Burkina Faso : Avec CIM-SAHEL, l’État reprend la main sur un marché stratégique du ciment.
Une nouvelle société publique-privée pour répondre aux pénuries et soutenir les grands chantiers
Le Burkina Faso franchit une nouvelle étape dans sa politique de souveraineté économique avec la création de CIM-SAHEL, une société d’économie mixte à participation publique majoritaire destinée à renforcer la régulation du marché du ciment.
La décision a été officiellement entérinée lors du Conseil des ministres du 2 juillet 2026, à travers l’adoption de deux décrets : le premier portant création de la société, le second approuvant ses statuts. Cette nouvelle entreprise devra contribuer à sécuriser l’approvisionnement du marché national, lutter contre les pratiques spéculatives et accompagner l’ambitieux programme d’investissements publics engagé par les autorités burkinabè.
Un paradoxe : une production abondante mais un marché sous tension
Le lancement de CIM-SAHEL intervient dans un contexte paradoxal.
Selon le gouvernement, le Burkina Faso dispose aujourd’hui d’une capacité annuelle de production de ciment estimée entre 6 et 7 millions de tonnes, un volume théoriquement suffisant pour couvrir les besoins nationaux tout en permettant des exportations vers les pays voisins.
Pourtant, le marché continue d’être marqué par des pénuries récurrentes, une forte volatilité des prix et des pratiques spéculatives qui renchérissent le coût des matériaux de construction aussi bien pour les ménages que pour les entreprises.
Cette situation affecte directement plusieurs secteurs stratégiques, notamment le logement, les infrastructures routières, les ouvrages hydrauliques et les équipements publics.
Un capital de 5 milliards FCFA porté majoritairement par l’État
Constituée sous la forme d’une société d’économie mixte, CIM-SAHEL sera dotée d’un capital social de 5 milliards de FCFA, soit environ 8,9 millions de dollars américains.
La répartition du capital reflète la volonté des autorités de conserver un contrôle stratégique sur cette activité :
- 60 % du capital seront détenus par l’État burkinabè ;
- 40 % reviendront à des partenaires privés.
Cette architecture traduit la volonté du gouvernement d’associer les investisseurs privés tout en maintenant une majorité publique dans un secteur considéré comme stratégique pour le développement national.
Stabiliser les prix et accompagner les grands projets
Au-delà de la production de ciment, la mission assignée à CIM-SAHEL est plus large.
Le gouvernement entend utiliser cette société comme un levier de politique industrielle afin de :
- améliorer la disponibilité du ciment sur l’ensemble du territoire ;
- limiter les pratiques spéculatives ;
- contribuer à une baisse durable des prix ;
- sécuriser l’approvisionnement des grands projets d’infrastructures.
L’objectif est notamment de soutenir les programmes de logements sociaux, les projets routiers, les barrages, les écoles, les centres de santé et les autres investissements publics qui nécessitent un accès régulier à ce matériau essentiel.
Un impact attendu sur l’emploi et l’économie locale
Les autorités estiment que la création de CIM-SAHEL générera :
- 413 emplois directs ;
- environ 2 000 emplois indirects.
Au-delà de ces créations d’emplois, le projet pourrait également stimuler l’ensemble de la chaîne de valeur du secteur de la construction, en favorisant l’activité des transporteurs, distributeurs, fournisseurs de matériaux et entreprises du bâtiment.
Une nouvelle étape dans la stratégie de souveraineté industrielle
La création de CIM-SAHEL s’inscrit dans une série de réformes engagées par les autorités burkinabè pour renforcer le rôle de l’État dans des secteurs jugés stratégiques.
Après les initiatives dans les domaines minier, énergétique ou de la formation technologique, le gouvernement entend désormais intervenir plus directement dans une industrie considérée comme essentielle au développement économique.
L’ambition affichée est de réduire la dépendance aux dysfonctionnements du marché, de mieux maîtriser les coûts des matériaux de construction et d’assurer une plus grande résilience face aux tensions d’approvisionnement.
Un pari industriel à concrétiser
Si la création de CIM-SAHEL traduit une volonté politique forte, son succès dépendra désormais de sa capacité à produire efficacement, à garantir une gestion performante et à répondre durablement aux attentes du marché.
Dans un contexte où le Burkina Faso accélère ses investissements dans les infrastructures et l’urbanisation, la disponibilité d’un ciment accessible et à prix maîtrisé constitue un enjeu économique majeur.
Plus qu’une nouvelle cimenterie, CIM-SAHEL apparaît ainsi comme un instrument de politique industrielle, appelé à concilier impératifs de souveraineté économique, compétitivité des entreprises et maîtrise des coûts de construction.
La Rédaction



