Mali : Loulo-Gounkoto relance Barrick, mais le coût du redémarrage reste élevé.
Le complexe aurifère de Loulo-Gounkoto confirme son importance stratégique pour Barrick Mining. Après une période de fortes perturbations, le site malien a redémarré plus rapidement que prévu et a contribué au dépassement des prévisions de production du groupe au deuxième trimestre 2026. Mais cette reprise s’accompagne encore de coûts élevés, entre dépenses de remobilisation, charges liées au nouveau Code minier et coûts exceptionnels.
Barrick dépasse ses prévisions
Barrick Mining a produit 796 000 onces d’or au deuxième trimestre 2026, soit une hausse de 11 % par rapport au premier trimestre. Cette production dépasse également la fourchette prévisionnelle du groupe, qui se situait entre 730 000 et 770 000 onces.
Barrick attribue notamment cette performance à la montée en puissance plus rapide que prévu de Loulo-Gounkoto, mais aussi à la reprise de Pueblo Viejo et à la progression de Cortez aux États-Unis.
Le complexe malien retrouve ainsi une place importante dans la mécanique de production du géant minier canadien.
Loulo-Gounkoto reprend progressivement son rythme
Situé dans l’ouest du Mali, le complexe de Loulo-Gounkoto regroupe les mines de Loulo et de Gounkoto. Barrick en détient 80 %, les 20 % restants revenant à l’État malien. Le site dispose de réserves prouvées estimées à environ 1,8 million d’onces d’or à fin 2025.
La reprise intervient après une période particulièrement difficile. Les opérations avaient été suspendues en janvier 2025 dans le contexte du différend opposant Barrick aux autorités maliennes autour de l’application du nouveau Code minier et des obligations financières du groupe.
Un accord conclu fin 2025 a finalement permis de mettre un terme au contentieux et de restaurer la position opérationnelle de Barrick. Le groupe a notamment accepté un règlement d’environ 430 millions de dollars, soit près de 244 milliards de FCFA, selon une analyse juridique consacrée à l’accord.
La production a ensuite repris et la montée en puissance du complexe s’est révélée plus rapide que prévu.
Une reprise qui coûte encore cher
Le retour à la production ne signifie toutefois pas un retour immédiat à une situation financière normale.
Dans ses comptes du deuxième trimestre, Barrick fait état de coûts de remobilisation au Mali, liés à la remise en route des opérations. Le groupe mentionne également des charges associées à l’application rétroactive du Code minier de 2023 pour les exercices 2024 et 2025, notamment des royalties, pénalités et intérêts supplémentaires.
À cela s’ajoutent différents coûts juridiques et de conseil.
Cette accumulation explique pourquoi la reprise de la production doit être analysée avec prudence : produire davantage d’or améliore les volumes, mais ne garantit pas automatiquement une amélioration équivalente de la rentabilité.
Le coût de production sous surveillance
L’indicateur à suivre est notamment l’AISC, ou coût total de maintien de l’exploitation. Il permet d’évaluer plus largement ce que coûte la production d’une once d’or, en intégrant notamment les dépenses nécessaires pour maintenir les opérations.
Pour Loulo-Gounkoto, la fourchette annuelle de coût total de maintien communiquée par Barrick reste élevée, à 2 640 à 2 900 dollars par once.
Cette donnée doit cependant être replacée dans le contexte actuel du marché de l’or. Au deuxième trimestre, Barrick a bénéficié d’un prix réalisé de l’or particulièrement élevé, ce qui a contribué à soutenir ses marges malgré les difficultés opérationnelles persistantes sur certains actifs.
Le groupe a ainsi enregistré 5,29 milliards de dollars de revenus au deuxième trimestre et 1,22 milliard de dollars de bénéfice net, selon ses résultats publiés le 10 août.
Un enjeu qui dépasse Barrick
Pour le Mali, Loulo-Gounkoto représente bien davantage qu’une ligne dans les comptes de Barrick.
Le complexe fait partie des principales mines industrielles du pays et contribue aux exportations, aux recettes publiques et à l’activité économique locale.
Sa reprise intervient alors que le secteur aurifère malien traverse une période de transformation profonde. Selon un plan stratégique du ministère malien des Mines rapporté par Reuters en juillet, la production industrielle d’or devrait rester inférieure à 60 tonnes par an jusqu’en 2029, après avoir atteint 66,5 tonnes en 2023 puis 42,2 tonnes en 2025.
Le gouvernement cherche à accroître la part des revenus miniers revenant à l’État à travers le nouveau cadre réglementaire. Mais l’équation est délicate : une fiscalité plus favorable aux finances publiques doit également préserver suffisamment d’incitations pour que les compagnies continuent d’investir dans l’exploration, les équipements et la production.
Le nouveau test pour Loulo-Gounkoto
La bonne nouvelle est donc réelle : Loulo-Gounkoto redémarre plus rapidement que prévu et contribue directement à la performance de Barrick.
Mais le véritable test commence maintenant.
Le groupe doit progressivement réduire les effets financiers du redémarrage, maîtriser ses coûts et retrouver une efficacité opérationnelle durable. De son côté, l’État malien doit s’assurer que la reprise se traduit par davantage de recettes, d’emplois et de retombées économiques, tout en maintenant un environnement suffisamment prévisible pour les investissements miniers.
La production constitue la première étape. La rentabilité et la stabilité du partenariat en constituent la seconde.
À Loulo-Gounkoto, l’or recommence à sortir du sol. Mais la prochaine bataille ne se gagnera pas seulement en tonnes et en onces : elle se jouera dans le coût de chaque once produite, dans les recettes que le Mali en tirera et dans la capacité des deux parties à rendre leur nouveau partenariat durable.
La Rédaction



