Mali : Cinq ans de transition, entre refondation de l’État, recettes minières et défis économiques persistants.
Le gouvernement malien a achevé une série de rencontres consacrées au bilan de cinq années de transition. Les autorités mettent en avant les réformes institutionnelles, la montée en puissance de l’armée et une meilleure mobilisation des revenus miniers. Mais derrière ces acquis revendiqués, plusieurs défis demeurent : emploi, pouvoir d’achat, énergie et sécurité.
Cinq années après le début de la transition politique, le gouvernement malien a choisi de faire le point sur les transformations engagées depuis 2020. Le jeudi 6 août 2026 à Bamako, les autorités ont clôturé plusieurs semaines de rencontres consacrées au bilan des cinq années de transition, un exercice destiné à présenter les réalisations enregistrées mais aussi à recueillir les préoccupations des différents acteurs de la société.
Ces échanges ont réuni des représentants de l’État, des membres du gouvernement, des organisations professionnelles, des acteurs économiques, des collectivités et des représentants de la société civile. Au centre des discussions : la réforme de l’État, la sécurité, la gouvernance économique et les attentes sociales de la population.
La refondation institutionnelle au cœur du bilan
Depuis son arrivée aux responsabilités, le gouvernement de transition a placé la réforme institutionnelle parmi ses priorités majeures. Les autorités considèrent cette refondation comme un moyen de renforcer l’efficacité de l’administration publique, d’améliorer la gouvernance et de restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.
Les réformes engagées concernent notamment l’organisation des institutions, le fonctionnement de l’administration et la redéfinition des mécanismes de gouvernance publique. Pour le gouvernement, cette transformation institutionnelle constitue une étape nécessaire pour bâtir un État plus efficace et mieux adapté aux défis sécuritaires et économiques actuels.
Défense et sécurité : le renforcement de l’armée comme priorité nationale
Le deuxième grand axe présenté lors de ces rencontres concerne la défense et la sécurité. Les autorités ont mis en avant les efforts réalisés pour renforcer les capacités des Forces armées maliennes (FAMa), notamment à travers l’acquisition d’équipements, l’amélioration des capacités opérationnelles et le renforcement des effectifs.
La sécurité reste toutefois le principal défi auquel le pays est confronté. Malgré les opérations militaires menées et les progrès revendiqués par les autorités, plusieurs zones du territoire continuent de faire face à des menaces liées aux groupes armés et aux difficultés de présence permanente de l’État.
La question sécuritaire demeure donc un facteur déterminant pour la stabilité économique et sociale du Mali.
Le secteur minier, levier majeur de mobilisation des ressources
Sur le terrain économique, le gouvernement a particulièrement insisté sur les performances enregistrées dans le secteur minier. Le Mali, premier producteur d’or de l’UEMOA, considère ses ressources minières comme un outil stratégique de financement du développement.
Les autorités affirment avoir mobilisé plus de 760 milliards de FCFA supplémentaires auprès des compagnies minières grâce aux audits, aux contrôles fiscaux et à la révision de certaines dispositions réglementaires. Cette dynamique s’inscrit dans une volonté plus large : faire en sorte que les richesses naturelles du pays bénéficient davantage à l’économie nationale.
Le Fonds minier de développement local est également présenté comme un instrument permettant de redistribuer une partie des revenus miniers aux collectivités. Selon les données communiquées par les autorités, ce mécanisme aurait permis d’allouer 18,4 milliards de FCFA à 819 communes en 2026, pour financer notamment des projets dans l’eau, la santé et l’éducation.
Une économie résiliente mais sous pression
Malgré un environnement difficile, l’économie malienne continue d’afficher une certaine résistance.
La croissance reste portée principalement par trois secteurs :
- l’exploitation aurifère ;
- l’agriculture ;
- les services.
Les perspectives économiques restent relativement favorables, avec une croissance attendue autour de 5 % en 2026, selon les projections citées par les partenaires internationaux. Mais cette performance macroéconomique ne se traduit pas encore pleinement dans le quotidien des ménages. L’enjeu majeur reste désormais de transformer la croissance en amélioration concrète du niveau de vie.
Le coût de la vie et l’emploi, les grands défis sociaux
Au cours des consultations, plusieurs préoccupations ont été exprimées par les populations.
Parmi les principales difficultés figurent :
- le manque d’emplois, notamment pour les jeunes ;
- la pression sur le pouvoir d’achat ;
- les difficultés d’accès régulier à l’électricité ;
- les contraintes liées au coût de l’énergie ;
- la persistance de l’insécurité.
Ces défis constituent désormais les principaux indicateurs permettant d’évaluer l’impact réel des politiques publiques. Car une croissance économique ne produit ses effets que lorsqu’elle améliore les conditions de vie des citoyens.
L’énergie, un enjeu économique stratégique
La question énergétique occupe une place particulière dans les préoccupations nationales.
Les difficultés d’approvisionnement électrique affectent directement :
- les entreprises ;
- les commerces ;
- les industries ;
- les ménages.
Pour le secteur privé, la disponibilité d’une énergie fiable représente un facteur essentiel de compétitivité. La résolution durable de cette question apparaît donc comme une condition nécessaire pour accélérer l’industrialisation et attirer davantage d’investissements.
Après le bilan, le temps des résultats économiques
La clôture de ces rencontres ouvre une nouvelle étape pour les autorités maliennes. Après avoir mis en avant les réformes institutionnelles, le renforcement sécuritaire et la mobilisation des ressources minières, le défi sera désormais de produire des résultats visibles dans la vie quotidienne. La création d’emplois, la baisse des contraintes économiques, l’amélioration de l’accès à l’énergie et la transformation locale des ressources naturelles seront les prochains grands tests.
Transformer les acquis politiques en dividendes économiques
Le bilan présenté par le gouvernement malien met en lumière une période marquée par d’importantes transformations institutionnelles et sécuritaires. La mobilisation accrue des revenus miniers constitue un signal fort dans un pays où l’or représente une part essentielle des exportations. Mais la véritable question économique reste celle de l’utilisation de ces ressources.
Les recettes minières peuvent financer des infrastructures, soutenir l’industrie locale et renforcer le capital humain. Mais elles ne produiront un impact durable que si elles deviennent un moteur de diversification économique. Le prochain chapitre de la transition sera donc moins celui des réformes annoncées que celui des résultats mesurables : davantage d’emplois, une énergie plus disponible et une économie capable de créer de la valeur au-delà de ses ressources naturelles.
La Rédaction



