelle précisément à passer de la planification à l’exécution, en renforçant les investissements, les institutions et les partenariats.

Douze ODD progressent. C’est la bonne nouvelle. Mais pour atteindre les objectifs de 2030, l’Afrique devra faire davantage que maintenir cette trajectoire. Elle devra accélérer, mieux financer ses priorités et surtout transformer chaque investissement en gains de productivité, d’emploi et de bien-être. Le compte à rebours est désormais économique autant que politique : en 2030, les indicateurs ne mesureront pas les promesses faites, mais les résultats obtenus.

La Rédaction

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