Mali : Le CNT donne son feu vert à l’OMASP, un nouvel outil pour reprendre le contrôle de l’or artisanal.
Une réforme stratégique pour mieux capter la richesse aurifère
Le Mali poursuit sa refonte de la gouvernance de son secteur minier. Réuni en séance plénière le 30 juin 2026, le Conseil national de Transition (CNT) a adopté à l’unanimité le projet de loi ratifiant l’ordonnance portant création de l’Office malien des substances précieuses (OMASP). Cet établissement public aura pour mission de centraliser, réguler et sécuriser la commercialisation de l’or et des autres substances précieuses, notamment celles issues de l’orpaillage et des petites mines.
Avec cette réforme, les autorités entendent mieux contrôler une partie essentielle de la production aurifère qui échappe encore largement aux circuits officiels, tout en renforçant les recettes publiques et la souveraineté économique du pays.
Un secteur stratégique, mais encore marqué par d’importantes pertes
L’or demeure le principal produit d’exportation du Mali et l’un des piliers de son économie.
Selon les données gouvernementales, la production nationale a atteint 72,227 tonnes en 2022, générant environ 763 milliards de FCFA de recettes budgétaires et représentant près de 9,2 % du produit intérieur brut (PIB). Pourtant, une part significative de l’or extrait de manière artisanale continue d’échapper aux circuits officiels de commercialisation, alimentant des réseaux informels et privant l’État de ressources importantes.
Les autorités soulignent notamment l’existence d’écarts entre les volumes d’or officiellement exportés par le Mali et ceux enregistrés par certains pays importateurs, signe de fuites commerciales et financières persistantes.
L’OMASP, un guichet unique pour la commercialisation de l’or artisanal
Créé sous la forme d’un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), l’OMASP devient le principal instrument de l’État pour organiser le marché des substances précieuses.
Ses missions couvrent notamment :
- l’achat, la vente et l’exportation de l’or issu de l’exploitation artisanale et des petites mines ;
- la centralisation et la sécurisation des flux physiques et financiers ;
- le traitement, le raffinage et, lorsque cela est possible, la transformation locale de l’or ;
- la certification et la traçabilité des lingots destinés à l’exportation ;
- le suivi des comptoirs d’achat, des collecteurs agréés et des autres opérateurs de la chaîne de commercialisation ;
- la promotion d’une exploitation plus respectueuse de l’environnement.
Cette centralisation doit permettre d’améliorer la transparence du marché et de réduire les pertes liées à la contrebande.
Un modèle inspiré du Burkina Faso
Pour concevoir cette réforme, les autorités maliennes se sont largement inspirées de l’expérience du Burkina Faso.
Une mission d’étude conduite auprès de la Société nationale des substances précieuses (SONASP) a mis en évidence les résultats obtenus grâce à la centralisation de l’or artisanal. Selon les informations présentées devant le CNT, les volumes officiellement collectés au Burkina Faso sont passés de 8 tonnes en 2024 à 42 tonnes en 2025, démontrant l’efficacité d’un dispositif public de commercialisation.
Le gouvernement malien espère désormais reproduire cette dynamique afin de capter une part beaucoup plus importante de la production artisanale nationale.
Renforcer la souveraineté économique sur les ressources minières
La création de l’OMASP s’inscrit dans la continuité des réformes engagées avec le Code minier de 2023 et la loi relative au contenu local.
Au-delà de la simple régulation commerciale, l’objectif est de renforcer la maîtrise nationale de la chaîne de valeur de l’or.
Les autorités souhaitent notamment :
- augmenter les recettes fiscales et douanières ;
- réduire les exportations non déclarées ;
- constituer progressivement des réserves nationales d’or ;
- développer les activités de raffinage et de transformation locale ;
- accroître la valeur ajoutée créée sur le territoire malien.
Cette stratégie traduit une volonté de faire du secteur minier un levier plus performant de développement économique.
Un défi qui dépasse la création d’une nouvelle institution
Si la création de l’OMASP constitue une avancée majeure, son efficacité dépendra de sa capacité à gagner la confiance des acteurs du secteur.
Les exploitants artisanaux, les collecteurs et les comptoirs privés devront être progressivement intégrés au nouveau dispositif afin d’éviter que les circuits parallèles ne continuent de prospérer.
La réussite de cette réforme reposera également sur la qualité des mécanismes de contrôle, la compétitivité des prix proposés aux producteurs, la rapidité des procédures administratives et la capacité de l’État à assurer une traçabilité crédible des exportations.
Vers une meilleure valorisation de l’or malien
En adoptant la loi ratifiant la création de l’OMASP, le Mali franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de souveraineté économique.
L’ambition affichée est claire : faire en sorte qu’une plus grande part de la richesse générée par l’or profite directement à l’économie nationale plutôt qu’aux circuits informels. Si cette réforme atteint ses objectifs, elle pourrait non seulement renforcer les finances publiques, mais aussi poser les bases d’une industrie aurifère plus transparente, mieux organisée et davantage créatrice de valeur ajoutée pour le pays.
La Rédaction



