Skip links

Côte d’Ivoire : Malgré une récolte attendue en hausse, le cacao reste sous la menace d’une nouvelle flambée des prix.

Une campagne 2026-2027 prometteuse, mais des marchés toujours sur le qui-vive

Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire aborde la campagne 2026-2027 avec des perspectives plus favorables que celles des deux années précédentes. Les premières estimations tablent sur une récolte principale d’environ 1,8 million de tonnes, portée par de meilleures pratiques culturales et par les investissements réalisés par les planteurs grâce aux revenus exceptionnels générés par la récente envolée des prix.

Cette amélioration de la production pourrait laisser croire à un retour durable à l’équilibre du marché. Pourtant, les opérateurs restent prudents. Les cours mondiaux demeurent extrêmement sensibles aux perspectives climatiques, et le spectre d’un épisode El Niño continue d’alimenter les inquiétudes sur l’offre mondiale.

Dans un marché où la Côte d’Ivoire et le Ghana représentent à eux seuls près de 60 % de la production mondiale, la moindre incertitude sur les récoltes suffit à provoquer de fortes variations des prix.

Une reprise de la production après deux campagnes difficiles

Après deux campagnes marquées par des conditions météorologiques défavorables, la propagation de maladies des cacaoyers et le vieillissement des plantations, la filière ivoirienne retrouve progressivement des couleurs.

Selon le Conseil du Café-Cacao (CCC), la production nationale de la campagne 2025-2026 devrait atteindre entre 2 et 2,1 millions de tonnes, soit une progression d’environ 10 % par rapport à la campagne précédente.

Cette amélioration s’explique notamment par l’augmentation des investissements des producteurs dans les engrais, l’entretien des vergers et le renouvellement progressif des plantations. Les prix record enregistrés sur le marché international ont permis à de nombreux planteurs de renforcer leurs capacités de production.

Pour la campagne 2026-2027, la récolte principale est estimée à environ 1,8 million de tonnes, un volume qui rassure partiellement les industriels, sans toutefois dissiper totalement les tensions sur le marché.

Le risque climatique continue de peser sur les cours

Si les perspectives agricoles apparaissent plus favorables, les marchés restent dominés par un facteur d’incertitude majeur : l’évolution des conditions climatiques.

Les météorologues surveillent avec attention la possible formation d’un épisode El Niño, phénomène qui modifie les régimes de précipitations à l’échelle mondiale et peut provoquer des périodes de sécheresse en Afrique de l’Ouest.

Pour les cacaoyers, ces anomalies climatiques peuvent affecter la floraison, réduire le développement des cabosses et, à terme, diminuer les rendements.

Conscientes de ce risque, les autorités ivoiriennes ont choisi d’adopter une approche prudente dans leur politique commerciale.

Le Conseil du Café-Cacao ralentit les ventes à terme

Le Conseil du Café-Cacao a déjà commercialisé près d’un million de tonnes de cacao destinées à la campagne 2026-2027 à travers des contrats d’exportation.

Toutefois, l’institution a volontairement ralenti le rythme des nouvelles ventes afin d’éviter de prendre des engagements sur des volumes qui pourraient ne pas être disponibles en cas de dégradation des conditions climatiques.

Parallèlement, le régulateur ivoirien a relevé la prime appliquée aux ventes à terme, désormais fixée à au moins 100 livres sterling par tonne au-dessus des contrats de référence.

Cette décision traduit une anticipation de tensions persistantes sur le marché international et une volonté de sécuriser les revenus de la filière.

Des stocks encore insuffisants pour rassurer les marchés

Malgré l’amélioration progressive de la production, les réserves mondiales de cacao demeurent relativement faibles après plusieurs campagnes déficitaires.

Les grands transformateurs de chocolat restent donc particulièrement attentifs à l’évolution de la campagne ivoirienne.

Dans ce contexte, la moindre révision à la baisse des prévisions de récolte pourrait rapidement provoquer une nouvelle envolée des cours, comme celle observée entre 2024 et 2025, lorsque le cacao avait atteint des niveaux historiques.

Les analystes estiment ainsi que le marché reste structurellement fragile, même en présence d’une amélioration de l’offre.

Un enjeu économique majeur pour la Côte d’Ivoire

Au-delà des fluctuations des prix internationaux, le cacao demeure un pilier de l’économie ivoirienne.

La filière représente une part importante des recettes d’exportation du pays et fait vivre directement ou indirectement plusieurs millions de personnes, des producteurs aux exportateurs en passant par les transporteurs et les transformateurs.

Pour les autorités, l’enjeu consiste désormais à tirer profit des prix élevés tout en préservant la stabilité du marché et en poursuivant les efforts de modernisation des plantations.

Le développement de la transformation locale, l’amélioration de la productivité et le renouvellement des vergers constituent autant de leviers destinés à renforcer durablement la compétitivité de la filière.

Entre espoir de reprise et vigilance des marchés

La campagne 2026-2027 pourrait marquer un tournant pour le cacao ivoirien. Une récolte plus abondante offrirait un répit bienvenu à une industrie mondiale confrontée à plusieurs années de tensions sur l’approvisionnement.

Mais cette embellie reste suspendue aux conditions météorologiques des prochains mois. Tant que le risque climatique demeurera élevé et que les stocks mondiaux resteront limités, le marché du cacao continuera d’évoluer sous haute tension.

Pour la Côte d’Ivoire, premier fournisseur mondial, la prochaine récolte sera bien plus qu’une simple campagne agricole : elle sera un test décisif pour la stabilité d’une filière essentielle à son économie et à l’industrie chocolatière mondiale.

La Rédaction

Accueil
Recherche
Top
Découvrir
Drag